Chapitre IX. Z^y
entra même assez avant dans la faveur de Cromwel, et par une fatalité qui n'est que trop commune , ce zélé républicain fut le serviteur d'ui tyran. Il fut secrétaire & Olivier Cromwel y de Richard Cromwel et du parlement , qui dura jusqu'au tems de la restauration. Les Anglais employèrent sa plume pour justifier la mort de leur Roi , et pour répondre au livre que Charles II avait fait écrirepar Saumaise , au sujet de cet événement tragique» Jamais cause ne fut plus belle , et ne fut si mai plaidée de part et d'autre. Saumaise défendit en pédant la parti d'un Roi mort sur l'échaffaud , d'une famille royale errante dans l'Europe , et de tous les Rois même del'Europeintéressés dans cette querelle. Alilton soutint en mauvais déclamateur , la cause d'un peuple victorieux qui se vantait d'avoir juge son Prince selon les ioix. La mémoire de cette révolution étrange ne périra jamais chez les hommes, et les livres de Saumaise et de Alilton sont déjà ensevelis dans l'oubli. Milton , que les Anglais regardent aujourd'hui comme un poëte divin , était un très-mauvais écrivain en prose.
11 avait cinquante- deux ans lorsque la famille royale fut rétablie. Il fut compris dans l'amnistie que Charles II donna aux ennemis de son père ; mais il fut déclaré , par l'acte même d'amnistie , incapable de posséder aucune charge dans le royaume. Ce fut alors qu'il commença son poëme épique , à l'âge où Virgile avait fini le sien. A peine avait - il mis la main à cet ouvrage , qu'il fut privé de la vue. lise trouva pauvre, abando/mé
3^8 Essai sur la Poésie épique,
et aveugle , et ne fut point découragé. Il employa neuf années à composer le Paradis perdu. Il avait alors très-peu de réputation , les beaux-esprits de la cour de Charles II , ou ne le connaissaient pas , ou n'avaient pour lui nulle estime. Il n'est pas étonnant qu'un ancien secrétaire de Cromwel , vieilli dans la retraite , aveugle et sans bien , fût ignoré eu m iprisé dans une cour qui avait fait succéder à l'austérité du gouvernement du protecteur 9 toute la galanterie de la cour de Louis XIV , et dans laquelle on ne goûtait que les poésies efféminées ,, la mollesse de Waller , les satyres du comte de Rochester , et l'esprit de Couley.
Une preuve indubitable qu'il avait très - peu de réputation ; c'est qu'il eut beaucoup de peine à trouver un Libraire qui voulût imprimer son Paradis perdu. Le titre seul révoltait , et tout ce qui avait quelque rapport, à la religion était alors hors de mode. Enfin Tompson lui donna trente pistoles de cet ouvrage , qui a valu depuis plus de cent mille écus aux héritiers de ce Tompson. Encore le Libraire avait-il si peur de faire un mauvais marché , qu'il stipula que la moitié de ces trente pistoles ne serait payable qu'en cas qu'on fît une seconde édition du poëme : édition que Milton n'eut jamais la consolation de voir. II resta pauvre et sans gloire : son nom doit augmenter la liste des grands génies persécutés de la fortune.
Le Paradis perdu fut donc négligé à Londres , £t Milton mourut sans se douter qu'il aurait un joue de la réputation. Ce fut le Lord Sommers et