‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 112 sur 143 · AU CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

AU CARDINAL DE RICHELIEU

Mon cousin, vous m'avés toujours témoigné tant d'amitié que j'implore vostre secours, pour vous prier de m'aider en mon affliction. Je crois ne pouvoir m'adresser à personne qui pourroît mieux m'assister, ayant recongneu l'affection que vous m'avés toujours portée : c'est pourquoy je vous prie d'avoir pitié de ma misère et de faire ce que vous pourrés pour me soulager en mes maux, et vous assurer que vous ne pourrés jamais (trouver) personne qui vous affectionne plus que moy, qui vous le fera toujours paroistre, quand les occasions s'en présenteront; estant, mon cousin,

Vostre affectionnée cousine,

(Mb. des archives des aff. étrang.)

À LA RKIiNË MARIE DE MÉDICIS

Madame, j'ay sceu qu'il n'y avoit artifice qu'on ne cherchât pour décrier la conduite des personnes que vous m'avés données, et entr'autres qu'on avoit voulu persuader à Vostre Majesté qu'ils ont receu des gratifications, nonobstant les mauvais traitemens qu'ils ont eus. Ils ne les ont prises que par mon commandement absolu et en déduction de l'argent et pierreries qu'ils m'avoient précédemment prestées, bien que les assignations qu'on leur donnoit sur les deniers de France estoient nulles, puisque ici on avoit manqué à l'exécution des articles. Bien loin d'avoir receu des présens, on n'a pas seulement satisfait ni à leurs dettes ni à leurs pensions. Leur consolation doit estre que leurs souffrances commencent avec les miennes, auxquelles je vous supplie très-huHiblement de vouloir apporter quelque consolation et que j*aye l'honneur de vous voir, car je ne puis me consoler qu'en cette espérance. Depuis que le gentilhomme que Vostre Majesté me faisoit l'honneur de m'envoyer est party, l'on me traite bien plus mal et l'on va toujours de pis en pis. Envoyés, je vous prie, le comte de Tillières, comme l'on m'a dit que vous vouliés faire. Les Anglois en ont grand peur, parce qu'il servira fort bien Vostre Majesté. Ils se vantent de l'erapescher et qu'ils feront tout ce qu'ils voudront en France. Envoyés-le le plus tost possible, car quand il y a ici quelqu'un du roy, mon frère, ou de Vostre Majesté,

350 LETTRES d'HENRIETTE-MARIE.

ils ne me traitent pas si mal, mais dès qu'ils n'y sont plus, c'est pis que jamais. Je vous demande pardon de vous importuner de si fâcheux discours, mais je ne sais à qui m'adresser, sinon à Yostre Majesté, qui aura pitié d'une pauvre misérable comme je suis et qui me permettra encore de la supplier que je puisse avoir Thonneur de la voir, car je ne puis estre heureuse sans cela ; en attendant je demeureray, Madame,

Vostre très-humble et obéissante fille et ser\'ante,

( Ms. des arch. de8 aff. étrang.)

A LA MEME

Madame,

Ayés pitié d'une pauvre misérable, qui vous demande secours en son affliction. Je n'ay espérance qu'à Dieu et à vous. Songes que je suis vostre fille et la plus afQigée qui soit au monde ; si. vous ne prenés pitié de moy, je suis au désespoir. Vous avés bien pitié des pauvres qui vous demandent l'aumosne, je vous la demande de vostre assistance et je seray jusques à la mort. Madame

Vostre très-humble et très-obéissante fille et sei^ vante.

Je n'ay pas le moyen d'en écrire davantage, Ton m'a.

(Ms. des arch. des aff. étrang.)

LETTRES d'hëNRIBTTE-MARIB. 351

A LA MÊME

(Juin 1627.)

