‹ Henriette Marechal drame en trois actes en prose precedee d'une histoire de la piece Edmond & Jules De GoncourtChapitre 50 sur 84 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

MADAME MARÉCHAL, retournant la tOte vers lui.

Parce que c’est le hasard.... Mais, vraiment, monsieur, il faut que vous soyez enfant, mais enfant comme on ne l’est pas ! Vous êtes unique avec votre femme mariée!... Quelque lorette qui se sera amusée de vous et qui aura joué le sentiment...

(Elle se lève et descend la scène.)

PAUL, la suivant.

Ah ! madame, c’est que vous ne l’avez pas entendue! non, non... C’était une femme... mon Dieu! une femme... comme vous...

MADAME MARÉCHAL, se retournant.

Je vous remercie bien... Et à quoi avez-vous reconnu cela, monsieur? Je serais curieuse?...

PAUL

A rien , madame , et à tout ! A des paroles qui lui montaient aux lèvres et qu’elle ne disait pas, au respect que je respirais près d’elle! Elle ne m’a pas même laissé toucher sa main... Et pourtant elle a été attendrie un moment...

MADAME MARÉCHAL

Ah ! vraiment? attendrie, vous croyez?

PAUL

Oh! ç’a été une minute, madame, je ne vous dispas... Elle n’y aura plus pensé après... En ôtant son masque, elle ne se sera plus souvenue ; mais là, dans le bal, sur la

banquette où nous étions... ohl je suis sur qu’il y a eu un instant... Je la regardais... elle m’a regardée... (Les

yeux de Paul et de madame Maréchal se rencontrent. — Un silence.) et

nous sommes restés une seconde à ne nous rien dire... (Un silence, les yeux baissés.) Cette secondc-là, allez! elle me l’a bien donnée...

MADAME MARÉCHAL

Oh! si VOUS en êtes si sûr que cela... (Elle remonte la scène. - Se retournant.) Allons, tenez! je vois ce que c’est : vous serez tombé, je parie, sur quelque femme de chambre de bonne maison, qui aura pris le domino et les airs de sa maîtresse... (Revenant à lui.) Eh bien, je vais vous donner un conseil... Il ne faut plus penser à cela, voyez-vous. Vous finiriez par vous rendre ridicule...

(Elle remonte la scène et va ver* le fond arranger un vase do fleurs.) PAUL, la suivant comme attiré.

Et pourquoi n’y plus penser, madame? Qu’est-ce que ça fait que les romans soient faux? Ils sont plus beaux

que la vie, voilà tout ! (Aux paroles do Paul, madame Maréchal tourne lentement sur eiie-mCme.) Pourquoi ne voulez-vous pas que je croie à cette douce aventure d’une femme du monde, jeune et belle... comme vous... égarée là, un soir, curieuse et tremblante, au milieu de tout ce plaisir? Pourquoi ne voulez-vous pas que cette femme ait laissé tomber un regard sur ma jeunesse? Et pourquoi ne voulez-vous

pas que j’y pense (Madame Maréchal va lentement vers la cheminée.)

quand il me semble que vous m’y faites songer davantage... quand je crois la sentir dans je ne sais quel par-

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