DE F O N T E N O Y
Echappe en ce carnage à ta main sanguinaire. Guerchi (i) n'est point frappé, la vertu peut te plaire; Mais vous brave (2) Daché , quel sera votre sort 1 Le ciel sauve à son gré , donne et suspend la mort. Infortuné Lutteaux (3) , tout chargé de blessures , L'art qui veille à ta vie ajoute à tes tortures ; Tu meurs dans les tourmens; nos cris mal entendus Te demandent au ciel: et déjà tu n'es plus.
O ! combien de vertus que la tombe dévoré ! Combien de jours brillans éclipsés à l'aurore ! Que nos lauriers sanglans doivent coûter de pleurs I Ils tombent ces héros , ils tombent ces vengeurs , Ils meurent , et nos jours sont heureux et tranquilles. La molle volupté , le luxe de nos Villes , Filent ces jours sereins , ces jours que nous devons Au sang de nos guerriers , aux périls des Bourbons. Couvrons du moins de fleurs ces tombes glorieuses, Arrachons à l'oubli ces ombres vertueuses. Vous (4) qui lanciez la foudre , et qu'ont frappé ses coups , Revivez dans nos chants , quand vous mourez pour nous.
(1) Tous les Officiers de son régiment Roval des Vaisseaux, hors de combat ; lui seul ne fut poiut blesse.
( 1 ) M. Daché , ( on écrit Dapchier ) Lieutenant- Général.
( i ) M. de Lutteaux , Lieutenant-Général , mort dans les opérations du traitement de ses blessures.
( 4 ) M. de Brocard , Maréchal de Camp , commandant l'Artillerie.
Eh! quel serait , grand Dieu ! le citoyen barbare, Prodigue de censure et de louange avare , Qui peu touche des morts , et jaloux des vivans , Leur pourrait envier mes pleurs et mon encens ? Ah ! s'il est parmi nous des cœurs dont l'indolence , Insensible aux grandeurs , aux pertes delà France , Dédaigne de m'entendre et de m'encourager j Réveillez-vous ingrats , Louis est en danger.
Le feu qui se déploie , et qui dans son passage , , S'anime en dévorant l'aliment de sa rage , Les torrens débordés dans l'horreur des hivers , Le flux impétueux des menaçantes mers , Ont un cours moins rapide , ont moins de violence, Que l'épais bataillon qui contre nous s'avance , Qui triomphe en marchant , qui , le fer à la main , A travers les mourans s'ouvre un large chemin j Rien n'a pu l'arrêter , Mars pour lui se déclare. Le Roi voit le malheur , le brave et le répare : Son fils , son seul espoir. . . Ah ! cher Prince , arrêtez , Où portez-vous ainsi vos pas précipités l Conservez cette vie au monde nécessaire. Louis craint pour son fils (i) , le fils craint pour son père » îsos guerriers tout san£,îans frémissent pour tous d*>ux : Seul mouvement d'effroi dans ces cœurs généreux.
(t) Un boulet de canon couvrit de terre un homme entre le Roi et Monseigneur le Dauphin , et un domestique de M. le Comte d'Argeasoa fut atteint d'une balle de fusil derrière eux.