‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 117 sur 288 · Ibid., p. 15. - Cf. Dodd, 6d. de 4737, I, p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 15. - Cf. Dodd, 6d. de 4737, I, p

Un autre membre de l'ordre, le père Thomas Cortt, qui avait prêché publiquement à Londres contre la politique royale, fut jeté dans la prison de Newgate. Au bout de trois ans, rongé par l'insalubrité de son fétide cachot, il succomba le 27 juillet de la môme année que le père Anthony Brookby. Il fut enterré secrètement dans l'église du Saint-Sépulcre, et une pieuse femme, nommée Marguerite Herbert, fil placer une pierre sur sa tombe (1). Quelques jours plus tard, le 3 août 1537, un jeune religieux, Thomas Belchiam, âgé de vingt-huit ans, mourait de faim dans sa prison. Bien d'autres encore périrent de besoin et des suites de maladies causées par l'air infect qu'ils respiraient et par les privations et les souffrances delà captivité. Trente-deux frères, enchaînés deux à deux, furent envoyés en différentes prisons de l'Angleterre et y terminèrent leurs jours dans le martyre, mais dans une constance glorieuse (2). Après le mois d'août 1537, huit d'entre eux, qui survivaient encore, furent mis en liberté et quittèrent l'Angleterre pour la Belgique et l'Ecosse (3).

Une lettre écrite par le frère Francis Lybert, un des Franciscains de l'Observance, à « maître James Becky, aux Cross Keys, la première maison après l'Église de

1. « Hist. de Mart. Fratr. Ord. Minor. de Observantia », p. 16.

2. Voici comment parle un contemporain : « Ab eadem causa (c'est-à-dire rejet de la suprématie royale) Franciscani quorum erat in Anglia ingens numerus, edicto Régis capti uno tempore omnes, et in vincula conjectiac diu rerum omnium egestate vexati sunt, quorum cum aliquot statim occidisset, reliquis, partim oblivione Régis, partim unius e ministris studio, producta magis vita quam concessa est, nam denique omnes, aut palam supplicio affecti, aut famé necati, aut malo diuturni carccris confecti, periere. » — Br. Muséum, MS. 15387.

3. Ces traitements inhumains nous sembleraient incroyables, si nous ne savions que les moines Chartreux en subirent de semblables peu de temps après.

Saint-Magnus en descendant vers Billingsgate », nous ouvre un aperçu sur la triste existence des religieux qu'on avait dispersés, selon l'expression de Chapuys, « dans des monastères où ils étaient chargés de chaînes et plus malmenés qu'en prison ». « Mon compagnon, le père Abraham, et moi, écrit ce frère, nous sommes chez les Dominicains de Stamford, enfermés suivant l'ordre du roi et traités en prisonniers. » Ils désirent avoir des nouvelles de leurs frères de Londres et de Greenwicli, car on leur a dit « qu'ils ont tous prêté serment et quelque peu changé leur régime, — ce qui, continue l'auteur de la lettre, nous étonne fort. Cependant, s'ils croient ainsi avoir plu à Dieu, satisfait à leur conscience et édifié le monde, et s'ils peuvent en retirer quelque bien, voilà ce que nous voudrions mieux savoir. Et ensuite, nous agirons suivant l'inspiration de Dieu : ou nous continuerons à souffrir en prison, ou nous irons en liberté comme les autres ». Puis le frère demande plusieursobjets dont il a besoin, tels que « plumes et encre », qu'on pourra se procurer chez « le frère Feeld, des Dominicains de Londres. » Il termine par cette recommandation indispensable : « Lisez cette lettre, puis déchirez-la et brûlezla; car vous savez quel mal beaucoup de gens ont causé par leurs lettres, souvent sans la moindre intention (1). »

Le récit de la suppression des Observantins où n'entrerait point l'histoire du membre le plus célèbre de cet ordre, le bienbeureux John Forest, ne serait pas complet. .Nous avons déjà dit qu'il \ a tout lieu de croire que le frère Forest fut mis en lieu sur, dans

Page 1