‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 4 sur 143 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

lettre. Certaines d'entre elles, qui devaient couvrir plusieurs feuilles de papier, avaient été divisées dans la copie, de telle sorte que le commencement et la fin se trouvaient complètement détachés l'un de l'autre : une lettre s'arrêtait tout à coup pour faire place à une autre toute différente^ comme si elle en était la suite. De plus les mots souvent défîg*urés sont parfois coupés en deux ou enchevêtrés l'un dan^l'autre, et, pour ajouter encore à ces difficultés, les lettres, mises en chiffres originairement en totalité ou en partie et déchiffrées au moment de leur réception, présentent quelquefois des lacunes dans leur interprétation interlinéaire. Dans un but facile à comprendre, au cas où la correspondance aurait été interceptée, les noms propres sont souvent remplacés par des pseudonymes, où la reine désigne ses plus fidèles adhérents par les noms de ses ennemis déclarés, tels que Pym, Hampden, Essex et autres. » Henriette-Marie, après avoir écrit ces lettres en français, les traduisait elle-même en chiffres, à moins que l'excès du travail ou de sa mauvaise santé ne la forçât à confier ce soin à lord Jer-

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myn, Charles I" de son côté portait toujours dans sa poche la clé des signes convenus avec son épouse, et le travail de déchiffrement se faisait soit par lui, soit par d^autres, sous ses yeux ; c'est ainsi que les lettres nous sont arrivées dans leur langue originale : aussi n'est-il point surprenant que le style se ressente de ces différentes transpositions et que les répétitions y soient fréquentes. Le roi répondait en anglais et tutoyait toujours Henriette-Marie, habitude que cette princesse n'imitait point dans sa langue maternelle. Gela peut sembler étrange, puisqu'on sait qu'en ÂngleterrCi sauf parmi quelques sectes religieuses, le tutoiement n'est guère usité que dans les prières adressées à Dieu ou dans le langage poétique.

On voit que la reconstitution et le classement de cette correspondance ne devaient être rien moins que faciles, et nous en avons été encore plus convaincu lorsque les copies exactes de la collection Harléienne sont arrivées entre nos mains. Nous avons pu alors reconnaître avec quelle intelligence et quel soin vigilant M" E. Green s'était acquittée de sa tâche, qui

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nous a été d'une grande utilité pour notre travail. C'est à peine si nous avons pu constater quelques erreurs dans sa traduction, et pourtant ce vieux français, exprimé avec une orthog'raphe souvent invraisemblable, devait présenter à une étrangpère un problème bien ardu à résoudre. Nous n avons pas cru pouvoir mieux faire que d'adopter les noms qu'elle avait substitués aux pseudonymes, tout en marquant, comme elle, d'un point d'interrogation ceux qui présentaient encore quelque incertitude. La plupart des autres lettres de la reine qui vont de 1625 à 1660 ont été copiées sur les orig'inaux écrits de sa main et conservés dans les collections de Londres, de Paris et de Saint-Pétersbourg, où nous avons trouvé pour nos recherches le plus obligeant concours. Comme nous l'avons dit, Henriette écrivait presque toujours en français; quelques-uns de ses billets seulement sont anglais, et nous en donnons la traduction. L'habitude que la reine avait prise de cette dernière langue se remarque par des locutions ou des tournures de phrases d'une origine essentiellement britannique, qui se rencontrent parfois

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SOUS sa plume ^ lorsqu'elle écrit en français; M"* de Motteville elle-même en a fait l'observation. Toutes les lettres que nous insérons ici sont inédites dans notre pays : quelques-unes le sont d'une manière absolue ; nous nous sommes abstenu de reproduire celles qui ont fig*uré dans des ouvrages français et que le lecteur connaît déjà.

« Je ne crois pas, s'écriait Charles I*' dans le récit de ses souffrances*, qu'il y ait personne d'assez méchant pour haïr la reine pour ellemême; sa faute est d'être ma femme! » Aussi l'existence d'Henriette-Marie présente-t-elle un contraste frappant: la première partie est un sourire de l'amour et de la fortune^ la seconde un long* martyre, encore avivé par le souvenir du bonheur passé et qui a pu faire dire à Chateaubriand : a Les reines ont été vues pleurant, comme de simples femmes, et l'on s'est étonné de la quantité de larmes que contiennent les yeux des roisi »

C'est à l'intéressant manuscrit des Mémoires du P. Cyprien de Gamaches, l'un des aumôniers

< Eikôn Basilikè.

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