Calendar », VII, d« 1307, 17 octobre
une prison quelconque, dès le printemps de l'année
Depuis cette date jusqu'à son martyre, qui eut lieu le 22 mai 1538, on ne sait que peu de chose sur son compte. 11 n'est guère probable qu'Henri et Crumwell eussent permis à un si dangereux et si opiniâtre adversaire de vaquer en liberté à ses occupations, sans faire surveiller ses mouvements et sans recevoir desrapports des espions employés à cette besogne. Le silence qui règne autour de Forest corrobore l'affirmation du Père Thomas Bourchier , d'après laquelle le frère fut en prison pendant les quatre années qui précédèrent son martyre. Il avait environ soixante-quatre ans, lorsqu'il fut emprisonné en 1534. Il avait consacré quarante-trois de ces années à la vie religieuse et avait rempli, au milieu de ses frères, les fonctions les plus hautes. Il avait été le supérieur de Greenwich et le provincial de tous les Observantins d'Angleterre, ainsi que l'ami constant et le confesseur de la reine Catherine.
Peu de temps avant le martyre du frère Forest, l'on essaya, selon toute apparence, de recueillir des témoignages défavorables à son endroit. A cette époque, il ne devait pas être assujetti à une captivité rigoureuse, puisqu'il confessait chez les Dominicains de Londres. On a prétendu que Forest profitait de la confession pour inciter ses pénitents à repousser la suprématie royale. Voici une note qui semble se rapporter à une enquête faite sur ce point : — « Pour mémoire : vers le vingt-troisième jour de février, en la vingt-neuvième année du règne de mon très redouté souverain le roi Henri VIII (1538)... lord Mordaunt avisa sir William Hewyit, prêtre et aumônier dudit
lord, qu'il avait dessein de quitter Londres pour aller se confesser. » Là-dessus, l'aumônier se rendit chez les Dominicains et apprit que le frère Forest y confessait. « Et alors, continue le document en question, ledit sir William déclara que le lord son maître voulait se confesser. Et alors, le portier lui répondit : Je pense que si votre maître vient vers neuf heures, il pourra lui parler, car il doit dire la messe de Noire-Dame. » Lord Mordaunt suivit ces indications et se confessa, puis il dit au frère Forest : « Demande/ ce que vous voudrez, et je vous donnerai quarante « pence » pour l'acheter. Sur quoi, ledit frère pria ledit lord de remettre cette somme au portier pour son charbon. » A cela se bornaient les rapports que l'aumônier et lord Mordaunt, lequel signe la déposition, eurent avec le frère. « Et quant à l'évêque de Rome, ou quant à aucune autre question concernant ledit évêque et son autorité ou concernant le roi, pareil sujet ne fut nullement entamé indiscuté par le frère ou par ledit lord. »
L'évêque Latimer, qui était, tout semble l'indiquer, un grand ennemi du frère Forest et qui, plus tard, prêcha le jour de sa barbare exécution, paraît avoir pensé que Ton montrait pour lui trop d'égards dans sa prison. «J'apprends, écrit-il à Crumwell, qu'il n'est pas, comme il le mérite, logé à Newgate en compagnie des Carmes de Doncaster et des moines de la Chartreuse, pour - \ amender. 11 habite une chambre plus propre à l'endurcir qu'à l'amollir: est-ce par la faute du shérill'ou du geôlier, ou des deux? personne ne le saura plus vite que vous, Mylord. On croit même qu'il y est plutôt encouragé dans ses opinions qu'inquiété: il a, parait-il, permission d'entendre la messe et de com-
munier, — ce qui suffit, si cela est, à le confirmer dans son obstination (1). »
On a dit encore que Forest, « au moment de son arrestation, fut pris d'épouvante: il avoua ses offenses, se soumit et fut pardonné » (2). La seule imagination de M. Froude a fait les frais de ce conte : du moins les pages de son livre ne nous donnent-elles point les preuves du contraire. Très certainement, une telle faiblesse de la part du bienheureux John Forest serait en complet désaccord avec la conduite que l'histoire véritable lui a généralement prêtée. Il est incontestable qu'il refusa catégoriquement d'abjurer sa croyance en la suprématie du pape, comme on voulait l'y contraindre (3). Sanders, qui, à l'époque, était un garçon d'environ treize ans, élève au collège de AYinchester, affirme que Forest mourut « pour avoir nié la suprématie spirituelle du roi » (4).
Les dépositions des témoins à charge nous éclairent d'une façon nette et concluante sur ses sentiments réels à l'égard des questions qui formaient l'objet du litige entre l'Angleterre et Rome. « Il prétendait, y est-il dit, que cet homme bienheureux, saint Thomas de Cantorbéry, subit la mort pour les droits de l'Église. Car il y avait un homme puissant — il indiquait ainsi le roi Henri II — qui exila d'abord saint