‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 278 sur 288 · Strype, ibid , p · texte numérisé non relu

Strype, ibid , p

3. Notes sur Thomas Garret, par Anthony Delaber, imprimées dans les Actes de Foxe, V, p. 421.

Tel le Dr London était à cette époque, tel il était, sans aucun doute, un an ou deux auparavant lorsqu'il visitait les monastères et les couvents de femmes. Il est facile de s'imaginer l'indignation de l'abbesse de Godstow devant la conduite brutale de cet étrange visiteur, et l'on frémit en songeant aux innombrables religieuses renfermées dans les couvents d'Angleterre qui étaient exposées aux interrogations grossières et aux menaces violentes de cet homme dépourvu de moralité et de scrupule.

En vertu des informations et dépositions recueillies par London et présentées au Conseil par l'évêque Gardiner, plusieurs personnes périrent pour avoir repoussé les « six articles ». « Lui et un certain Symons, homme de loi, et Ockham, qui attiraient les autres dans le piège, dit Strype, s'y laissèrent enfin prendre eux-mêmes. C'étaient des gens qui s'occupaient à forger des accusations, fondées sur le rejet des six articles, contre un grand nombre de ceux qui professaient l'Évangile. On renvoyait ceux-ci devant le tribunal de Winchester, lequel devait adresser au Conseil les plaintes dont il était saisi. Le roi, mieux informé de leur vile conspiration et réprouvant leur soif de sang, ordonna au Conseil d'instituer une enquête à ce propos, et ainsi London et les autres, ayant été interrogés par le Conseil, furent enfin déclarés coupables de parjure pour avoir juré n'avoir pas agi comme ils l'avaient fait en réalité et comme on le leur prouva de façon manifeste. Sur quoi, ils furent estimés parjures et condamnés à traverser Windsor, Reading et Newbury, le visage tourné vers la queue de leurs chevaux, et à rester cloués au pilori dans chacune de ces villes, un jour de marché, avec un

écriteau, collé au-dessus de leur tête, sur lequel était proclamé leur crime. Cela fait, ils furent emprisonnés à la prison de « Fleet », où London périt misérablement en 1543. Chose étrange : ce fut un autre visiteur, Thomas Legh, qui contribua le plus à démontrer la culpabilité de London et à provoquer son châtiment.

« Ici encore (1), écrit M. Blunt, un doyen deux fois surpris en flagrant délit d'immoralité et condamné de ce chef à une pénitence publique, puis convaincu plus tard de parjure, n'est pas du bois dont sont faits les témoins véridiques. »

Dès lors que le but avoué des visiteurs a été le pillage et que les accusations par eux portées contre les religieux ne furent qu'un moyen pour atteindre cette fin, il semble qu'on doit être convaincu de la fausseté de leur témoignage. Qu'on dise des monastères ce qu'on voudra : il n'en est pas moins injuste de les condamner pour des fautes honteuses sur la simple parole de ceux qui avaient intérêt à noircir leur bon renom. Rappelons-nous l'opinion d'Edmund Burke : « Ce n'est pas, écrit-il, avec grande crédulité que j'écoute ceux qui parlent mal des gens qu'ils se disposent à dévaliser. Je soupçonne fort qu'on invente ou exagère les vices quand de les châtier doit tourner à profit. Un ennemi est un méchant témoin, un voleur en est un pire(2). »

La réputation des hommes qui ont diffamé les monastères ne saurait être aujourd'hui défendue par aucun historien honnête. Nous n'avons encore d'autre témoignage que le leur ; mais il est permis de demander, au nom du sens commun comme de la justice

Page 1