‹ HenriadeChapitre 64 sur 69 · FONTENOY · texte numérisé non relu

FONTENOY

U O I ! du siècle passé le fameux satyrique * Aura fait retentir la trompette héroïque , Aura chanté du Rhin les bords ensanglantés , Ses défenseurs mourans , ses flots épouvantés , Son Dieu même en fureur effrayé du passage , Cédant à nos ayeux son onde et son rivage ! Et vous, quand votre Roi , dans des plaines de sang, Voit ^a mort devant lui voler de rang en rang , Tandis que de Tournay foudroyant les murailles , Il suspend les assauts pour courir aux batailles ; Quand des bras de l'hymen s'éiançant au trépas , Son fils , son digne fils suit de si près ses pas ; Vous,heureuxpar ses loix, et grands par sa vaillance. Français , vous garderiez un indigne silence !

Venez le contempler aux champs de Fontenoy. O vous ! Gloire , Vertu , Déesses cle mon Roi ,

* Boileau.

Qa

Redoutable Belione , et Minerve chérie , Passion des grands cœurs, amour de la patrie , Pour couronner Louis prêtez-moi vos lauriers -y Enflammez mon esprit du feu de nos gueriers > Peignez de leurs exploits une éternelle image ; Vous m'avez transporté sur ce sanglant rivage -9 J'y vois ces combattans que vous conduisez tous»

C'est là ce fier Saxon (i) qu'on croit né parmi nous; Maurice oui , touchant à l'infernale rive , Rappelle pour son roi son ame fugitive , Et qui demande à Jvîars , dont il a la valeur , De vivre encore un jour, et de mourir vainqueur^ Conservez , justes cieux , ses hautes destinées j Pour Loi'15 et pour nous prolongez ses années.

Déjà de la tranchée (2) Harcourt est accouru , Tout poste est assigné , tout danger est prévu ; Noaiiles (3), pour son Roi , plein d'un amour fidelle, Voit la France en son maître , et ne regarde qu'elle. Ce sang de tant de Rois , ce sang du grand Condé , D'.Eu (4), parqiîi des Français le tonnerre est guidé.

( 1 ) Le Comte Mare'chal de .Saxe , dangereusement malade, était pOTté dans une gondole d'osier , quand ses douleurs et sa faihlesse l'empêchaient de se tenir à cheval. Jl dit au Roi , qui l'emLras^s après le gain de la bataille , les mêmes choses qu'on lui fait penser ici.

( 2 ) M. le Duc d'tf arcouit avait investi Tournay.

( 5 ) Maréchal de France.

(4) Grand-Mai tie d'Aitilleiïe.

DE FONTENOY, 35i

Penthievre (i) , dont le zèle avait devancé l'âge , Qui déjà vers le Mein signala son courage ; Bavière, avec de Pons, Boûfflérs et Luxembourg, Vont, chacun dans leur place, atten Irecegran i jourj Chacun porte l'espoir aux guerriers qtTjPPbmmando j Le fortuné Danoy (2) , Chabannes , Gallerande , Le vaillant Béràitger , ce défenseur du Rhin , Colbert et du Chaila , tous nos héros entia (3 ) , Dans l'horreur de la nuit , dans celle du silence , Demandent seulement que le péril commence.

Le jour frappe déjà de ses rayons naissans , De vingt peuples unis les drapeaux menaçans» Le Belge , qui jadis fortuné sous nos Princes , Vit l'abondance alors enrichir ses provinces , Le Batave prudent , dans l'Inde respecté , Puissant par son travail et par s-t liberté , Qui long-tems opprimé par l'Autriche cruelle , Ayant brisé son joug , s'arme aujourd'hui pour elle j L'Hanovrien constant qui, formé pour servir , Sait souffrir et combattre , et sur-tout obéir ;

( 1 ) Il s'était signalé a la bataille de Dettingue.

( 2 ) JYI. de Daaoy fut retire par sa nourrice d'une foule de morts et de mourans , sur le champ de Mal daqiiet , deux jours après la bataille : c'e.t un fait certain. Cetto femme vint avec un passe-port, accompagnée d'un Servent du Régiment du Roi , dans Lequel e'tait alors cet Ofticier.

( 3 ) Les L ■■c-itenans-QeneVaux , chacun à leur division.

