Chauncy. — Froude, II, p
implorer son aide. Il prétend s'être montré l'ami du roi et avoir communiqué à Bedyll d'importants renseignements sur ses frères, au chapitre, « le vendredi après la Fête-Dieu ». Pour ce motif il est traité, dit-il, « comme un mécréant par le prieur et exclu du commerce de tous ses amis ». La fin de la lettre nous édifie sur son but réel : l'auteur donne à entendre qu'il désire être autorisé à quitter le cloître, comme un autre moine, « Dan John Norton », qui, trois ans auparavant, était enfermé dans sa cellule, mais qui était aujourd'hui « chanoine dans l'ouest du pays» (1). Quant à la sincérité des sentiments dont fut animée la majorité des religieux pendant les quelques mois qui précédèrent le martyre du prieur et de ses compagnons, elle ne laisse place à aucun doute. L'archidiacre Bedyll écrivait à Crumwell,vers la fin d'août 1534, pour l'entretenir à ce propos : « Je suis bien fâché de voir la sottise et l'obstination de certains religieux si attachés à l'évêque de Rome et à sa puissance usurpée qu'ils méprisent tout conseil et, de plus, risquent la perte de leurs corps, et de leurs âmes, et de leurs monastères, en hommes insensibles et prêts à mourir. N'était la croyance qu'on a eue, et que d'aucuns ont encore, en leur sainteté apparente, laquelle n'est et n'a toujours été chez la plupart que dissimulation et hypocrisie, peu importerait de savoir quel sort serait le leur, pourvu que leurs âmes fussent sauvées. Et quant à moi, je souhaiterais que tous ces obstinés qui sont disposés à mourir en l'honneur de L'évêque de Home <l (leson autorité, succombassent vraimeutpar la main de Dieu, afin qu'aucun homme m; s'exposât à être
i. « Calcndar », VII, 1040.
honni à tort pour les avoir justement châtiés. Pour éviter cela, et pour la charité que je dois à leurs corps et à leurs âmes, j'ai tâché de les ramener de leurs erreurs, et je tâcherai encore, si on me le commande: car je voudrais empêcher que mon souverain lord, Sa Majesté le roi, fût dérangé ou inquiété par leur extrême démence et folie. Je ne veux pas seulement parler de certains moines Chartreux, de ceux de Londres surtout, mais d'autres encore, comme plusieurs des religieux de Sion qui veulent bien s'offrir en sacrifice à la grande idole de Rome : et étant dans cette disposition d'esprit, ils sont maudits de Dieu, ainsi que le sont tous ceux qui mettent, touchant la vie éternelle, leur foi et leur confiance en un homme quelconque. Or, s'ils n avaient point une telle confiance en l'évêque de Rome, ils ne seraient nullement si soucieux de perdre leur vie temporelle pour l'amour de lui. . . » Puis, après avoir longuement parlé du monastère de Sion, Bedyll termine en avouant qu'il a « beaucoup travaillé en vain à les ramener (les Chartreux) de leur erreur invétérée aux devoirs de tout fidèle sujet envers son prince légitime (1). »
Les efforts que l'on tenta pour pousser les Chartreux à obéir aux volontés du roi se continuèrent pendant toute l'année. Le prieur des Brigittines de Sion, à qui l'on donnait parfois le titre de « Père Confesseur », passait aux yeux de Crumwell, selon toute apparence, pour un zélé serviteur d'Henri VIII. Aussi est-ce auprès de lui que, sur l'ordre du ministre, plusieurs des Chartreux furent envoyés prendre conseil. Deux d'entre eux, prêtres et moines profès, nommés William Broke