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dame Isabelle Jordayn, choix nettement contraire aux désirs royaux. Wolsey, dès qu'on l'informa du mécontentement d'Henri VIII, écrivit une lettre d'humbles excuses. Le roi accepta ses explications et ajouta : « Quant au secours que peuvent fournir les maisons religieuses pour l'édification de vos collèges, je voudrais qu'il fût plus grand, pourvu toutefois qu'il fût légitime ; et mon unique intention est qu'il paraisse tel au monde entier et que la cause de tous ces murmures soit écartée et supprimée. Car assurément il y a de nombreux murmures, favorables ou malveillants, par tout le royaume. On ne dit pas que tous ces biens mal acquis sont donnés au collège, mais que le collège est le prétexte qui sert à couvrir bien des abus. Cela me peine, je vous assure, d'entendre ainsi parler de celui que j'aime si entièrement. C'est pourquoi j'ai pensé ne pas devoir manquer de vous faire cette admonestation amicale. Votre lettre me révèle encore une chose qui, je crois, touche à la conscience : c'est que vous avez reçu de l'argent des religieux dispensés, qui désiraient avoir leurs anciens visiteurs. Sûrement, cela est peu conforme à la probité de conscience. Car si ce sont de bons religieux, pourquoi prendre leur argent ? Et s'ils sont mauvais, c'est une action coupable. Quand même vos droits de légat vous couvriraient peut-être sur ce point « apud homines », il n'en serait pas ainsi « apud Deum » (1). Dans sa réponse, le cardinal remercie son maître « du grand zèle qu'il
1. Lord Herbert. « Henry VIII », p. i64. — Fiddes, «Wolsey », p. 379, — Fuller (« Church History»,III, p. 357, éd. de 1845), dit : « Il faut voir la main de Dieu dans le sort fatal qui termina la carrière des gens employés par le cardinal à cette besogne. Ils étaient cinq. Deux d'entre eux s'élant provoqués en duel, l'un fut tué et l'autre pendu pour ce fait. Le troisième s'étant précipité la tête la première dans un puits, périt volontairement. Le qua-
avait pour la pureté et la probité de sa conscience, ne convoitant et désirant commettre ou faire aucune action, sous couleur des intérêts de son collège ou autrement, qui ne fût pas d'accord avec le plaisir de Dieu et avec une conscience droite, ou qui pût autoriser une personne quelconque à mal parler ou à mal penser de sa conduite ». Il ajouta : « Et quoique, comme je le reconnais dans mes autres lettres, j'aie reçu de diverses gens, d'anciens amis à moi, et autres religieux exemptés, des secours très affectueux pour l'édification de mon collège, cependant Votre Majesté peut être sûre qu'ils ne se montent pas à une somme aussi considérable que certains le prétendent d'après des bruits répandus à tort, et qu'aucune partie de cet argent n'a été, à ma connaissance et à mon avis ou jugement, prise ou donnée par corruption ou par des moyens contraires à la loi. » Il déclare ensuite qu'il ne prendra rien dorénavant « à aucun religieux, exempté ou non, et ainsi j'espère que nulle action illégale ne souillera plus, ni ne chargera ni n'embarrassera la conscience de votre pauvre cardinal » (1).
En dépit des excuses présentées par le cardinal, il* semble qu'Henri VIII ait eu de justes raisons de soupçonner que Wolsey avait mis ses pouvoirs de légat au service de ses intérêts particuliers. La rumeur publique avait parlé d'immunités achetées par des présents en faveur des collèges du cardinal : ces franchises
trième, de riche qu'il était, devint si pauvre qu'il dut mendier son pain. Le cinquième, le Dr Allen, homme de grande aotoriété, fut créé plus tard archevêque de Dublin et fut assassiné en Irlande. Personne n'ignore le sort [du cardinal lui-môme, et quant à ses deux collèges, celui d'Ipswich (véritable emblème de son maître, sitôt monté, sitôt tombé) fit bientôt pince à des habitations privées ; tandis que l'autre, celui de Christchurch, à Oxford, fut contraint de renier son fondateur. »
\. Papiers d'état, I, p. 317.