Madame,

Le roy monseigneur et moy ayant appris la maladie du roy monsieur mon frère et ayant esté si heureux que de savoir la guérison aussy tost, nous envoyons le sieur de Montegu pour nous réjouir de son heureuse convalescence et aussy pour apprendre plus assurément Testât de sa santé, et pour moy je ne seray point en repos, que je n'en aie eu de ses nouvelles et de celles de Vostre Majesté ; de quoy je crains que les appréhensions qu'elle a eues ne lui aient apporté quelques altérations à la sienne, ce que je prie Dieu de n'estre pas, n'aiant rien au monde qui puisse (me) rendre si malheureuse. Je puis asseurer Vostre Majesté avec quel ressentiment le roy monseigneur a receu cette mauvaise nouvelle et aussy avec quelle joye souhaité celle de la guérison, prenant un tel intérest en tout ce qui touche le roy monsieur mon frère et Vostre Majesté, ce qu'il m'a commandé d'asseurer Vostre Majesté de sa part, et quel plaisir il a de voir une intelligence parfaite entre Vostre Majesté et luy ; et pour moy je puis dire avec vérité que je luy ai toujours recogneu le désir extrême d'estre aux bonnes grâces de Vostre Majesté et qu'elle le veuille tenir pour son bon fils. Pour moy, madame, ce me sera le plus grand contentement qui me puisse jamais arriver, de voir cette intelligence telle que je la désire, et je sais

que le roy monseigneur ne me desdira point de tout cecy ni de plusieurs choses que j'ay commandées audit sieur de Montegu de dire à Vostre Majesté de ma pâtrt, car luy et moy désirons de nous adresser à elle, esta.iit la personne du monde à laquelle nous tesmoîgnerons toujours le respect que nous luy portons ; et pour mon particulier je la supplieray très-humblement de considérer la passion que j'ay toujours et qui est d*estre à son service ; ce que je continueray jusqu'à la mort et malgré tous ceux qui me pourroient rendre de mauvais offices auprès d'elle. Je ne la feray plus longue, de peur de rimportuner, que pour la supplier de prendre croyance en ce que luy dira le sieur de Montegu de ma part et de me croire, Madame,

Sa très-humble et très-obéissante fille et servante,

(Bibl. nat., ms. de Béthune, n* 3816.)

A LA MÊME

Madame,

J'ai receu un extrême contentement d'apprendre par monsieur l'ambassadeur l'honneur que Vostre Majesté me fait: je la supplie très-humblement de croyre que je n'ay point au monde une passion plus forte que celle de l'honneur de ses bonnes grâces et que j'aimerois mieux mourir que de luy donner jamais l'occasion de les

LETTRES d'uëNRIETTB-IURIE. 353

perdre. L'ambassadeur me dit que Vostre Majesté se plaignoit que Congnet et Sivet n'avoient pas pris congé d'elle : pour Sivet, elle sait qu'il eut force querelles en France et qu'il fut contraint de partir, sans que personne en seust rien , à cause qu'il fut adverty que ses ennemis Talloient attendre à Saint-Denis, pour luy faire un mauvais tour.

Pour Congnet, il m'a dit que, quand il receut la nouvelle de mon malheur S il alla trouver monsieur le cardinal de BéruUe, qui le mena à Yostre Majesté avec la lettre et qu'il la supplia de luy donner son congé et qu'elle le luy accorda. Il eut l'honneur de luy baiser sa robe et partit le mardy : cecy estoit le dimanche au soir. J'ay voulu rendre compte à Yostre Majesté de cela, car je serois bien marrie que quelqu'un de mes serviteurs eust fait rien qui luy pust déplaire ; je ne les garderois pas davantage : et aussy pour supplier Yostre Majesté de croire que je ne suis pas si sotte que de trouver rien à redire, en ce qu'il luy plaist de faire, et que j'estimeray toujours à trop d'honneur le moindre tesmoignage qu'if luy plaira me donner de son amitié, ne désirant rien tant qu'elle me croye,

Madame ,

Sa très -humble et très-obéyssante fille et servante ,

(Bibl. nat., ma. de Béthane, 3816.)

