‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 135 sur 143 · AU DUC D'YORK · texte numérisé non relu

AU DUC D'YORK

Mon fils, cette lettre est pour vous faire savoir que, comme Ton a envoyé d'icy en Angleterre pourrecognoistre ces infâmes traistres', nonobstant toutes les raisons que nous avons pu donner contre et sur cela, le roy vostre frère a résolu de s'en aller et a desjà fait parler à la royne. Il n*a pas encore pris de résolution pour vous ; c'est pourquoy je crois que vous devés toujours faire comme si vous ignoriés cet envoy, et, en cas que Ton vous en parlast, dire que vous ne le pouvés croire, jusques à ce que Ton voye ce que vous avés à faire. Je seray bien ayse de savoir vostre opinion sur ce que vous désirerés de faire, et après je vobs feray savoir la mienne, laquelle, je vous puis asseurer, sera toujours, d'autant que je pourray, pour vous contenter et pour vous rendre aussy heureux que vous pouvés estre, en toutes sortes de temps. Je ne sais si le roy vostre frère vous a fait cognoistre tout cecy, mais toujours j*ay voulu vous en donner advis. Quand j'auray songé à vous , je songeray à moy, et vous feray savoir toutes les résolutions que je prendray. Je vous avoue que, depuis mon grand malheur, je n'ay rien ressenti à l'esgal de cecy. Dieu nous prenne dans sa sainte protection et nous donne la patience qu'il fault avoir pour supporter ce coup 1 Je le prie de vous conserver, et croyés que je suis, plus que je ne puis dire, mon flls,

Vostre bonne et affectionnée mère.

De Cbaillot, ce 15 décembre 165?.

(Arch. des atf. étr.)

* Le cardinal Masarin avait envoyé M. de Bourdeaux en Angleterre, pour reconnaître la validité des actes du Parlement et le gouvernement de Cromwell.

56â LETTRES D'uENRIETTE-HARIE.

Monsieur mon fils,

Je suis fort ayse d*avoir appris vostre retour à Cologne en bonne santé et que vous estes si satisfait de vostre voyage, comme Ton m'a dit que vous estiés. J'ay appris que vous aviés veu la royne de Suède. Je vous prie de me mander si vous trouvés que tout ce que Ton a dit est vray, tant de sa personne que de son humeur ; je seray fort ayse de le savoir. Pour des nouvelles d'icy, la cour revint avant -hier de Fontainebleau; le roy se porte tout à fait bien et est si crû de taille et embelly, quMl ne se peut davantage : madame de Fiennes' vous diroit, si elle savoit ce que je vous escris, que je suis tellement partiale pour le roy, que j'en suis amoureuse. Il est vray qu'il m'entretient à cette heure comme une autre personne et est devenu le plus civil du monde. Voilà toutes les nouvelles que je vous puis mander pour le présent, hormis que, à cet instant que je vous escris, la royne me vient d'envoyer une estoffe de toile d'argent, la plus ' agréable que Ton sauroit voir, pour me faire un lit. Je crains que madame de Fiennes ne s'offense contre moy de me mes- 1er de vous mander les nouvelles qu'elle vous veut mander ; je n'ay seu m'en empescher de celles-cy, mais, afin de ne courir pas sur d'autres, je finiray en vous as- Beurant toujours de ce qui ne vous doit pas estre nou^

^ M"« de Fruges , de la malBoii de tiennes , mariée à Henri Gamier Somte des Chapelles , dont elle ne porta jamais le nom » gardant toigours delùl de Fiennes. Voir ffùt» amoureuse des Gaules.

LETTRES D'hENRIETTE-MARIE. 563

veau, ny qui ne changera jamais, qui est que je suis de tout mon cœur.

Monsieur mon fils,

Vostre très-affectionnée mère.

^,» octobre ^^^ 8 novembre

(Lanibeth nis. &15. art. 96.)

Monsieur mon fils,

Je ne vous escrivis point la semaine passée, attendant le retour de vostre frère, lequel, -aussy tost que je fus asseurée de la conclusion de la paix avec Gromwell, je renvoyay quérir, ne jugeant pas à propos qu'il demeurast plus longtemps à Tarmée, après cette paix. Il est maintenant de retour et nous attendons celuy de M. le cardinal, pour voir ce quMl se doit attendre d'icy, tant pour sa subsistance que pour autre chose. La semaine prochaine. Ton vous en mandera tout ce à quoy Ton se doit attendre et aussy quelque autre chose, qu'on n'est pas encore prest à escrire *. Le duc dTork et Jermyn vous rendront compte plus au long de tout cecy ; c'est pourquoy je me remettray à eux et ne vous importuneray davantage, que pour vous asseurer toujours que je suis, plus que je ne puis dire,

Monsieur mon fils,

Vostre très-affectionnée mère.

