‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 136 sur 143 · A LA PRINCESSE ROYALE, PRINCESSE D'ORANGE · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE ROYALE, PRINCESSE D'ORANGE

Je vous ay mandé la semaine passée de vous tenir preste à partir ; je vous dis présentement de venir aussy tost que vous voudrés. Je vous en prie, et on sera bien ayse icy de vous y recevoir. Le mariage de vostro sœur estant, en une manière, conclu S c*est à dire que le roy vostre frère et moyle voulons bien et que Ton va despecher en Angleterre pour cet effet; vous ne sauriés mieux faire que de venir. Je pourrois anesy peut-estre m*en aller en Angleterre ; si cela arrive, vous serés toute portée pour le voyage : si je ne vais pas et que le roy vostre frère souhaite que vous y alliés, vous partirés d'icy pour l'aller trouver et mesme s'il vous prie , comme je Tay ouy dire, que vous alliés présentement, ce sera une res* ponce fort recevable de luy mandeif^ que vous voulés me voir en passant et voir vostre sœur. Je vous attendray avec beaucoup d'impatience : mandés-moy, en cas que vous veniés , quand vous pourrés estrc icy. Le petit duc de Richmond vient de mourir; vous ferés bien d'escrire 2Ï la duchesse. J'espère vous voir si to!^t, que je ne diray davantage. Dieu vous bénisse !

C«l«>mbeH, ce ÎO iioftt 1660.

{Ibid,, nrt. 110.)

CLXXVlll

De Mercey vous dira tout ce qui se passa hier à len* Irée de la royne*, qui fut tout à fait belle. Il y eut

* Le mariage de la princesse Henriette-Anne avec le duc d'OrléanSi

* Marie- Thérèse d'Autriche, épouse de Louis XIV<

580 LETTRES d'uENRIETTË-MARIË.

beaucoup de dispute pour les rangs. II y a eu mesmc trois ducs chassés hors de Paris , MM. d*Usez, de Lesdiguiëres et de Ghaulnes, pour n'avoir pas voulu marcher avec les nouveaux ducs et avoir prétendu marcher devant le comte de Soissons. Pour moy, j'ay aussy eu ma part des disputes ; ma niepce * veut que ma fille luy donne la main chez moy, disant que M. le Prince lui a dit que le duc dTork la luy a toujours donnée à Bruxelles. La royne me demanda s'il estoit vray; pour moy je ne sus que lui respondre, n'en sachant rien ; mais je luy ay dit qu'en France il ne Tavoit jamais fait. La royne a fort grondé ma niepce et luy a dit que, si le duc d'York l'avait fait en Flandre, il ne le feroit pas en France, ny ma fille. Aussy elle a escrit une lettre à M. le cardinal, où elle se plaint de la royne, disant que la royne rabaisse la maison de France pour un bastard d'Espagne', que don Juan a eu la main et qu'elle ne maintient pas les petits-enfants de France , qui la doivent plus tost avoir que luy. Enfin la royne s'est fort mise en colère; contr'elle et luy a dit qu'il n'y avoil qu'une folle qui fist tout ce qu'elle fait; nonobstant tout cela, elle ne me voit plus, depuis qu'elle est revenue, ny ses petites sœurs. L'on m'a dit aussy que madame la Princesse n'y viendra plus; il y a desjà longtemps qu'elle ne l'a pas fait. Vous voyés qu'il est assés nécessaire en ce monde de ne rien céder, en quelque temps que ce soit. Vous ne sauriés vous imaginer les sottises que tout cecy fait dire, et je vous avoue que de pouvoir imaginer quelques disputes de cette nature me fait en-

* M"' de MoDtp«D8i6r.

* Don Juan d'Autriche, fils nutarel de Philippe IV et d'une comédiennft nommée Maria Calderona. Il était généralisBiroe des armées d'Espagne et mourut en 1679.

LKTTBES d'hENRIETTE-MARIE. 581

rager, non pas pour moy, mais pour vous. Quand milord St-AIbans s'en ira, il vous dira beaucoup de choses sur cette matière, qui seroient trop longues ; je n*ay pu m*empescher de vous en commencer quelque chose ; mais je finis.

Colombes, ce 27 aoust 1660.

{fbiif., art. 117.)

