ACTE II
que de paroles avec toi! Ce n'est pas que je m'en plaigne... 11 va mettre sou paletot, à gauche.) A.h çàl VOUS savez qu'il fait un temps superbe aujourd'hui... un soleil! Vous sortez de votre lit, je suis sûr, vous autres? Il y a deux heures que vous devriez être sur pied... On fait une grande course avant son déjeuner, on marche, on va dans la rosée... 11 n'y a rien de bon comme ça. (A sa tille, tirant une boite de sai^ocLe.) Tiens! jai une petite bétise pour toi.
Oh ! jine croix!... qu'elle est jolie ! merci, papa! (Elle court il su mère assise sur le canapé à droite.} Vois donC , maman.
M. MARÉCHAL
J ai aussi quelque chose pour vous, Louise. 11 ouvre une boite et la présente à sa femrue.)
Des diamants? des diamants ! mais ^regardant sa fille qui est auprès d'elle, derrière le canapé.), mon ami, ce n'est la fête de personne de nous aujourd'hui.
M. MARÉCHAL
Pardon, ma chère, c'est la mienne.
MADAME MARÉCHAL
La vôtre? la vôtre... mais du tout... C"e.^t dans le mois de décembre...
M. MARÉCHAL
Si, je vous assure, c'est la mienne^ Il y a aujourd'hui trente ans, madame, trente ans, jour pour jour, que votre mari entrait à Paris, par la barrière de Fontainebleau, avec cinquante francs dans sa poche... cinquante francs, mon Dieu l oui, pas plus, je n'avais que ça. Il ne faisait pas si beau qu'aujourdliui, et j'avais un pantalon
de toile. Un an après, ma fortune eût encore tenu ;i])eu près dans le creux de ma main, mais j'avais mangé tous les jours. Dix ans après, j'avais cent mille francs, cent mille francs à moi, hien à moi, qui ne devaient rien à personne, qui ne me reprochaient rien, mais qui m'avaient coûté rudement cher! C'est difficile à mériter, allez! le premier argent, encore plus qu'à gagner, le diable m'emporte! Et ce qu'il faut d'énergie, de volonté, de travail, d'économie... je le sais, je vous en réponds. Je crois que je vous voyais d'avance, toutes les deux, ma parole d'honneur ! dans ce temps-là, et que c'était ça qui me soutenait. (Il s'assied sur la cliaiss à côté de la table. Henriette est venue s'asseoir sur le canapé, à côté de sa mère.} A cinq ans de là, j'avais fait, de mes cent mille francs, trois cent mille francs. Vous me faisiez alors, madame, l'honneur de ni'épouser, et vous me donniez plus que je ne vous apportais en me donnant le bonheur. Aujourd'hui, d'après mon dernier inventaire, j'ai... c'est-à-dire, vous avez deux millions...
MADAME MAEÉCHALj regardant Henriette.
Deux millions?
M. MARÉCHAL
Deux millions... ot même un peu mieux que cela. Eh bien ! madame, eh bien! mon Henriette... (Madame Maré-
clial fait lever Henriette, et lui passant un bras autour de la taille, l'avance doucement vers son père.) C'est bou de se dire : Me voilà riche pour ma femme, pour ma fille... J"ai eu toutes les privations, je n'en veux pas uns pour elles ! Je sais ce que c'est qu'un désir; j'ai fait une tirelire où j'ai mis des pièces blanches tous les samedis, pendant des mois, pour m'acheter?une commode en acajou que j'avais vue rue de Cléry... Elles, je ne veux pas qu'elles aient un désir! Qu'est-ce qu'elles veulent? du luxe? Eh bien! elles auront du luxe! Je leur achèterai du luxe ! Du plaisir? je leur achèterai du plaisir, et de