ACTE II
Mais non.
PAUL
PIERRE
Comment trouves-tu la jeune personne?
PAUL
Mais assez bien, il m’a semblé.
PIERRE
Assez bien!... Qu’est-ce qu’il te faut? Elle est charmante, cette jeune fille-là. Elle ne ressemble pas à ces poupées à ressort... Elle a un air aimant... quelque chose de doux et de profond...
PAUL
Oh! je l’ai si peu regardée... Est-ce que tu trouves cela amusant, les jeunes personnes, toi?
Mon ami, je commence.
PAUL, se levant.
Ail bien! alors, j’ai le temps! (Il se met à se promener lentement et semble chercher autour de lui.) *
PIERRE
ï iens ! c’est une justice à nous rendre, nous sommes tous bien bêtes !
PAUL
Nous?
PIERRE
Oui, nous, les hommes. As-tu remarqué que pas un de nous, quand il est jeune, ne cherche le bonheur... l’amour, si tu veux, mon Dieu! ça y ressemble tellement... là où il est, là où on le trouve, là où on n’a qu’à se baisser pour le ramasser, et qu’à le prendre pour l’avoir? Quand on pense qu’il y a un moyen si simple d’ctre amoureux et d’en avoir le droit ! d’être amoureux tranquillement, paisiblement, comme on est propriétaire, sans souci, sans tracas, sans jalousie du passé, sans défiance de l’avenir, là, en toute sécurité, les pieds dans ses
pantoufles? (Paul.tourne autour do la tnhle, touche distraitement à ce qui est dessus, au métier à tapisserie.) Quand 011 peilSe qu’on peut.
avoir cela, de l’amour, et du vrai, de celui qu’on ne trouve pas dans les magasins, du véritable amour d’honnête femme, sans scandale, sans coups et blessures, sans risque de flagrant délit, sans tous les inconvénients de l’amour qui n’est pas garanti par le gouvernement !
PAUL, s'asseyant sur le canapé, fs droite.
Ah ça ! parce que j’ai reçu bêtement un coup d’épée, est-ce que tu aurais l’idée de me marier pour ma convalescence? *
PIERRE
; Tu as raison. Il faut être vieux comme moi pour te dire cela... (il se lève.) Je suis stupide de vouloir te donner mon expérience. C’est comme un habit noir, l’expérience : ça demande à être fait sur mesure... ça ne sert que pour