‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 236 sur 288 · Ellis, « Orig. Letters », Ire série, II, p · texte numérisé non relu

Ellis, « Orig. Letters », Ire série, II, p

Henri viii. — I. 25

rouleaux, à vingt-deux pieds plus loin dans le jardin de mon père, avant que celui-ci en sût rien. Aucun avertissement ne lui avait été donné, et il ne reçut point de réponse, quand il s'adressa aux conducteurs de ces travaux, sinon que leur maître, sir Thomas, leur avait ordonné de faire ainsi. Personne n'osa aller discuter la question, et chacun perdit son terrain. Mon père paya son loyer entier, qui se montait à 6 schellings 8 pence, pour l'unique moitié qui lui restait. Voilà ce que je sais et j'ai cru bon de le noter, car l'élévation subite de certains hommes les porte à s'oublier. La société des drapiers de Londres acheta cette maison, qui est aujourd'hui le lieu où la corporation se réunit (1). »

On ne peut lire les nombreuses lettres adressées à Thomas Crumwell et les instructions envoyées par lui à ses agents pendant la période de la suppression des monastères, sans reconnaître que sa conduite à leur endroit manqua même d'honnêteté. Sans doute, la destruction de ces établissements était chose décidée d'avance, et les commissaires royaux étaient pleinement instruits des visées de leur maître : celui-ci ne les invite pas moins à nier formellement toute intention malveillante de la part du roi. Le Dr Layton écrit de Norfolk à son patron qu'il a fait de son mieux pour étouffer le bruit d'après lequel tous les monastères doivent succomber; il a dit aux moines et à leurs voisins qu'une semblable rumeur était une calomnie contre la majesté royale, et il ajoute : « Je vois maintenant que l'ordre que vous me donnâtes en votre galerie était beaucoup plus important que je ne l'estimai ou

1. Stow, « Survey of London », éd. 1602, p. 180. Foxe rapporte aussi plusieurs exemples de ]a manière d'agir arbitraire de Crumwell.

supposai alors, et que je ne l'eusse cru, si l'expérience ne m'en avait montré l'utilité (1). » L'ordre donné était évidemment de prévenir la perte de l'argenterie ou d'autres objets précieux dont les moines se débarrassaient en vue de la saisie imminente de leurs biens, par la fausse assurance que le roi ne nourrissait aucun projet de destruction (2).

Pendant les huit années que Crumwell gouverna l'Angleterre en despote, il dut amasser, par la spoliation publique et privée, un butin immense. Le seul parti qu'avaient à prendre les communautés religieuses était de recourir à une tentative de conciliation. En prodiguant les donations, les pots-de-vin et les présents à leur chef suprême, elles espéraient reculer le jour fatal. Les monastères étaient assaillis par des demandes de baux, de donations et de pensions que Crumwell ou ses agents accumulaient sans hésiter. En général, la demande était agréée sur-le-champ : les moines n'avaient pas le choix en effet, et ils risquaient, par un refus, de s'attirer de plus sérieux embarras. Parfois seulement, quand on les sollicitait d'octroyer une ferme ou pension qui leur enlevait les ressources nécessaires pour vivre ou pour entretenir les pauvres à leur charge, ils imploraient avec instance la permission de répondre : non.

Le livre de comptes (3) de Thomas Avery, l'intendant de Crumwell, prouve que celui-ci recevait de

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