Paris, ce 26 novembre 1655*

(/Wf/., art. 97.)

* Probablement le projet d'un mariage entre Charles It et M*!" de Moût-» ^eneier.

564 LBTTftBS D'HOnaETTE-MAIIE.

AD MÊME

Honsieor mon fils,

Cette semaine est si stérile que, si ce n*estoit les feux de joye de la paix, il n*y auroit rien à mander, mais ils ont esté si grands qu'il y avoit à craindre que Paris ne bnislast. II est vrai que ç*a esté dans les cheminées, car devant les portes il n*y en a pas eu , dans tout Paris, vingt, et en effet tout le peuple de Paris n'en a pas voulu faire, nonobstant tous les commandements, et mesme il y a eu des bourgeois qui, voyant de leurs voisins en faire, les sont allés esteindre. La vérité est que cette paix est en horreur partout ; cette grande pompe de paix que ce scélérat de Gromwell avoit tant désirée, je crois , ne le satisfera guère. Je prie Dieu que tout le reste des effets puisse estre de mesme. C'est tout ce que je vous diray pour cette fois et que je suis,

Monsieur mon fils,

Vostre très-affectionnée mère.

P«iis, ce 10 décembre 16S5.

{Ihid,, art. 98.)

GLX

AU MÊME

Monsieur mon fils,

Je suis bien ayse d'apprendre par vostre lettre les compliments que l'Archiduc^ vous a faits par sir Henry

* Charlea II était alors en Flandi^,

LETTRES D*HEinUETTE-]IARIE. 565

de Vie. Je veux espérer que le comte de Fuensaldagne passera les compliments et viendra à Tespée ; toutefois je crois que rien ne se fera qu'ils n*ayent eu leur courrier d'Espagne. Pour moy, je ne puis comprendre que les Espagnols ayent rien à mesnager du costé de Gromwell, car certainement il est résolu de les ruiner. Ils n*ont rien à faire qu*à se joindre avec vous, pour tascher à faire quelque diversion en Angleterre ; je prie Dieu qu'ils soient de cette opinion. Je crois que cette lettre ne vous arrivera entre les mains que Tannée nouvelle, laquelle je vous souhaite plus heureuse que celles que vous avés passées et telle que vous la pouvés souhaiter : priant Dieu de vous bénir et de me donner le moyen de vous faire voir combien je suis,

Monsieur mon fils,

Vostre très-affectionnée mère.

Chaillot, c« U décembre 16S5.

(/6td., art. 99.)

GLXI

AU UÊME

Monsieur mon fils,

J*ay receu vostre lettre en responce de celle que je vous ay escrite, touchant ma fille, et, quoyque je ne veuille plus entrer en matière sur cette affaire, estant tout à fait satisfaite que cela ne vous pust préjudicier en quoy que ce soit, je vous diray seulement que vous vous estes mespris en quelque chose de la mienne , ne vous ayant point escrit que vous m'aviés mandé que de venir à Paris auroit préjudicié aux affaires du prince

S66 LETTRES D'uENRIETTB-MARIK.

d'Orange, plus que d-aller à Spa ou à Cologne. Certainement, si vous Tavés entendu de cette manière, je me suis mal expliquée; mais je ne parleray plus de cecy, venant à une affaire d'une autre espèce^ de laquelle le secret m*a esté demandé très-étroitement , et vous est aussy demandé. M. d'Amiens me vint hier trouver pour me communiquer qu'un certain gentilhomme, qui est grand mathématicien, désiroit vous escrire une lettre, touchant ce qu'il avoit veu par son art, qui arriveroit de vos affaires. Je me suis chargée très-volontiers de vous envoyer la lettre, me semblant qu'elle n'estoit pas mal agréable ; il fault que vous sachiés que cet homme a prédit tout ce qui est arrivé à M. le cardinal ponctuellement et beaucoup d'autres choses encore, comme à M. le Prince de Condé. 11 est François, mais venu d'irlandois , comme vous le verres par son nom ; il est huguenot. Il se plaint fort que le secret n'est pas à Cologne et a si grand'peur que vous ne disiés cecy à qui que ce soit, que je me suis engagée que vous ne le ferés pas : car il a quelque commerce en Angleterre et dit que, si Cromwell venoit à savoir qu'il eust parlé de cecy, il le feroit pendre. Quoyque, en ces choses icy, il n'y ayt pas beaucoup à se fier , néantmoins à ce qu'on désire l'on se laisse aller aysément. Je prie Dieu qu'il soit véritable prophète; avec cela je finis et suis

Vosire très-affectionnée mère.

