DE FONTENOY
Ce brillant Escadron (1) , fameux par cent batailles , Lui par qui Catinat fut vainqueur à Marsailles , Arrive , voit , combat , et soutient son grand nom. Tu suis du Châtelet , jeune Castelmoron (2) ; Toi qui touches encore à l'âge de l'enfance , Toi qui , d'un faible bras qu'affermit ta vaillance , Reprends ces étendards déchirés et sanglans , Que l'orgueilleux Anglais emportait dans ses rangs : C'est dans ces rangs affreux que Chévrier expire j Monaco perd son sang , et l'amour en soupire. AnglaiSjSur du Guesclin deux fois tombent vos coups : Frémissez à ce nom si funeste pour vous.
Mais quel brillant héros , au milieu du carnage , Renversé , relevé , s'est ouvert un passage ! Eiron (3) , tels on voyait , dans les plaines d'Ivri Tes immortels ayeux suivre le grand Henri,
( 1 ) Quatre encadrons de la Gendarmerie arrivaient après sept heures de marche et attaquèrent.
( 2 ) Ln che\al fougueux avait emporté le Porte-Etendard dans la colonne An&laise ; M. de Castelmoron, asé
de quinze ans, lui cinquième, alla le reprendre au milieu du camp des ennemis. M. de Beliet commandait ces Escadrons de ia Gendarmerie : il eut un cheval de tué sous lui , aussi bien que IvJ. de Chimenes , en retormant une Bricade.
( 5 ) M. le Duc de Biron eut le commandement de l'Infanterie , quand M. de Lut te aux. fut hors de combat ; il chargea successivement à la tète de presque toutes les Brigaies.
Tel était ce Crillon , chargé d'honneurs suprêmes , Nommé brave autrefois par les braves eux-mêmes; Tels étaient cesd'Aumonts,ces grands Montmorencis, Ces Créquis si vantés, renaissans dans leurs fils (i). Tel se forma Turenne au grand art de la guerre , Près d'un autre (2) Saxon la terreur de la terre , Quand la Justice et Mars , sous un autre Louis, Frappaient l'Aigle d'Autriche , et relevaient les lys.
Comment ces courtisans doux, enjoués, aimables, Sont-ils dans les combats des lions indomptables ? Quel assemblage heureux de grâce , de valeur ! BoufHers, Meuse, d'Aven, Duras, bouillans d'ardeur, A la voix de Louis , courez , troupe intrépide. Que les Français sont grands, quand leur maître les guide! ils l'aiment , ils vaincront , leur père est avec eux ; Son courage n'est point cet instinct furieux, Ce courroux emporté , cette valeur commune ; Maître de son esprit , il l'est de la Fortune ; Rien ne trouble ses sens , rien n'éblouit ses yeux. Il marche , il est semblable à ce maître des Dieux , Qui , frappant les Titans , et tonnant sur leurs têtes, D'un front majestueux dirigeait les tempêtes ; Il marche , et sous ses coups la terre au loin mugit , L'Escaut fuit, la Mer gronde , et le Ciel s'obscurcit.
( 1 ) M. de Luxembourg , M. de Cogni , et M. de
Tingri.
(2) Le Duc de Saxe-Weimar , sous qui le Vicomte de Turenne Ht ses premières campagnes. M. de Tmenno (*st arriere-xie yeu de ce grand homme.
DE FONTENOY. Z-jb
Sur un nuage épais , que des antres de l'ourse Les vents affreux du nord apportent dans leur course, Les vainqueurs des Valois descendent en courroux: CuMBERLANO, disent-ils, nous n'espérons qu'en vousj Courage , rassemblez vos légions altieres j Bataves , revenez , défendez vos barrières ; Anglais, vous que la paix semblait seule alarmer; Vengez-vous d'un héros qui daigne encor l'aimer. Ainsi que ses bienfaits craindrez-vous sa vaillance l Mais ils parlent en vain, lorsque Louis s'avance , Leur génie est dompté , l'Anglais est abattu , Et la férocité (i) le cède à la vertu.
Clare, avec l'Irlandais, qu'animent nos exemples. Venge ses Rois trahis , sa Patrie et ses Temples. Peuple sage et fidèle , heureux Helvétiens (2) , Nos antiques amis et nos concitoyens , Votre marche assurée , égale , inébranlable , Des ardens Neustriens(3;suit la fougue indomptable.
( x ) Ce reproche de férocité' ne tombe que sur le Soldat , et non sur les Ofiiciers qui sont aussi généreux que les nôtres. On m'a éciit que , lorsque la colonne Anglaise déborda Fontenoy , plusieurs Soldats de ce corps criaient : no cjuarler , no quavter : point de quaitier.
(2) Les régimens de Diesback et de Ik-tens , de Courten , etc. avec les Bataillons des Gai des Suisses.
( 5 ) Le régiment de iNormaudie , qui revenait a la charge sur la colonne Anglaise, tandis que la Maison du Roi , la Gendarmerie , les Carabiniers , etc. fondaient 6ur elle.
Ce Danois (i) , ce héros , qui des frimats du nord , Par le Dieu des combats fut conduit sur ce bord , Admire les Français qu'il est venu défendre. Mille cris redoublés près de lui font entendre : Rendez-vous , ou mourez , tombez sous notre effort : C'en est fait , et l'Anglais craint Louis et la mort.
Allez , brave d'Estrée (2), achevez cet ouvrage , Enchaînez ces vaincus échappés au carnage ; Que du Roi qu'ils bravaient ils implorent l'appui : Ils seront fiers encore , ils n'ont cédé (3) qu'à lui.
Bientôt vole après eux ce corps fier et rapide (4)> Qui, semblable au Dragon qu'il eut jadis pour guide , Toujours prêt, toujours prompt, de pied ferme encourant, Donne de deux combats le spectacle effrayant.
( 1 ) M. de Lowendal.
(3) M. le Comte d'Estre'es , à la tète de sa. division, et -M. de Brione , à la tète de son régiment , avaient enfoncé les Grenadiers Anglais le sabre à la main.
( 5 ) Depuis S. Louis , aucun Roi de France n'avait battu les Anglais en personne en bataille rangée.
(4) On envoya quelques Diagons à la poursuite ; ce corps était commandé par M. le Duc de Chevreuse , qui s'était distingué au combat de Sahy , où il avait reçu trois blessures. L'opinion la plus vraisemblable sur l'origine du mot Dragon , est qu'ils portèrent un Dragon dans leurs Etendards sous le Maréchal de Brissac , qui institua ce corps dans les guerres du Piémont.
C'est