AU PAPE URBAIN VIII
Très-sainct Père,
J*ay sceu et appris par le roy monseigneur les soigneux et prudens conseils et advertissemens qu'il a pieu à Vostre Saincteté luy donner, sur l'occasion du traicié qui a esté faict pour le mariage de monsieur le prince de Wales et de moy, pour les choses qui pouvoient regarder la seureté de ma conscience et des miens et ma dignité, estant en Angleterre, comme aussi pour le bien de la religion et la liberté des catholiques de ce royaume. Ce que Sa Majesté ayant accomply selon le zèle qu'elle a pour ladicte religion et sa singulière affection et bienveillance, dont il luy plaist m'honorer, comme tous ces bons et sérieux offices m'apportent la plus grande consolation que je puisse recevoir en l'accomplissement de ce mariage, n'ayant rien au monde qui me soit si cher que la seureté de ma conscience et le bien de ma reli-
LETTRES d'hENRIETTE-MARIE. 347
gion, suivant la bonne nourriture et les instructions que j'ay receues de la royne madame ma mère, j'ay creu estre de mon debvoir de rendre, comme je fais, trèshumbles grâces à Vostre Saincteté de ce qu'il luy a pieu y contribuer de sa part, luy donnant ma foy et ma parole, en conscience et en conformité de celle que j'ay donnée à Sa Majesté, que si tant est qu'il plaise à Dieu bénir ce mariage, en sorte qu'il me fasse la grâce de me donner lignée, je ne feray aucune eslection que de personnes catholiques, pour nourrir et eslever les enfans qui en pourront naistre ou pour leur rendre aucune aultre sorte de service, et ne donneray charge pour faire le choix de ces officiers qu'à des catholiques , les obligeant à n*en point prendre d'aultres que de la mesme religion; dont je supplie très-humblement Vostre Béatitude de prendre toute confiance et me faire l'honneur de me croire,
Très-sainct Père,
Vostre très-dévote fille,
Henriette-Makïk.
Paris, le sixième avril 1625.
(Bibl. nftt., ma. Du Puy, n* 462.)