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CHAPITRE IX

Les « Gomperta Monastica » et autres Accusations portées contre les Moines.

Le parlement supprima les monastères de second ordre sur la foi de la « déclaration » du souverain, d'après laquelle ils abritaient tous les vices. Ce fait ressort clairement des termes mêmes de l'exposé des motifs, où il est également dit qu'Henri VIII s'était convaincu de l'exactitude de ces imputations tant par les « comperts (1) de ses récentes visites que par différentes informations dignes de foi ». Il devient donc nécessaire d'examiner les accusations élevées contre les moines par les inquisiteurs royaux, d'après ce que nous en apprendront leurs lettres et leurs rapports.

Il est à peine besoin de faire observer combien il est aisé de produire des allégations de ce genre, et combien difficile d'en prouver la fausseté : alors que, surtout, les accusations datent de plus de trois siècles,

i. Abrégé sommaire des rapports adressés au roi par les visiteurs au cours de leurs tournées d'inspection. (Note du trad.)

et que de nombreux documents, qui eussent pu grandement éclairer la question, ont dû disparaître. On n'a même jamais entendu parler, depuis le jour où l'Acte fut voté, du fameux rapport qui, suppose-t-on, énumérait lès raisons militant en faveur de la suppression des monastères et formait la base sur laquelle s'appuyait la « déclaration » du roi. Néanmoins les affirmations, les reproches, les insinuations malveillantes des siècles postérieurs ont incarné à nos yeux le témoignage des contemporains ; sans compter que toutes ces imputations ont été recueillies et embellies par la fertile imagination d'écrivains hostiles au système monastique.

Écartant tout ce qui a été écrit contre les moines anglais par ceux qui ont accepté l'accusation sans peser les motifs qui l'inspiraient, le lecteur est invité à porter son attention sur l'examen des témoignages et documents originaux qui existent encore. Viennent d'abord quantité de lettres écrites par les visiteurs eux-mêmes tandis qu'ils accomplissaient leur tâche d'inspection. La « Camden Society » a publié des extraits de cette correspondance, empruntés à un volume des « Manuscrits Cotton » qui se trouvent au Musée Britannique (1). Un grand nombre d'autres lettres, à peu près ignorées jusqu'ici, sont conservées au « Public Record Office » (Aixhives publiques). En outre, il nous reste un document connu sous le nom

1. « The Suppression of the Monasteries », édité par M. Wright. Presque tout le volume est tiré des Manuscrits Cotton (Cleop., IV, E, British Muséum), lesquels faisaient évidemment partie à l'origine, de la « Correspondance de Crumwell »,du « Record Office ». Les lettres des deux collections sont copiées de la même écriture, probablement celle de M. R. Starkey, qui vécut au commencement du dix-septième siècle, époque où fut formée la Collection Cotton.

de « Comperta » (1). C'est simplement un résumé des lettres et rapports adressés à Crumvvell par ses agents. Le document est occupé, en grande partie, par un rapport sur les monastères situés dans la province septentrionale d'York et dans le diocèse de Coventry et Lichfield. Le reste comprend deux passages d'un rapport semblable, rédigé, sur le diocèse de Norwich, par John Ap Rice. Ce visiteur s'était joint au Dr Legh pour prier Crumwell de suspendre tous les pouvoirs des évoques pendant la tournée d'inspection (2). Ap Rice fut employé, dans cette partie de l'Angleterre, à la même besogne que Legh, qui venait d'inspecter l'université de Cambridge, et plus tard, en décembre 1535, il rejoignit Layton à Lichfield pour aller visiter avec lui les établissements du nord.

Outre les « Comperta » manuscrits, un autre document de la même espèce, relatif à environ quatorze, des monastères du sud, nous a été conservé par « Baie, l'homme à la bouche pleine d'injures » (3). Ces rap-

1. L'original, conservé au Record Office, est de la main de John Ap Rice, Tan des visiteurs. Les deux exemplaires du Musée britannique sont évidemment des copies de ce document. Il y a pourtant, au Record Office, un fragment d'un rapport semblable qui n'a pas été transcrit dans les MSS. Gotton et Lansdowne : c'est, selon toute probabilité, une feuille détachée du sommaire des rapports envoyés par John Ap Rice sur les monastères de Norfolk, de Suffolk, de Cambridge, etc. — Depuis que ces pages ont été écrites, le dixième volume du « C4alendar of Letters and Papers » a paru, et les documents dont il est ici question figurent dans ce volume sous le n° 364.

2. Une lettre d'Ap Rice (Wright, 85), datée de Bury St-Edmunds, montre qu'il fut occupé dans le diocèse de Norwich. Autre preuve : deux lettres qu'il écrivit, conjointement avec Legh, sur l'abbaye de Westderham. La date des « comperta » est importante, et l'on en reparlera plus loin : le chanoine Dixon (p. 352) croit que ce sont là des rapports relatifs à une inspection ultérieure. M. Gairdner(tome X, n° 364) les rattache à la visite de 1535-36.

3. « Pageant of Popes. » On trouvera une partie de ce livre dans la troisième édition de 1' « Histoire » de Speed : ces emprunts n'ont probablement pas été insérés par ce dernier et sont faits à Henri Estienne (appelé : Henry Steven), qui déclare, en son « Apologie pour Hérodote » (éd. 1565),

ports, dits « Comperta » ou « Comperts », furent adressés à Crumwell par ses visiteurs au cours de leurs tournées. C'est ainsi qu'en octobre 1535, Ap Rice écrivait de Cambridge : « Ci-inclus vous recevrez le sommaire des compertes pour les établissements que nous avons vus depuis notre départ de Londres. » Dans la même communication, il dit, à propos de l'abbaye de Walden : « Vous pourrez voir, par les comperta de cette maison, comment vit toute la bande de ceux qui font vœu de chasteté. » Cette abbaye avait une bonne réputation : pourtant, d'après Ap Rice, elle est « dans le môme cas que celles où nous n'avons pas eu de comperts. ici, les moines déclarent la vérité, parce que leur supérieur les a toujours exhortés à agir ainsi (1); mais il en a été autrement dans d'autres maisons, en vertu d'engagements pris d'avance, comme à Saint-Albans, on nous ne trouvâmes pas grand'chose, bien qu'il y eût beaucoup à reprendre (2). »

Un mois plus tard, le même visiteur et le Dr Legh écrivent ensemble une lettre, datée de Westacre, pour annoncer à Crumwell l'envoi d'un nouveau « sommaire des comperts embrassant les maisons vues depuis le dernier rapport jusqu'à Crabhouse » (3).

que ses extraits sont « tirés d'un livre anglois ». Le livre de Baie ayant été publié en 4555, ce fut probablement l'ouvrage d'Henri Estienne qui servit de modèle. L'histoire des extraits donnés par Speed (3e éd.) est intéressante et explique certaines erreurs bizarres. Ainsi, Baie, qui semble ignorer le nom du prieur de Bermondsey, l'appelle « Blank », alors qu'il s'appelait VeE réalité « Richard Gill ». Estienne écrit « Blanc », et l'éditeur de Speed retraduit le nom en anglais: « White » (blanc).

1. Ap. Rice avait déjà dit que ce supérieur « enseignait en ses sermons quotidiens qu'il n'y avait nulle vertu in monachatu » et qu'il était lui-môme un homme déchu.

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