Paris, ce 21 janvier 1655.

{Ibid., art. 101.

LETTRES D*UENRIETTË-MAIUE. 567

AU MÊME

Monsieur mon fils,

Par vostre dernière lettre , je vois que vous attendes des nouvelles d'Espagne ; j'espère qu'elles seront selon que vous désirés , puisque la guerre est desclarée avec Gromwell ; j'en attends aussy Tissue avec toute Timpatience imaginable ; je prie Dieu que ce soit selon que TOUS désirés. Vostre sœur ' vous rendra compte de tout ce qu'elle fait icy : je crois qu'elle est bien lasse des visites ; depuis le matin jusques au soir elle en a. Pour moy j'en suis quasy morte, mais vous qui cognoissés la France, savés assés que, après les commencements, l'on a assés de repos. C'est mon espérance.

Pour des nouvelles, celles qui se disent aujourd*huy, je crois, vous seront cognues devant cecy, si elles sont vraies, qui est que M. le Prince, sa femme et son fils sont à Rocroy, ce qui fait juger de son accommodement icy à tout le monde. Je trouve cette nouvelle-là si grande, que je n'ay seu m'empescher de vous la mander, car c'est un grand obstacle osté pour la paix générale, qui est la chose du monde que nous devons plus souhaiter. Dieu nous l'envoyé et vous donne tous les bonheurs en ce monde et en l'autre , que vous souhaite du meilleur de son cœur

Vostre très-affectionnée mère,

Paris, ce 18 février 1656.

{Ibid., art. 105.)

* La princesse d'Orange.

568 LETTRES d'hENRIETTE-MARIE.

AU CARDINAL MAZARIN

Mon cousin,

Quoique je n'aye rien appris de la maladie du roy, monsieur mon nepveu, qui me donne subject de craindre, je n*ay pu me satisfaire, sans envoyer ce gentilhomme pour en apprendre des nouvelles plus particulièrement et pour tesmoigner à la royne et à vous mes justes douleurs en ce rencontre. Vous croirés facile • ment que, si je pouvois estre moins touchée que je le suis par les raisons qui m'obligent immédiatement, je le serois autant que personne au monde par la part que je prendray toute ma vie en tout ce qui vous regardera, du bien ou du mal. Je prie Dieu de toutes les forces de mon âme de vous donner et à moy Fissue promptement que nous espérons, et demeureray, etc., etc.

Paria, ce 7 juillet 1657.

(Arch. des aff. étr.)

Monsieur mon fils.

Je suis fort ayse que le bruit qui a couru n*est pas vray \ comme vous me le mandés par vostre dernière

* On avait prétenda que Charles II, qui servait comme volontaire dans rarmée espagnole en Flandre, avait été grièvement blessé dans rentreprise sur Mardyck.

LETTRES d'hENBIETTE-MARIB. 569

lettre ; il est vray que Ton adjouste toujours aux nouvelles, et les choses que Ton craint, Ton les croit aysément. II n'est pas pourtant tout à fait hors de raison que je vous prie d'avoir plus de soing de vous que vous n'avés. Quoyque je ne doute point que Dieu ne vous garde pour un meilleur temps, il faut ne le point tenter et se garder aussy: mes prières ne manqueront point, si elles sont assés bonnes.

Je crois que vous serés aussy surpris de la mort de madame de Roquelaure ' que nous avons esté icy; elle a esté si peu malade ! C'est une grande perte ; son mary est inconsolable.

Voilà toutes les nouvelles d'à cette heure, et je ne vous importuneray davantage que pour vous asseurer que je suis,

Monsieur mon fils,

Vostre très- affectionnée mère.

Paria, ce 21 décembre 1657.

(Lambeth ms. 645, art. 105.)

AU MÊME

Monsieur mon fils.

Depuis mon retour de Bourbon, j'ay esté toujours dans les remèdes, qui m'ont empeschée de vous escrire plus tost, et de rendre responce à vos lettres. Je suis tout à fait ayse de ce que vostre sœur aura cette joye de

* Charlotte-Marie de Didlloo, seconde fiUe du comte du Lade et femme de Gaston, duc de Roquelaure, passait pour la plus belle femme de la cour. Elle mourut à Tâge de 21 ans, le 15 décembre 1657, après quatre ans de mariage.

