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Chapitre IX

Toute la pièce est dans ce goût. J'avertis seulement les Français qui en riront , que notre théâtre ne valait guère mieux alors ; que la mort de Saint Jean-Baptiste , et cent autres pièces sont écrites dans ce style > mais que nous n'avions ni Pastor- Fido ni Aminte.

Alilton , qui assista à cette représentation , découvrit , à travers l'absurdité de l'ouvrage , la sublimité cachée du sujet. Il y a souvent dans des choses , où tout paraît ridicule au vulgaire, un coin de grandeur qui ne se fait apercevoir qu'aux hommes de génie. Les sept péchés mortels dansant avec le Diable , sont assurément le comble de l'extravagance et de la sottise ; mais l'univers rendu malheureux par la faiblesse d'un homme, les bontés et les vengeances du Créateur , la source de nos malheurs et de nos crimes , sont des objets dignes du pinceau le plus hardi. Il y a, sur-tout dans ce sujet , je ne sais quelle horreur ténébreuse , un sublime sombre et triste qui ne convient pas mal à l'imagination Anglaise. Milton conçut le dessein de faire une tragédie de la farce à'Andreino , il en composa même un acte et demi. Ce fait m'a été assuré par des gens de lettres qui le tenaient de sa fille , laquelle est morte lorsque j'étais à Londres.

La tragédie de Alilton commençait par ce monologue de Satan , qu'on voit dans le quatrième chant de son poëme épique. C'est lorsque cet esprit de révolte s'échappant du fond des enfers , découvre le soleil qui sortait des mains du Créateur.

346 Essai sur la Poésie épique ,

« Toi , sur qui mon tvran prodigue ses bienfaits , v Soleil , astre de feu , jour heureux que je hais , y Jour qui fait mon supplice , et dont mes veux s'étonnent, y Toi , qui semble le Dieu des deux qui t'environnent , » Devant qui tout éclat disparaît et s'enfuit ; » (^ui fait pâlir le front des astres de la nuit : » Image du Très-Haut qui régla ta carrière, » Hclas ! j'eusse autrefois éclipsé ta lumière. » Sur la voûte des cieux élevé plus que toi , >> Le trône où tu t'assieds s'abaissait devant moi; » Je suis tombé , l'Orgueil m'a plongé dans l'abime. »

Dans le tcms qu'il travaillait à cette tragédie , la sphère de ses idées s'élargissait i mesure qu'il pensait, Son plan devint immense sous sa plume , et enfin, au lieu d'une tragédie , qui après tout n'eût été que bizarre et non intéressante , il imagina un poëme épique ; espèce d'ouvrage dans lequel les hommes sont convenus d'approuver souvent le bizarre sous le nom du merveilleux.

Les guerres civiles d'Angleterre cterent Iongtems à Milton le loisir nécessaire pour l'exécution d'un ii grand dessein. Il était né avec une passion extrême pour la liberté. Ce sentiment l'empêcha toujours de prendre parti pour aucune des sectes qui avaient la fureur de dominer dans sa patrie. II* ne voulut fléchir sous le joug d'aucune opinion humaine , et il n'y eut point d'église qui pût se vanter de compter Milton pour un de ses membres. Mais il ne garda point cette neutralité dans les guerres civile du Roi et du parlement. Il fut un des plus ardens ennemis de l'infortuné P.oi Charles L II

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