Rot. Pari., 25, Henr. VIII (n
Street, où elle trouverait la guérison de son mal. Lors de sa première visite à la châsse, suivant ce qu'on raconte, elle ne recouvra pas la santé. Elle n'en fut point découragée, mais se proclama parfaitement certaine de voir la promesse s'accomplir au moment voulu. Entre temps, sa réputation s'était répandue au loin. Soit par l'intermédiaire de Richard Masters,curé d'Aldington, soit par une autre voie, la rumeur parvint aux oreilles de l'archevêque de Cantorbéry, le vénérable Warham. Il « envoya le Dr Bocking, avec Maîtres Hadleigh et Barnes, trois moines de Christ's Church à Cantorbéry, le Père Lewis et son collègue (deux Observantins), son juge ecclésiastique de Cantorbéry et le curé d'Aldington, munis d'une commission pour examiner l'affaire et s'informer de la vérité ». Leur rapport fut favorable. Ils déclarèrent à l'archevêque « qu'ils la trouvaient saine d'esprit ». En sorte que la prochaine fois qu'elle alla à Notre-Dame de Court of Street, « elle entra dans la chapelle au chant de VAve Regina cœlorum en musique, accompagnée de ces commissaires, de nombreuses dames et nombreux gentilshommes du meilleur rang, et, en outre, de trois mille personnes du peuple ».
Pendant la messe qui fut célébrée devant la chasse, Elisabeth Barton tomba dans une de ses extases habituelles et recouvra la santé. Elle déclara ensuite que Notre-Dame désirait voir honorer plus fidèlement et entretenir avec plus de générosité la chasse de Court of Street et voulait qu'elle-même entrât dans un couvenl. Pour se conformer à ce désir, l'archevêque Warham la fit recevoir dans le couvent des Bénédictines du Saint-Sépulcre, près de Cantorbéry. Elle devint religieuse, dans la suite, et elle conserva toujours une
universelle réputation de sainteté. De temps à autre, pendant les sept années de sa vie religieuse, elle paraissait, selon toute apparence, plongée dans l'extase (1 ).
La vie d'Elisabeth Barton au couvent est peu connue. Mais on sait que, dès cette époque, elle s'élevait hautement et fermement contre le péché, et qu'elle exhortait à la pénitence chaque fois que le hasard lui en fournissait l'occasion. Si elle était possédée de l'esprit malin, comme le prétendirent plus tard ses ennemis, jamais il n'y eut d'exemple plus frappant de la division du royaume de Satan contre lui-même. Elle blâmait le relâchement général du siècle, la « corruption des mœurs et la mauvaise vie » des Anglais de ce temps. Elle exhortait les gens à s'approcher des sacrements, et, en particulier, à se confesser souvent et à observer d'autres excellentes pratiques de la religion catholique (2). L'ascendant qu'elle prenait sur l'esprit et le cœur des personnes avec qui elle se trouvait en contact était, tout nous porte à le croire, comme un aiguillon pressant qui les poussait à mener une vie meilleure.
1. Les détails donnés dans l'« acte d'attainder » (Rôle des archives du parlement) concordent, sur les points principaux, avec l'histoire de la religieuse telle qu'elle est racontée plus haut, et qui est empruntée au compte rendu de la brochure de Thwaites publié par Lambard. L' « attainder », il est vrai, déclare, comme on le verra dans la suite, que toute l'affaire fut une supercherie combinée d'avance par les deux prêtres, Richard Masters et le Dr Edward Bocking.
2. Lambard, p. 448. L'acte d'attainier semble reconnaître sa réputation de sainteté et son influence bienfaisante. Richard Morison, le ferme soutien dela politique suivie par Henri VIII, dans un ouvrage publié en 1537, c'est-àdire fort peu après l'exécution de la « Sainte Fille », admet que sa sainteté était universellement reconnue : « Tandem comparata sanctimoniae famar cœpit mirum in modum non plebem, non vulgus imperitum, sed magnâtes alioqui viros, multos prseterea doctores, abbates aliquot, Warramum ipsum archiepiscopum Cantuariensem, atque adeo legatos apostolicos, deludere. » Apomaxis Calumniarum, fol. 72 (1537).
Ainsi, Henry Man, moine de l'ordre des Chartreux et procureur du couvent de Sheen, écrivant au début de Tannée 1533 au Dr Bocking, le confesseur de la religieuse, s'exprime sur son compte en termes enthousiastes : « Louons Dieu, dit-il, qui a élevé cette sainte vierge pour notre salut, et qui a fait d'elle, en vérité, une mère pour moi et une fille pour vous. Elle a allumé en certains cœurs un feu que vous diriez semblable à celui que suscita l'opération du Saint- Esprit dans l'Église primitive, si vous voyiez avec quelle abondance de larmes certaines gens pleurent leurs péchés (1). » A une date ultérieure, le même moine écrit que « depuis peu seulement, il a plu à Dieu de me donner quelque connaissance des œuvres secrètes et merveilleuses qu'il opère chaque jour en son Élue et Fille spirituelle. Ceci a enflammé plus encore mon cœur de l'amour de Dieu ». « Je vous prie, ajoute-t-il dans sa lettre au Dr Bocking, de m'accepter pour fils spirituel et de demander les prières d'Elisabeth Barton pour obtenir la grâce de me mortifier et de ne vivre que pour Jésus-Christ (2). »
Un autre membre du même monastère écrit à la religieuse pour la supplier de prier en sa faveur, car jusqu alors son âme n'a retiré que peu de fruit de sa retraite loin du monde (3). Cette lettre nous montre quelle haute idée il avait conçue de la sainteté d'Elisabeth Barton.
Mais le témoignage sans nul doute le plus précieux, relatif à la Sainte Tille, c'est l'opinion que se forma le vénérable évêque Fisher sur ses vertus. 11 ne faut pas
\. « Calendar », VI, n° 835.