570 LETTRES d'hENBIETTE-MÂRIE.

VOUS voir. Je souhaiterois que nous fussions en estai de nous pouvoir tous voir ensemble ; je vous asseure que ce sont mes prières journalières. Vous avés seu tout ce qui s*est passé dans cette affaire de Dunkerque ^ : j*ay esté dans les plus grandes appréhensions du monde pour vos frères et je passe très-mal mon temps icy, voyant tout ce qui se passe. Vous ne pouvés que juger que je pastis beaucoup dans moy-mesmc. J*espère que le bon Dieu enfin finira nos malheurs et vous restablira malgré tout le monde et me donnera encore assés de vie pour voir cet heureux jour. Pour moy, croyés que ce sont les souhaits ardents,

Monsieur mon fils,

de vostre très-affectionnée mère.

Je vous remercie de Taffaire d'Arpe ; je vous on suis tout à fait obligée.

Paris, ce 21 juin 1658.

{/bid., art, 106.)

AD CARDINAL MAZARIN Mon cousin,

Ayant advis d*Orange que It^ gouvernement se dispose à ne point recognoistre ma fille, quoyqu'elle soit desclarée régente par toutes les formes de cet estât *, j'ay cru

* Les ducs d*York et de Gloucester* en défendant avec la plus grande vigueur Dunkerque contre les Français, avaient failli être faits prisonniers. On comprend le chagrin que la reine dut éprouver de cette aventure, à tous les points de vue.

* Cette difficulté provenait du désir qu'avait la princesse douairière de conserver la possession d'Orange au détriment de la princesse Marie, sa belle-fille.

LETTRES D*HENRIBTTE-MABIE. 571

nécessaire de vous le faire savoir, pour vous prier en mesme temps de vous souvenir de la parole que vous me donnastes en partant de faire ce qu*il se pourroit pour qu'elle fust obéye. Je Tay embarquée d'accepter la régence sur ce fondement, prévoyant que ny moy ny elle ne pourrions rien d'ailleurs pour cet effet. Je ne sais pas encore ce que j'auray à vous demander particulièrement, mais, dans peu de jours, je seray mieux informée de ce qui se passe. En attendant^ je vous diray que Ton vous parlera de la part du gouvernement, et ne prieray pas seulement de prendre en considération du malheur que ce me seroit de voir ma fille abandonnée, mais de m'entendre avec Tasseurance que je dois prendre en ce que vous m'avés fait espérer, quand je vous parlay de cette affaire, vous conjurant de croire que, en ce rencontre , et en toutes les autres choses qui me regardent, j'auray toujours la recognoissance que je dois et que je suis avec toute sorte de vérité, etc., etc.

Paris, ce 18 novembre 1658.

( Arch. des aff. étr.

AU MÊME

Mon cousin.

Ayant eu un exprès de Bruxelles et aussy des nouvelles d'Angleterre assés importantes, j'ay donné ordre à milord Jermyn devons en rendre compte ^ Je me suis réservé de vous prier de vouloir entrer en considération de ce qu'il vous mande et de continuer la bonté

* Il s^agit ici de Tabdication de Richard Cromweli.

572 UBTTHRS d'hBNBIKTTE-MABIÉ.

et ramitié que vous m'avés promises en partant , et de mon costé vous pouvés tous asseurer de mes véritables ressentiments, et que je travailleray de toutes mes forces que ceux de mes enfants soient toujours de mesme, de quoy je ne fais pas de doute.

Je suis, etc., etc. ^

Paris, ce 16 aoust 1659.

(Arch. des aff. étr.)

CLXVIH

AD MÊME

Mon cousin,

Je ne vous diray rien de ce qui est arrivé en Angleterre, puisque vous en serés informé plus particulièrement du lieu mesme. Je vous diray seulement que je n*en suis nullement descouragée, puisque je vois les affaires de la paix générale aller si bien et que j*ay toujours regardé les asseurances que vous m*avés données du seing que vous vouliés prendre daos cette conjoncture de nos affaires, comme les plus grandes de nos espérances. J'attends avec beaucoup d*impatience de vos nouvelles, et d'autant plus, à cette heure, que j'entends que la paix «est conclue. C'est pourquoy je vous prie de m'en vouloir donner ; vous vous persuaderés aysément que ma plus grande consolation en dépend et que je suis avec toute sincérité, etc., etc.

Paria, ce 10 septembre 1659.

