‹ Henriette Marechal drame en trois actes en prose precedee d'une histoire de la piece Edmond & Jules De GoncourtChapitre 70 sur 84 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

plaisanteries qui vous fassent rire, quand vous rêvez, quand je sens que vous allez rougir ou pleurer,... vous avertissant de votre mari, du monde, de tous ceux qui sont là, et que vous ne voyez pas, quand il est là!... (il marche avec agitation.) Trois mois que je vous suis insupportable... et que vous croyez que je fais cela à cause de je ne sais quel mauvais sentiment de jalousie, parce que vous me prenez de l’affection de mon frère, n’est-ce pas?... Oh ! je vous pardonne... Eh bien, madame, je suis au bout de ma tâche... J’ai cru réussir un moment ; j’ai cru qu’on pouvait cacher un bonheur comme le vôtre, que j’avais endormi la curiosité du monde, que vous pourriez vivre tranquille tous les deux, et qu’on vous laisserait vous aimer... Aujourd’hui, je le vois, c’est impossible. J’ai lutté, je suis battu.... (Se retournant vers ello et sc rapprochant.) Mais cela court maintenant sur les chaises de la promenade ! Les indifférents en parlent déjà : votre mari peut l’apprendre demain... ce soir. Et alors votre amour, savez-vous ce que ce sera? Ce sera, ce qu’on appelle de son vrai nom légal : l’Adultère ! L’Adultère, entendez-vous? quelque chose qui est dans le Code et qui fait asseoir sur le banc des voleurs ! Votre passion, cela fera un procès qu’on vendra... Vos lettres seront un dossier, et il y aura des avocats pour les lire tout haut... Vous pleurerez devant des juges, comme une femme déshabillée toute vive... La Gazelle des Tribunaux dira la couleur du chapeau que vous aviez... et il viendra pour vous voir là, des gens que vous aurez reçus dans votre salon, qui auront dansé chez vous !

MADAME MARÉCHAL

Un procès à moi? Mon mari? Jamais! Oh! jo n’ai

pas peur... 11 me tuerait ! (Elle so lève. — Tierre s’est assis à

droite.) Tout ce que vous me dites. .. ce que je risque, tout ce que je joue, est-ce que vous croyez que je ne le sais pas aussi bien que vous? C’est ma vie, je le sais bien. Eh bien! après?... De la honte? Allez! j’en ai par dessus la tcte ! Et je n’ai pas besoin du mépris des autres! Enfin, cfuoi? Qu’est-ce que vous voulez? Que je rompe, n’est-ce pas? Eh bien! voilà, je ne peux pas... non, je ne peux pas! Ah! tenez... Regardez-moi... Il ne m’aime plus. Et vous venez de me dire tout ça pour que je lui rende sa liberté... Oh! d’abord vous avez dû toujours t’empêcher de m’aimer, je suis sûre... (Pierre se lève.) J’ai bien vu que vous étiez toujours contre moi...

PIERRE

Mon frère vous aime aujourd’hui comme il vous aimait hier, madame... Il ne sait rien de ce que je vous ai dit... et j’espère qu’il l’ignorera toujours...

MADAME MARÉCHAL

Oh ! pardon... Je vous assure, je ne lui ai jamais dit de mal de vous, demandez-lui... au contraire... Mais c’est que l’idée de le perdre!... Ma vie, vous avez dû la

Comprendre. . . (Elle tombe assise sur la chaise, à droite, la tète dans les mains, les coudes sur le guéridon.) VOUS Connaissez lDOll mari. . .

Mon Dieu! je ne l’accuse pas... Il est bon... il ne peut pas m’aimer autrement... Moi un mari, je croyais...

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