ACTE III
PIEREE retire ses mains. Après quelques tours dans la chambre, il revient s'asseoir près d'elle.
Vous jouez votre vie, c'est bien, madame... Mais savez-vous que vous jouez aussi le bonheur de votre fille?
MADAME MARÉCHAL, se dressant debout.
De... ma fille? Allons! vous êtes fou... (Se retournant vers Pierre.) Ma fille 1 Eh bien ! ma fille, quoi?
PIERRE, allant à elle.
Aux dernières courses de Caen, madame... Vous n'y étiez pas... Vous aviez laissé mademoiselle Henriette y aller avec son père... Mon frère courait ce jour-là... Il est tombé, comme vous savez, au premier obstacle... et il est resté un moment sans bouger... On le croyait tué... Moi, je n'y voyais plus... Une main a saisi la mienne, une main que j'ai sentie trembler jusqu'à ce que mon frère fût relevé... (Il la regarde, i C'était la main (le votre fille.
MADAME MARÉCHAL, joignant les mains.
Mon Dieu!... Mais alors... Oh! mon Dieu, ma fille!... Moi qui lui demandais là!... Elle l'aime!... Voyons, c'est vrai qu'elle l'aime?... Je vous crois, mon Dieu !... Vous dites aux courses de Caen?... Ah! oui...Neme dites plus
rien, en voilà assez!... (Elle tombe sur le canapé, à gauche. —
Pierre est assis à droite.) Eh bien! oui, c'est cela, il le faut... Oui, vous avez raison... Il le faut... Il faut rompre... Eh bien! c'est cela... Vous lui direz, à votre frère, comme si ça venait de moi... N'est-ce pas? comme si ça venait de moi... Vous lui direz... Je ne sais pas... Vous arrangerez cela... que ma position, mes devoirs... ah! oui, mes devoirs!... tout de suite, n'est-ce pas?... Allez !
loi HENRIETTE MARECHAL
PIERRE
Tl ne me croira pas, madamo...
MADAME MARÉCHAL, se levant.
Mais qu'est-ce que vous voulez, alors?
PIERRE, s'approcliant d'elle.
Ses lettres, madame. Je vous rapporterai les vôtres demain.
MADAME MARÉCHAL
Ses lettres?... (Elle prend nue clef dans im mcdaiUon pendu h son cou ) Ah! ,c'est vrai. (Elle va au petit meuble à côté de la cheminée, prend dans un tiroir le paquet de lettres, et le rapporte lentement à Pierre.) Tenez!... plus même cela de lui ! (Se ietant dans les bras de Pierre en fondant en larmes.) Ah ! je Suis bien malheureuse !
PIERRE, lui tenant les mains.
Madame, je voudrais pouvoir vous donner du courage avec la pitié que j'ai pour vous.
(On entend à la porte la voix de M. Maréchal.) MADAME MARÉCHAL, se retournant.
Mon mari !