‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 124 sur 288 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Chartreux.

Dès avant la dispersion finale des Franciscains Observantins, Crumwell avait commencé la lutte contre les moines Chartreux. Les reclus de l'ordre de Saint-Bruno ne jouèrent pas, comme les frères, un rôle actif dans l'opposition dirigée contre l'alliance d'Henri avec Anne Boleyn. Ils ne s'étaient pas, non plus, distingués au premier rang des champions de la reine Catherine, et, bien que l'on sût que la « Sainte Fille du Kent » leur avait rendu visite à leur monastère de Londres, il n'y avait, dans le corps de preuves établi contre elle, rien qui désignât les Chartreux comme l'ayant encouragée de leurs conseils et de leur appui. Cependant, leur influence générale, très considérable à cette époque par suite de leur merveilleuse sainteté de vie, s'exerçait en sens inverse de celle du roi, révolté contre le Saint-Siège. Même le bruit courait que le prieur de la Chartreuse de Londres, John Houghton, exhortait en secret ses pénitents à perse-

vérer dans leur refus de renoncer à la suprématie papale (1).

Au printemps de l'année 1534, Henri VIII avait tout à fait rompu avec Rome. Il devenait donc essentiellement important de supprimer toute opposition, d'autant plus que ses ministres et lui durent savoir qu'il ne fallait point « compter que l'impartiale raison de ses sujets adopterait ses opinions personnelles à l'égard du mariage, légitime ou illégitime » (2). Aussi les tentatives en ce sens furent-elles nombreuses. L'exécution d'Elisabeth Barton et de ses compagnons, au mois d'avril de cette année, fut le moyen qu'on employa pour arracher la prestation du nouveau Serment de Succession aux habitanlsde Londres. Au même moment commença la persécution des Pères Chartreux.

La chartreuse de la « Salutation de la Très Sainte Mère de Dieu », située à Londres, offrait le modèle de l'observance religieuse. Suivant Maurice Chauncy, l'un des quelques moines qui achetèrent leur salut au prix d'une entière soumission aux volontés royales, ils menaient tous une vie fort sainte. Pour nous servir des termes de son repentir, lui seul parmi le troupeau, « brebis malade et souillée », mérita d'être « chassé du bercail » et de perdre la couronne du martyre (3). Une vingtaine des membres de la communauté n'avaient pas encore trente-huit ans d'âge, et tous rivalisaient de ferveur dans la pratique de leur règle. Les frères lais eux-mêmes se faisaient remarquer par la perfection de leur vie : c'étaient de véritables « conversi », détachés du monde et de ses œuvres. Deux

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