( Arcb. des aff. étr. )

LBTTBES D*HBN1UETTE-MAR1E. 573

AD MÊME

Mon fils le duc dTork envoyant ce porteur, capitaine de ses gardes, en Espagne pour solliciter le payement de ses pensions, qui sont bien en arrière et autres affaires de cette nature seulement, il Ta commandé de vous voir de sa part, pour vous renouveler les asseurances de la recognoissance de toutes les bontés que vous luy avés tesmoignées et pour vous prier de les luy vouloir continuer. 11 a donné ordre à ce porteur de vous communiquer les pensées esloignées qu*il s'est formées, en cas qu*il ne se présentast rien à cette heure à faire pour luy, au regard de TAngleterre. Je vous prie de le vouloir escouter avec les bonnes inclinations que vous avés accoutumé d'avoir pour luy.

Je crois que vous aurés seu par quelque lettre de Jermyn au commandeur desjà le voyage du roy mon fils en Espagne. C*est une résolution qu'il a prise sur les advis qu'on luy a donnés qu'il feroit bien de le faire, pourtant sans me l'avoir communiqué autrement qu'en donnant ordre à un des siens de me le faire savoir après son partement. Je ne sais si je me dois plaindre du peu de confiance dont il a usé, ou me louer de sa précaution de ne m'avoir point consultée sur une chose que je n'aurois jamais approuvée. Enfin j'attends tonjours avec toute l'impatience possible de vos nouvelles, sur quoy je fonde toutes mes espérances, et par conséquent, s'il eust trouvé à propos de me demander mes advis , j'aurois esté assés embarrassée de luy donner

57 i LF^TTRES D^HBNRIETTE-lIARtE.

autre conseil que celuy que je prends de vous entendre parler, avant que de luy pouvoir rien dire. Je vous prie de m'en faire avoir le plus tost que vous le jugerés de raison et me croire avec toute sorte de vérité, etc., etc.

Parts, ce 27 sept. 16S9.

(Arch. des aff. étr.)

Mon cousin.

Je me suis bien attendue, en cette occasion de la perte que j*ay faite de mon frère \ aux tesmoignages que vous me rendes de la part que vous prenés à toutes les choses qui me regardent. J'en ay esté trop sensiblement touchée, pour avoir pu manquer de vostre main la consolation que j*en receois; je n*ay pas besoing de vous prier de me continuer la mesme amitié, ny de vous asseurer combien véritablement je suis de mon cosié, mon cousin,

Vostre bien affectionnée cousine.

Paritf ce 27 febvrier 1660.

(Arch. des aff. étr.)

AD MÊME

Mon cousin,

J*ay receu celle que vous m*avés escrite sur le subject d^Orange, par laquelle je vois en général que, apris

* Oasten, duc d^Orléans.

LETTRES D'uENRIETTE-MABIE. 575

avoir réglé ce qui sera de la volonté du roy, vos intentions seront de conserveries intérests de ma fille; mais, comme il ne me parolt pas encore ce qui sera la dernière résolution, je ne sais pas ce que je vous dois proposer à son égard. Je suis bien faschée que le roy n*a pu avoir contentement, sans la résolution qui a esté prise, mais il n*en fault plus parler davantage. Je vous prie seulement d'escouter monsieur de Montagne sur cette affaire, comme sur les autres dont il est chargé de ma part, et de le croire. Vous n'aurés pas do difficultés sur les tesmoignages qu'il vous rendra que je suis, avec une sincérité inviolable, mon cousin,

Vostre bien affectionnée cousine,

Paria, ce 10 avril 1660.

(Arch. des aff. élr.)

Je ne pensois pas vous escrire cet ordinaire, Tayant fait il n*y a que deux jours, et n'ayant rien à vous mander plus que je n'ay fait ; mais j'ay receu deux lettres pour vous de deux personnes, que j*ay voulu accompagner de la mienne : Tune de nostre mère de Ghaillot, Tautre d*un bon père jésuite que vous avés veu à Colombes, dont vous verres le nom dans sa lettre. Il n*est point besoing de responce pour le bon père; vous n'avés qu'à me mander ce que vous voulés que je lui dise de vostre part. Si vous escriviés à un jésuite, j'ay peur que cela feroit trop de bruit ; pour nostre mère, un petit mot n'en fera point. Voilà tout le subject de cette lettre, priant Dieu d'achever l'œuvre qu'il à corn*

576 LETTRES d'HENBIBTTB-MARIE.

mencée à vostre contentement ; estant asseuréc que ce sera toujours le mien.

