‹ HenriadeChapitre 27 sur 69 · VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRGILE

L ne faut avoir aucun égard à la vie de Virgile , qu'on trouve à la tête de plusieurs éditions des ouvrages de ce grand homme. Elle est pleine de puéîilités et de contes ridicules. On y représente Virgile comme une espèce de maquignon et de faiseur de prédictions , qui devine qu'un poulain qu'on avait envoyé à Auguste était d'une jument malade , et qui , étant interrogé sur le secret de la naissance de l'Empereur , répond qu' Auguste était iils d'un Boulanger, parce qu'il n'avait été jQsqueslà récompensé de l'Empereur qu'en rations de pain. Je ne sais par quelle fatalité la mémoire des grands

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hommes est presque toujours dérigurée par des contes insipides. Tenons nous-en à ce que nous savons certainement de Virgile. Il naquit l'an 684 de la fondation de Rome , dans le village d'Andez , à une lieue de Mantoue , sous le premier Consulat du grand Pompée et de Crassus. Les Ides d'octobre , qui étaient ie quinze de ce mois , devinrent à jamais fameuses par sa naissance : octchris Maro consecravit Idus , dit Martial. Il ne vécut que cinquante deux ans , et mourut à Blindes , comme il allait en Grèce pour mettre , dans la retraite , la dernière main à son Enéide , qu'il avait été onze ans à composer. Il est le seul de tous les poètes épiques qui ait joui de sa réputation pendant sa vie. Les suffrages et l'amitié d'Auguste , de Mécène , de Tucca , de Pollicn , d'Horace , de Gallus , ne servirent pas peu , sans doute , à diriger les jugemens de ses contemporains , qui peut-être sans cela ne lui auraient pas rendu si-tôt justice. Quoi qu'il en soit, telle était la vénération qu'on avait pour lui à Rome , qu'un jour , comme il vint paraître au théâtre après qu'on y eût récité quelques-uns de ses vers , tout le peuple se leva avec des acclamations , honneur qu'on ne rendait alors qu'à l'Empereur. Il était né d'un caractère doux , modeste , et même timide. Il se dérobait très-souvent , en rougissant , à la multitude qui accourait pour le voir. Il était embarasssé de sa gloire , ses mœurs étaient simples , il négligeait sa personne et ses habillemens ; mais cette négligence était aimable. II faisait les délices de ses amis par cette simplicité ,

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