‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 90 sur 288 · Br. Muséum, Arundel MS., 152, f · texte numérisé non relu

Br. Muséum, Arundel MS., 152, f

aussi fréquemment que les fautes de la religieuse et de ses compagnons furent d'incontestables crimes de trahison et qu'ils « subirent un sort très nécessaire et très mérité ». Les cas de trahison bien spécifiés par le statut d'Edouard Ier étaient la provocation d'une guerre ou la méditation d'un complot contre la vie du roi. Or, on n'a pas l'ombre d'une preuve pour démontrer qu'Elisabeth Barton ait le moins du monde participé à une tentative ouverte contre le roi, et le temps n'était pas encore venu où la trahison résiderait dans les paroles et les croyances. « Les dénonciations de la religieuse, écrit Amos, sembleraient s'être rapportées à une providence spéciale, semblable à celle qu'Henri fît entrevoir à ses sujets, quand il leur représenta que la mort des enfants qu'il avait eus de la reine Catherine prouvait évidemment que le ciel était hostile à son mariage avec elle. Les révélations de la religieuse avaient surtout trait à la conduite future et éventuelle du roi: elles l'avertissaient des châtiments qu'il pouvait encourir ou éviter, mais elles furent réfutées par

les événements qui se produisirent »

« Lord Coke, dans deux de ses ouvrages, déclare que la religieuse et ses compagnons ne commirent point le crime de trahison. Dans son troisième Institut, où il commente les paroles du statut de trahison per overt fait, il ajoute en note: « Voyez 25, Henri VIII, chap. 12. Elisabeth Barton et les autres personnes condamnées par le Parlement pour diverses paroles et conspirations qui, non suivies faction ouverte, ne tombent point sous le coup de la loi, ne pouvaient être condamnées par un tribunal ordinaire. » Et dans son quatrième Institut, il écrit ceci: « Dès qu'un homme ne peut être légalement frappé d'«attainder»pour haute trahison, si

son offense n'est pas, selon la loi, une haute trahison, le parlement ne devrait pas avoir l'autorité de le frapper pour des paroles vagues et générales (comme cela s'est parfois produit); mais le fait de la félonie devrait être bien spécifié et établi, vu que la cour du Parlement est la cour de justice la plus élevée et la plus honorable, et qu'elle doit donner l'exemple aux cours inférieures. » La note ajoutée en marge par lord Coke est celle-ci : « 25, Henri VIII, ch. 12 : Elisabeth Barton et autres (1). »

La religieuse et ses compagnons furent donc condamnés par un tribunal qui ne les laissa pas présenter leur défense. Dans le bill lui-même, on renvoie, pour vérifier l'exactitude des faits, non pas aux interrogatoires qui eurent lieu au sein du Parlement, mais à ceux qui se passèrent devant le conseil du roi. Les livres et les écrits avaient été « vus et examinés par le très honorable conseil du roi ». Les erreurs furent « confessées ouvertement devant le très honorable conseil du roi, » à ce que déclarait le bill d'attainder. Le tribunal qui jugea en dernier ressort n'était pas celui qui avait interrogé les accusés, et les personnes condamnées, bien qu'elles fussent détenues à deux pas de la cour, ne purent se défendre.

« Il reste à noter, dit Amos, que la religieuse et ses complices furent doublement punis : car, avant d'être frappés d'allainder, ils avaient été exposés sur une plate-forme élei ée à Paul's Cross tout près de la chaire : et une fois 1< sermon fini, ils furent forcés de remettre, l'un après l'autre, des billets où était exprimé leur repentir d'avoir offensé Dieu el l<' roi, au prédicateur, qui l< is lui tout haut à la foule des assistants.

Page 1