AU MÊME

J*ay receu vostrc lettre par milord Grandison^ par où vous me mandés qu'il est nécessaire que ma fille passe en Angleterre promptement, pour ses affaires et celles de son fils, sur ce qu'elle m'avoit mandé que vous luy aviés ordonné de venir par.icy, et que vous me Ta vies escrit. J'ay donc fait toutes les diligences pour cela et j'ay receu de ses lettres, par où elle me mande qu'elle s'en va partir dans fort peu de jours, tellement que, devant qu'une lettre que je luy aurois pu escrire Ait arrivée, elle eust esté par le chemin : aussy je crois que son voyage icy ne préjudiciera en rien à ses affaires ; ce ne sera qu'en passant. L'envie qu'elle a de venir et celle que j'ay de la voir ne peut pas me permettre de la contremander, sans nous donner soupçon l'une à l'autre de peu d'amitié ; et si vous m'aviés plus tost adverlio de vostre volonté, elle auroit esté poncUiellemenl suivie. Milord St-Albans part demain, qui vous informera de tout plus au long : c'est pourquoy je ne vous diray davantage.

Colombes, ce 5 septembre 1660.

{Ihid,, art. 118.)

382 LKTTRKS d'iIKNRIKTTK-MARIE.

AD MÊME

J'arrivay hier en celle ville ; aussy tost que j'y fus, la royne me vint voir et me dit qu'elle venoit de la part du roy son fils, pour me dire que tous deux ensemble me prioient de vouloir appuyer une demande qu*ils me faisoient , de faire Thonneur à Monsieur de luv donner ma fille en mariage et qu'ils avoient résolu d'envoyer un ambassadeur vous trouver pour cet effet, avec beaucoup d'amitiés qu'elle me fil ensuite pour vous et pour moy. Je luy respondîs que le roy et elle faisoient beaucoup d'honneur à ma fille et que je ne manquerois pas de vous donner cognoissance de cecy : « Je vous prie de le faire, me dit-elle, en attendant que nous puissions envoyer l'ambassadeur. » Je crois que vous me donnerés commission de leur dire que vous l'approuvés ; je vous asseure que vostre s(Bur n'en est nullement faschée, et, pour Monsieur, il est tout à fait amoureux et fort impatient de vostre responce. Milord Jermyn est relardé jusques après rentrée de M. le cardinal , je l'ay remis à achever tout en ce temps-là ; l'entrée sera demain, tellement qu'il pourra partir lundy au plus lard. Il est arrivé une affaire à Dunkerque ' ; le gouverr neur a mis en prison le supérieur des Capucins et un de ses Pères, sur ce qu'un Anglois s'est allé confesser chez eux. Gela fait beaucoup de bruit icy ; la liberté de conscience estant à Dunkerque, j'ay desjà fait escrire au gouverneur, en ayant esté fort pressée, mais comme je crains qu'il ne le fera pas pour moy, je vous prie de luy

* Dunkerque était alors occupé par les Anglais.

Lettres d'uenriettë-marie. 583

commander de les laisser sortir. En vérité, cela est bien sévère, en un lieu où ils sont catholiques.

Paris, ce 25 aoust 1660.

{IMd., art. 119.)

GLXXXI

AU CARDINAL MAZARIN

Mon cousin,

Aussy tost que j*ay esté arrivée , je vous en ay voulu donner avis et, comme je m'embarqueray si le vent continue. où il est, vous renouveller les mesmes protestations que je vous ay faites en partant et vous dire que j*observeray ponctuellement tout ce dont nous sommes convenus ensemble. J'ay receu toutes les asseurances d'amitié du roy mon fils que je puis souhaiter pour le duc dTork, s'il se conforme à tout ce que je luy ay proposé *. C*est pourquoy je me gouverneray avec luy, comme vous avés trouvé à propos. Aussy tost que j*auray veu le roy mon fils, vous aurés encore de mes nouvelles. Je suis, avec toute sorte de sincérité, etc., etc.

Je me réjouis des bonnes nouvelles que Ton me donne de vostre santé ; je vous prie d'en avoir soing, afin de me tenir vostre promesse, comme je vous tiendray la mienne.

Calais, c« 7 novembre 1660.

( Arch. des aff. étr. )

*■ Au sujet de ton mariage avec Anne Hyde.

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