‹ Henriette MaréchalChapitre 3 sur 95 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Le bon goût ne va pas prendre non plus la mouclic

Pour quelques entrechats battus par Scaramouche.

Seulement, direz-vous, ces fantoches connus

Sont traditionnels, et, partant, bien venus.

Leur visage est coulé dans le pur moule antique,

Et l'Atellane jase à travers leur portique ;

Même pour des bouffons, l'avantage est certain

De compter des aïeux au nom grec ou latin.

Nous autres, par malheur, nous sommes des modernes

Et chacun nous a vus, sous le gaz des lanternes.

Au coin du boulevard, en quête d'Évohé,

Criant à pleins poumons : « Ohé, c'te tête, ohéî »

Pierrettes et pierrots, débardeurs, débardeuses

Aux gestes provoquants, aux poses hasardeuses.

Dans l'espoir d'un souper que le hasard paîra.

Entrer comme une trombe au bal de l'Opéra.

Pardon, si nous yoilà dans cette noble enceinte

Grisés de paradoxe, intoxiqués d'absinthe, .

Près des masques sacrés, nous, pantins convulsifs;

Aux grands ennuis il faut des plaisirs excessifs,

Et notre hilarité furieuse et fantasque,

En bottes de gendarme, un plumeau sur le casque,

Donnant à la Folie, un tam-tam pour grelot,

Aux rondes du Sabbat oppose son galop.

Mais, hélas! nous aussi, nous devenons classiques,

Nous, les dernier?: chicards et les derniers caciques,

Terreur des dominos, repliant le matin,

Chauves-souris d'amour, leurs ailes de satin.

Bientôt il nous faudra pendre au clou dans l'ai'raoire

Ces costumes brillants de velours et de moire.

Le carnaval déjà prend pour. déguisement

L'habit qui sert au bal comme à Tenterrement.

Il vient à l'Opéra, grave, en cravate blanche.

Gants bladcs, souliers vernis, et du balcon se penche:

Hamlet du trois pour cent, ayant mis un faux nez,

Il débite son speech aux titis avinés.

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