• Son accouchement prématuré et la porte de son premier enCant.

354 LETTRES D'HBNRIBTTE-MARIE.

A LA MÊME

Madame,

Je ne sais comment remercier Yostre Majesté de rhonneur qu*elle m*a fait et de la belle chaise qu*eUe m*a envoyée, qui est plus belle que je ne mérite : quand je n'aurois pas envie d'aller en chaise, cela m'y fera aller, et aussy le commandement de Yostre Majesté que je tascheray toujours d'observer avec toute la souaiission que je luy dois et qui est en mon pouvoir. J'espère que Dieu me fera la grâce que j'aille jusques à mon terme et, pour ce qui est de moy, j'y apporteray tout le soing qu'il me sera possible. Je suis si ravie du petit cŒvr que Yostre Majesté m'a fait l'honneur de m'envoyer et de la petite boiste dans quoy il est, que je n'oberois l'en remercier, de peur de ne le pas faire assés longuement, ny de pouvoir exprimer ma joye. Je le porte toujours à mon cou, car il me portera bonheur, comme je crois que j*ay toujours peur, quand je suis sans. Tout ce qui vient de Yostre Majesté ne me peut apporter que contentement et bonheur, venant de sa main ; ce que je tascheray toujours de mériter, avec autant de fidélité, comme je suis,

Madame ,

Yostre très-humble et très-obeyssante fille et servante ,

Bibl. nat., mi. de Béthime, 9810. )

LETTRES d'hENUETTE-HARIB. 355

A MADAME DE 8AIKT-6E0R6E8

Ma mie Saint-Georges, j'ay esté bien longtemps sans vous' escrire ; ç*a esté le voyage, d'où nous ne faisons que revenir icy depuis une semaine, qui en est la cause, estant si esloignée de nulle occasion pour escrire. Vous cognoissés ce lieu , c'est à Tichfield ; maintenant nous sommes à Hampton-court, où nous demeurerons six semaines : je crois que vous aurés seu la maladie de VanteletS qui a esté jusques à la mort; mais à cette heure, elle se porte bien. Dieu mercy. Pour moy, je suis en fort bonne santé, ce qui n'est pas peu de chose, car je crois que dedans la maison il y a eu plus de la moitié de malade d'une fièvre nouvelle qui court icy. Si mon fils* savoit parler, je crois qu'il vous feroit ses recommandations : il est si gros et si grand que l'on le prend pour avoir un an et il n'a que quatre mois : les dents commencent desjà à luy venir. Je vous envoyeray son pourtraict aussy tost qu'il sera un petit plus blanc, car, pour cette heure, il est si noir que j'ay honte de luy. J'ay fait escrire à Pin, pour savoir de luy s'il vouloit bien revenir en Angleterre , pour me servir, mais seulement pour faire mes corps de jupe. Je vous prie de parler à Gamier, car c'est à luy que j'ay recommandé d'escrire, et de savoir quelle response il a eue. Aussy je vous prie de dire vous mesme à Pin ou luy escrire que c'est seulement pour mes corps de jupe ; que , au cas qu'il fasse

* M"» de Vantelet, dame d'atours de la reine, était la femme de l'un de ses écayerg, qui devint plus tard son. chambellan.

* Le prince de Galles.

356 LKTTRES D'uEMRIBTTË-IUBIE.

difficulté, seulement s*il veut venir en voyage |K>ur m*en faire un, il peut retourner et me les faire après à Paris, car celuy que vous m'avés envoyé le dernier est si lourd et si espais, que je ne Fay seu mettre. J'ay toujours mon vieux d'il y a deux ans , lequel est si court pour moy et si usé que j*ay grand beSoing d'un autre. Je vous prie de m'envoyer la responce au plus tost que vous pourrés et de croire que je ne vous oublieray jamais et que vous le recognoistrés par les effets : priant Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde.

Heniubtte-Marië.

(Bibl. nat., ns. de Béthnno, 3798.)

