SCÈNE XII
.AlADAME MARÉCHAL. PAUL.
MADAME MARÉCHAL, à Paul (jui s"est levi".
Eh bien, monsienr, vous ne vous trouvez pas trop fatigué?
PAUL
\ou, madame, je vous remercie... Je me sens trè.sbieii, au contraire... et je suis bien content. Madame Maréchal s'est assise sur le cauapé, à gauche.' C'cst que j'ai eU grand'peur de mourir. Quand mon frère venait les premiers jours, je voyais qu'il avait pleuré... On regarde beaucoup, quand on en est là, le visage de ceux qui vous aiment... Et cela me paraissait bien dur de m'en aller ainsi, de tout quitter, la vie avant d y avoir goûté... Ce qu'on ne connaît pas, si vous saviez comme cela parait beau! Et puis mourir, c'est toujours mourir... (11 s'assied sur la chaise basse auprès de madame ^laréchal.) Oh 1 mais je no sais pas pourquoi je vous dis cela; je n"y pense plus : aujourd'hui je vais si bien, je me sens vivre, et je suis tout heureux de vivre...
MADAME MARÉCHAL
Oui, c"est ce qui arrive... Je me rappelle, après une maladie, une sensation comme celle que vous dites là... la vie qui revient comme une joie... Mais aussi pourquoi vous battre? Vous n'avez pas songe à votre mère..
PAUL
Je n'ai pluc; de mère, madame.
MADAME MARÉCHAL
Mais comment monsieur votre frère, qui me parait raisonnable, et qui vous aime, il me semble...
PAUL
Comme un père, madame. C'est pour cela qu'il m'a laissé me battre...
MADAME MARÉCHAL
Oh! mon Dieu! mais c'était donc bien grave?
PAUL
Oh! du tout, madame... Une querelle de bal masqué tout simplement...
De bal masqué ?
PAUL
Oui, un monsieur qui, à l'Opéra...
MADAME MARÉCHAL
À l'Opéra ?
PAUL
Vous n'avez jamais été au l)al de l'Opéra, madame?
MADAME MARÉCHAL, froidement.
jS'on, monsieur.
^Ello se lève.)
PAUL, se levant.
Oh ! pardon... Mais je vous demandais cela... On m'avait dit que quelquefois des femmes mariées avaient