Colombes, ce SI mai IWO.

(Lambeth ms. 645, art. 111.

GLXXIII

AU MÊME

Ayant appris par cet ordinaire de Hollande, que vous déviés partir aujourd'huy pour vous embarquer à Schweningen *, mes prières vous conduiront. Orby s'en allant vous trouver, je lui donne cette lettre , qui ne sera que pour vous dire la joye que j*auray, quand je sauray vostre arrivée et la peine où je seray jusque-là. J'espère que vous me tirerés bientost de cette peine : comme je ne doute point que vous n'ayés soing de ceux qui ont souffert pour vous ou pour le roy, vostre père, ce porteur en a eu sa bonne part. J'espère que vous Taures en considération. C'est tout ce que je vous diray pour le présent, ne voulant pas vous importuner dans vos bonheurs. Dieu vous bénisse !

Chaillot, ce l^jain 1660.

(Ibid., art. 112. Autogr.)

AU MÊME

La joye que j'ay eue de vostre arrivée en Angleterre a esté renouvelée par vostre arrivée à Londres, et de voir

* Charles II partait pour r Angleterre, afin de prendre possession de son royaume.

tETTRES D*UENRIëTTË-MA1UE. 577

comme toutes choses vont à vostre satisfaction. L*on voit visiblement la main de Dieu là-dedans, et je crois que vous en estes assés persuadé, pour y faire les réflexions que vous devés. Je finiray le sermon, de peur de vous ennuyer, et me remets à Progers à vous dire toutes les nouvelles d'icy. Je fais conscience de vous escrire si souvent, mais il fault à ce commencement escrire beaucoup d'imporlunités , tant de gens me venant prier de vous les recommander, lesquels je ne sais de quelle manière les refuser, estant do vieux serviteurs : ce qui en est la cause. Pour ce qui est de mon particulier, milord Jermyn me mande le soing que vous en prenés : c'est pourquoy je ne vous en diray rien. Il vous informera du don que le roy vostre père me fit lorsqu'il fut en vie, en cas qu'il arrive faulte de luy pour compenser la despense de ma maison , qui estoit dans la sienne ; ce que, je crois, vous ne savés pas. C'est pourquoy je vous en parle et finis avec mes ordinaires prières : Que Dieu vous bénisse !

Colombes, ce 18 juia 1660.

{Ibid., art. 111.)

GLXXV

AU GAKDINAL MAZARIN

Mon cousin,

J'ay toujours eu assés de preuves de la part que vous prenés à tout ce qui me touche, pour douter que vous n'en ayés pris dans cette occasion du restablissement du roy mon fils. J'espère que vous me faites cette justice de croire que j'en ay tous les ressentiments qui se peuvent avoir et que je rechercheray avec soing tous les

578 LETTBES d'hENRIETTE-MABIE.

moyens de le tous t^smoigner. J*ay donné ordre à Tabbé de Montagne de tous dire davantage sur ce subject, ne voulant pas vous importuner d^une longue lettre, sachant que vous estes malade, dont, je vous asseure, je suis tout à fait en peine. J*espèrc que ce ne sera rien et que vous estes persuadé, que je suis, etc., etc.

Colombes, ce 7 juin 1600.

Gomme j'avois achevé ma lettre, un exprès m*est arrivé du roy mon fils, pour me dire qu'il a voit mis pied à terre. Le sieur de Gomon vous en dira toutes les particularités.

( Arch. des aiT. étr. )

Progers est arrivé lundy au soir; vous pouvés juger de ma joye et, si vous estes deschiré en Angleterre de tendresses, j'en ay ma part en France aussy : je m en vais à cet instant à Ghaillot faire chanter le Te Deum, et de là à Paris faire faire nos feux de joye ; nous les fismes hier icy. Je crois que j'auray tout Paris ; en vérité, vous ne sauriés vous imaginer la joye qui y est. Il fault parmy cela louer Dieu; tout cecy est de sa main, vous le pouvés voir. Je ne vous importuneray pas davantage. Dieu vous bénisse I Je vous envoyé une lettre de madame de Motteville, que M. de Montagne m'a envoyée toute ouverte. Il me mande qu'il l'a fait en resvant. 11 en est fort en peine et m'ordonne de la refermer, mais je n'en feray rien ; vous lui pardonnerés.

Colombes, ce 9 juin 1660, 5 heares da matin.

(I^mbeth, ms. 6i5, art. 120.)

LETTfiBS D HENRIËTTE-MARlS. 579

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