A LA MÊME (i63i)

Ma mie SaintrGeorges, le mary de la nourrice de mon fils s'en allant en France pour se soigner un peu de sa santé, je vous escris cette lettre par )uy, croyant que vous serés bien ayse de luy demander des nouvelles de mon fils, de qui je crois que vous avés veu le pourtraict, que j'ay envoyé à la Royne ma mère. 11 est si laid que j'ay honte, mais sa grandeur et grosseur suppléra à sa faulte de beauté. Je souhaiterois que vous vissiés ce cavalier, car il n*a pas une mine ordinaire. Il est si grave à tout ce qu'il fait, que je le tiens pour plus sage que moy.

LETTRES d'hENRIETTE-MARIE. 357

Envoyés moy des gants de chamoys, douze paires, et aussy je vous prie de m'envoyer un damier, un jeu de jonchets, un de poule et de regnart, de toutes ces espèces de jeux et le plus tost, et vous asseurés que si je ne vous escris souvent, je ne laisse pas de vous aimer. Je confesse ma paresse, aussy j*ay honte d'avouer que je pense estre grosse encore, toutefois je n*en suis pas encore bien asseurée. Adieu-, Thomme n'attend qu'après ma lettre.

(Bibl. Imp. de Saint-Pétenboorg. )

A LA MÊtIR

Ma mie Saint-Georges , je vous prie de croire que je ne suis pas si ingrate que d'oublier ceux qui m'ont servie comme vous, et que si je n'ay pas escrit, j'ay eu beaucoup de peines , lesquelles vous pouvés bien juger, qui m'ont tellement brouillé ma teste que je n'estois pas moy mesme. Cela estant arrivé si inopinément, je prie Dieu qu'il veuille tout rapaiser et vous de croire que je vous aime. Quintin s'en allant, il vous dira comme je me porte et comme je suis à Greenwich. Mon fils a esté un peu malade d'une petite fiebvre, mais il est guéry, Dieu mercy. Baisés ma niepce ^ pour l'amour de moy.

Henbibtte-Marie.

(Bibl. nat., mi. de Béthune, f* 31.)

« lin* de Montpeniier, flUe du duc d'Orléans, au senrice de laquelle éUit alors attachée M»« de SainvOeorges.

A LA MÊME

Ma mie Saint-Georges, Barbereau m*ayant demandé congé d'aller en France pour ses affaires particulières, je ne Tay voulu laisser partir, sans vous asseurer de la ûontinuation de mon amitié et aussy me plaindre un petit de ce que j'ay esté si longtemps sans avoir de vos nouvelles. Je sais bien que vous m*accuserés de la mesme chose , mais à cette heure que je suis hors de Londres, je ne sais quand il y a des occasions; aussy je suis un peu incommodée de ma grossesse, laquelle me rend paresseuse ; mais asseurés-vous que ce n*est pas manque que je ne me ressouvienne de vous, car en toutes occasions où il ira de Tespreuve, vous me trouvères toujours

Vostre aff'ectionnée amie ,

Henbiette-Marib.

Faites mes recommandations à ma niepce; je vous fais faire les pourtraicts de mes enfants et le mien, que je vous envoyeray bientost.

Septembre 1633.

(Bibl. imp. de Salnt-Pétersbonrg. )

LETTRES D'HENBIETTE-MARIE. 359

A LA MÊME

Ma mie Saint-Georges, Garnier s'en allant en France pour ses affaires, je ne Tay voulu laisser partir sans vous remercier de la bonne nouvelle que vous m*avés donnée de la grossesse de la Royne ma sœur. Je prie Dieu que cela continue et que ce soit un Dauphin : ce sera de Touvrage pour H"^'' Peronne : il faut que je la laisse reposer. Asseurés-vous toujours de mon amitié et que, en toutes occasions, vous trouvères, plus par les effets que par les paroles, que je seray toujours, comme je vous ay promis,

Vostre bien bonne amie ,

(Bibl. nat., ms. de Béthone, 3796.)

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