‹ Henriette Marechal drame en trois actes en prose precedee d'une histoire de la piece Edmond & Jules De GoncourtChapitre 75 sur 84 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

t’aider à parler? Je vais faire l’appel des jeunes gens que nous rencontrons ici... Voyons si mes petites jalousies de père ont eu de bons yeux... Le petit Lugeac, hé? (Henriette fait un signe de tête négatif.) M. de VerïïlOrel ? (Même jeu d’Henriette.) Non? Ah! je vais t’en nommer un... Tenez, ma chère, pour celui-là, je voudrais que notre fille dise oui... Mon Dieu ! je sais, il est bien jeune... mais c’est un défaut qui ne dure pas... 11 n’a pas précisément le poids d’Henriette comme fortune, mais notre fille sera assez riche... Et je passerais par-dessus tout cela... Je 11 e sais pas pourquoi toutes les fois que j’ai cherché à me figurer mon gendre, c’était la figure de ce garçon-là que je voyais... Ah! un vrai jeune homme!... de la poudre! Charmant, là, charmant!... Bonne famille... un nom honorable...

MADAME MARÉCUAL.

C’est?...

M. MARÉCHAL

Oh! tu sais bien... Eh bien, le petit Paul... Paul de Bréville...

HENRIETTE, se retournant vivement.

Je ne l’aime pas, M. Paul de Bréville...

M. MARÉCHAL

Ah ! tu te dépêches bien de dire que tu ne l’aimes pas... Tiens! aujourd’hui tu es dans tes diables d’entêtements... On te nommerait toute la terre... Qu’en ditesvous, Louise? Est-ce que vous ne voyez pas comme moi ce

joli couple-là? Est-ce que vous n’auriez pas du plaisir à les voir tous les doux ensemble, à côté de nous...

MADAME MARÉCHAL, d’une voix étouffée.

Tous les deux... ensemble... à côté de nous...

HENRIETTE, allant à son père.

Mais, papa, puisque je ne l’aime pas... J’en aime un autre d’abord !

M. MARÉCHAL, so levant.

Un autre? Tu en aimes un autre?... Eh bien, tant pis pour mon jeune homme, voilà tout! Moi, que ce soit l’un, que ce soit l’autre... tu comprends... Comment s’appelle-t-il celui-là, hein?... Voyons... (S’approchant de sa fille.) Eh bien, dis donc... On ne te mangera pas... (il lui

prend une main et la fait asseoir sur un de ses genoux.) \ oyons,* Ne-

nette, ma petite Nenette... Ah ! voilà un petit nom qui va te faire parler... Y a-t-il longtemps que je t’appelais comme ça ! Tu étais haute comme la table, et tu me disais alors le nom de tous tes petits maris, te rappelles-tu ? Qui est-ce, cet autre-là, hein ?

HENRIETTE, lui mettant les bras autour du cou.

Mais c’est toi, papa!... Je ne veux pas me marier...

M. MARÉCHAL, déliant brusquement ses bras.

Tiens! laisse-nous... J’ai à causer avec ta mère... Laissemous.

(Henriette sort par la porto à gauche.)

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