étaient contraires aux intérêts du roi et n'auraient pas dû être accordées. L'archevêque de Cantorbéry se plaignit de ce que, au moment de recueillir l'emprunt connu sous le nom de « prêt amical », il n'eût aucun pouvoir sur les maisons religieuses de sa province. « Je m'en remets, écrit-il à Wolsey, à Votre Grandeur, et si les religieux ne contribuent point à l'emprunt suivant la valeur de leurs bénéfices, le clergé se plaindra. Si les moines n'avaient pas été exemptés et avaient comparu devant moi, l'emprunt fourni par mon diocèse serait beaucoup plus grand (1). » Le roi se plaint également avec beaucoup d'amertume de ce que les adversaires les plus énergiques et les plus heureux de ce prêt forcé se rencontrent dans les rangs du clergé. « Ces mêmes maisons religieuses, écritil au cardinal, n'ont pas voulu donner à leur souverain,qui se trouvait dans la nécessité, des sommes aussi importantes, à beaucoup près, qu'elles vous en ont fourni pour la construction de votre collège. Cela me semble être de la malveillance, car, à moins qu'elles n'en tirassent quelque profit, je n'ai jamais entendu dire qu'elles fissent preuve de tant de bonne volonté, tara enim est aliéna ad eis ipsa humanitas. » Il termine en recommandant instamment à Wolsey de bien veiller sur la conduite de ceux à qui il a confié « cette ingérence dans les affaires des maisons religieuses » (2). Au printemps de l'année 1527, la question du divorce d'Henri et de Catherine commença d'être discutée en Angleterre. En automne, la première communication à ce sujet fut échangée entre le roi et le pape. Lorsque les agents royaux arrivèrent à Rome, le
\ . * Oalendar », IV.
2. Brewer, « Henry VIII », II, p. 283. — Recueil de Fiddea, p. 139.
25 novembre, ils trouvèrent Clément VII prisonnier au château de Saint-Ange, avec un petit nombre de cardinaux. La ville avait été prise et saccagée par le duc de Bourbon au mois de mai précédent. A cette époque, Wolsey avait conçu le dessein de rivaliser encore avec l'évêque Wykeham en fondant une école destinée à alimenter sa fondation d'Oxford comme celle de Winchester avait alimenté « New Collège ». Cette entreprise exigeait impérieusement de nouvelles ressources. Le succès de ses premiers plans ayant été assuré par la dissolution de divers monastères, les agents, qui étaient partis pour Rome avec mission de s'occuper du divorce, reçurent l'ordre de chercher à obtenir encore des pouvoirs dans ce sens. 11 semble qu'à ce moment le cardinal ne reculât plus devant rien pour mettre ses projets à exécution. Pendant l'été de cette année-là, 1527, il était allé en France, où il avait conclu trois traités avec le roi. Il fut convenu que, durant la captivité du pape, ni bulle, ni bref ne seraient acceptés dans l'un ou l'autre pays; que, avec le consentement d'Henri VIII, le cardinal d'York aurait un empire absolu sur toutes les affaires ecclésiastiques en Angleterre, et que François Ier jouirait du môme privilège dans son royaume. Wolsey proposa également de demander à Clément VII qu'il le créât son vicaire général pour toute la durée de son emprisonnement, et qu'il l'investît de l'autorité suprême. De fait, si l'on s'en rapporte au contenu de la bulle, toute rédigée et prête à recevoir le sceau et la signature du pape, le cardinal se proposait d'obtenir môme la faculté de dispenser de la « loi divine » (1).
1. Pocock, Documents. I, p. 19 : « Etiamsi ad divins Lftgll relaxation. -m. • Voy. Lewis, « Trans. of Sanders », Introduction, p. LUI, etc.
Chose encore plus extraordinaire : Wolsey, avant de quitter la France, se comporta comme s'il avait été investi de ces pouvoirs inouïs. Il ordonna même au chancelier de France de prendre le titre et le costume de cardinal, en vertu d'une promesse que Clément VII n'avait pas tenue (1).
En décembre 1527, le pape s'échappa de Rome et se rendit à Orvieto, où le suivirent les agents de Wolsey, Gardiner et Foxe. La Saint-Père, dans son impuissance, était à la merci de quiconque voulait lui faire violence. Le 23 mai 1528, Foxe décrivait dans une de ses lettres la condition misérable où ils avaient trouvé le pape à leur arrivée à Orvieto. 11 avait élu résidence dans le palais délabré de l'évêque. Trois petites chambres, « absolument nues et sans tentures», avec un plafond croulant et « meublées » d'environ une trentaine de personnes « de la racaille », menaient à l'appartement privé du pontife. L'ameublement, y compris « le lit et le reste », ne valait pas « vingt nobles » (2).
Pendant plusieurs semaines, les agents s'efforcèrent d'arracher au pape sans défense une décision définitive sur la question du divorce. Gardiner alla jusqu'à menacer Clément VII d'arranger le différend en Angleterre indépendamment de sa volonté, et son arrogance stupéfia les cardinaux qui étaient présents (3). Ses tentatives ayant échoué, l'agent de Wolsey essaya d'acheter le consentement du pape au moyen de promesses dont l'effet serait de lui « rendre et de lui