‹ Henriette Marechal drame en trois actes en prose precedee d'une histoire de la piece Edmond & Jules De GoncourtChapitre 71 sur 84 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

J’avais rêvé... Oh ! j’ai souffert! j’ai pleuré !... Et pourquoi? Je n’avais pas de chagrin, j’avais tous les jours à dîner, du feu, un logement, des robes... J’ai cru mourir!... Ce sont des années qui me font encore peur !... Et vous voulez que j’y retombe comme cela, tout de suite! Laissez-moi le temps au moins... Mon Dieu! pour des cancans... Je vous promets : nous serons sages, nous ferons attention... Je vous donnerai toujours le bras... Il ne viendra plus ici... je sais bien, c’est imprudent...

Oh! je VOUS en supplie... (Elle lui prend les mains.) NOUS VOUS

aimerons tant tous les deux !

PIERRE retire ses mains. Après quelques tours dans la chambre, il revient

s'asseoir près d’elle.

Vous jouez votre vie, c’est bien, madame... Mais savez-vous que vous jouez aussi le bonheur de votre fille?

MADAME MARÉCHAL, so dressant debout.

De... ma fille? Allons! VOUS êtes fou... (Se retournant vers Pierre.) Ma fille! Eh bien! ma fille, quoi?

PIERRE, allant b elle.

Aux dernières courses de Caen, madame... Vous n’y étiez pas... Vous aviez laissé mademoiselle Henriette y aller avec son père... Mon frère courait ce jour-là... Il est tombé, comme vous savez, au premier obstacle... et il est resté un moment sans bouger... On le croyait tué... Moi, je n’y voyais plus... Une main a saisi la mienne, une main que j’ai senti trembler jusqu’à ce que mon frère fût relevé... (ii la regarde.) C’était la main de votre fille...

MADAME MARÉCHAL, joignant les mains.

Mon Dieu!... Mais alors... Oh! mon Dieu, ma fille!... Moi qui lui demandais là !... Elle l’aime !... Voyons, c’est vrai qu’elle l’aime?... Je vous crois, mon Dieu !... Vous dites aux courses de Caen ?... Ah ! oui. .. Ne me dites plus

rien, en voilà assez !. . . (Elle tombe sur le canapé, à gauclie. — Picrro est assis a droite.) Eh bien! oui, c’est cela, il le faut... Oui, vous avez raison... 11 le faut... 11 faut rompre... Eh bien! c’est cela... Vous lui direz, à votre frère, comme si ça venait de moi... N’est-ce pas? comme si ça venait de moi... Vous lui direz... Je ne sais pas... Vous arrangerez cela... que ma position, mes devoirs..; ah! oui, mes devoirs!... tout de suite, n’ est-ce pas?... Allez!

PIERRE

11 ne me croira pas, madame.. .

MADAME MARÉCHAL, so levant.

Mais qu’est-ce que vous voulez, alors?

PIERRE, s’approchant d'elle.

Ses lettres, madame. Je vous rapporterai les vôtres demain.

MADAME MARÉCHAL

Ses lettres?... (Elle prend une clef dans un médaillon pendu & son cou. ) Ah ! c’est vrai. (Elle va au petit meuble h côté de la cheminée, prend dans un tiroir le paquet de lettres, et le rapporte lentement il Pierre.) Tenez!... plus meme cela de lui! (Se jetant dans les bras de Pierre en fondant en larmes.) Ail ! je Suis bien malheureuse !

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