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Chapitre 1. 2j

amoureux de^ allégories et des comparaisons. Les Français ont pour eux la clarté , l'exactitude , l'élégance ; ils lias ardent peu , ils n'ont ni la force Anglaise, qui leur paraîtrait une force gigantesque et monstrueuse , ni la douceur Italienn^, qui leur semble dégénérer en une mollesse efféminée.

De toutes ces différences naissent ce dégoût et ce mépris que les nations ont les unes pour les autres. Pour regarder dans tous ces jours cette différence qui se trouve entre les goûts des peuples voisins, considérons maintenant leur style.

On approuve avec raison, en Italie , ces vers de la troisième stance du premier chant de la Jérusalem,

Cos\ ail' egro fanciui' porgiamo aspersi Di soave licor' §li orli dôl vaso :

Succhi amari iugaaaato iatanto ci beve , E dall' inganno suo vita riceve.

Cette comparaison du charme des fables , qui enveloppent des leçons utiles, avec une médecine amere , donnée à un entant dans un vase bo^dé de miel , ne serait pas soufferte dans unpoëme épique Français. Nous lisons avec plaisir dans Montagne, qu'il faut emmieller la viande salubre à l'enfant. Mais cette image , qui nous plaît dans son style familier , ne nous paraîtrait pas digne de la majesté de l'Epopée.

Voici un autre endroit universellement approuvé*, et qui mérite de l'être. C'est dans le chant seizième de la Jérusalem , orsqu'Armide commence à soupçonner ia fuite de son amant ;

2j6 Essai sur la Poésie épique ?

Volea gi idar : dove , o cradel , me sola Lasci \ ma il varco al suoq chiuse il dolore ; Si Hie torao la llebile parola Più a mai a ia dietro a rimbombar su'l cuore.

Ces quaîre vers Italiens sont très-touchans et trésnatureh ; n$ts si on les traduit exactement , ce sera un gjlimjt'us en Français. « Elle voulait crier : >j Cruel , pourquoi me laisses-tu seule l maisla dou- » leur ferma le chemin à sa voix , et ces paroles » douloureuses reculèrent avec plus d'amertume , » et retentirent sur son cœur. »

Apportons un autre exemple tiré d'un des sublimes endroits du poëme singulier de Miîton , dont j'ai déjà parlé ; c'est au premier livre, dans la description de Satan et des Enfers.

Pvound he throw his baleful eyes

That witness'd huge affliction and dismay r

Mix'd wit obdurate pride , and stedfast hâte..

At oDce , as far as angels ken , he views

The dismal situation wast and wiLd :

A di ngeon horrible , on ail sides round ,

As cne £ieat furnace ,. flam'd yet from those fiâmes

ÎSo ligth , but rather darkness visible ,

SeiVd on y to discover sights of woe;

Reg < ns of sorrow ! doleful shades ! where peace

And re^t can ne ver dwel ! hope ne ver cornes

That cornes to ail ; etc.

« II promené de tous côtés ses tristes yeux, dan* n lesquels sont peints le désespoir et l'horreur, avec n l'orgut il et l'irréconciliable haine II voit d'ua ». coup-d'ceil aussi loin que les regards des Ché- » iubiuî> peuvent percer , ce séjour épouvantable %

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