L'Autrichien, rempli de sa gloire passée, De ses derniers Césars occupant sa pensée , Sur-tout ce peuple altier , qui voit sur tant de mers Son commerce et sa gloire embrasser l'univers , Mais qui, jafBk en vain des grandeurs (k la France , Croit porter dans ses mains la foudre et la balance : Tous marchent contre nous ; la valeur les conduit , La haine les anime, et l'espoir les séduit. De l'empire Français l'indomptable génie Erave, auprès de son Roi , leur foule réunie : D«s montagnes , des bois , des fleuves d'alentour, Tous îés Dieux alarmés sortent de leur séjour , Incertains pour quel maître en ces plaines fécondes Vontcroîtreleurs moissons, et vont couler leurs ondes. La Fortune auprès d'eux , d'un vol prompt *t léger, Les lauriers dans les mains , fend les plaines de l'air, Elle observe Louis , et voit avec colère Que sans elle aujourd'hui la valeur va tout faire.

Le brave Cumberland , fier d'attaquer Louis, À déjà disposé ses bataillons hardis.

Tels ne parurent point aux rives de Scamandre , Sous ces murs si vantes que Pyrrhus mit en cendre, Ces antiques héros qui , montés sur un char , Combattaient en désordre , et marchaient au hasard : Mais tel fut Se i pion sous les murs de Carthage , Tels son rival et lui prudens avec courage , Déployant de leur art les terribles secrets , L'un vers l'autre avancés s'admiraient de plus près.

L'Escaut , les ennemis , les remparts de la Ville , Tout présente là mert, et Louis est tranquille.

DE FONTENOY. 3<5/ Cent tonnerres de bronze ont donné le signal : D'un pas ferme et pressé , d'un front toujours égal , S'avance vers nos rangs la profonde colonne Que la terreur devance , et la flamme environne , Comme u'n nuage épais qui , sur l'aile -des vents , Porte l'éclair , la foudre et la mort dans ses flancs. Les voilà , ces rivaux du grand nom de mon maître, Plus farouches que nous, aussi vaillans peut-être, Encor tout orgueilleux de leurs premiers exploits. Bourbon ! voici le tems de venger les Valois.

Dans un ordre effrayant trois attaques formées Sur trois terreins divers engagent les armées. Le Français , dont Maurice a gouverné l'ardeur , A son poste attaché , joint l'art à la valeur. La mort sur les deux camps étentl sa main cruelle , Tous ses traits sont lancés, le sang coule autourd'elle. Chefs , Officiers , Soldats , l'un sur l'autre entassés., Sous le fer expirans , par le plomb renversés , Poussent les derniers cris en demandant vengeance.

GRAMMONT qui signalait sa noble impatience , Grammont dans l'Elisée emporte la douleur D'ignorer en mourant si son maître est vainqueur. De quoi lui serviront ces grands titres (i) de gloire , Ce sceptre des guerriers , honneur de sa mémoire , Ce rang , ces dignités , vanité des héros , Que la mort avec eux précipite aux tombeaux ?

( i ) Il allait être Maréchal de France.

Tumeurs, jeune Craon (i) : que le ciel moins sévère

Veille sur les destins de ton généreux frère.

Hélas ! cher Longaunay (2J, quelle main, quel secours

Peut arrêter ton sang , et ranimer tes jours ?

Ces ministres de Mars (3) qui d'un vol si rapide

S'élançaient à la voix de leur chef intrépide ,

Sont , du plomb qui les suit , dans leur course arrêtés»

Tels que des champs de l'air tombent précipités

Des oiseaux tout sanglans palpitans sur la terre.

Le fer atteint d'Avray (4) ; le jeune Daubeterre

Voit de sa légion tous les chefs indomptés ,

Sous le glaive et le feu , mourans à ses côtés.

Guerriers que Chabrillant avec Brancas rallie ,

Que d'Anglais immolés vont payer votre vie !

Je te rends grâce, o Mars ! Dieu de sang, Dieu cruel!

La race de Colbert (ô^ce Ministre immortel ,

( 1 ) Dix-neuf Officiers du régiment de Hainault oat été tués ou blessés. Son frère , le Prince de Beauveau , sert en Italie.

( 2 ) M. de Longaunav , Colonel de nouveaux Grenadier» , mort depuis de ses blessures.

(3) Officiers de l'Etat-Major. MM. de Puiségur, de Méziere , de Saint-Sauveur , de Saint-Georges.

( 4 ) Le Duc d'Avray , Colonel du régiment de la Couronne.

( 5 ) M. de Croissy , avec ses deux enfans , et son neveu, M. Buplessis-Chàtillon , blessés légèrement.

Page 1