DÉBARQUEMENT EN BRETAGNE
le royaume de ses pères. On avait eu, d'ailleurs, toutes les peines du monde à calmer Teifroi de ces malheureux pécheurs bretons , qui , prenant le vaisseau de la reine pour un pirate, voulaient le repousser les armes à la main. « Mais, s'écrie un historien anglais S tous les coups de la fortune qui s'étaient appesantis sur la magnanimité et la vertu de la reine , pareils aux vagues qui se brisent sur des rocs de diamant, au lieu de les ébranler, ne faisaient que les polir et leur donner encore plus d'éclat. »
Dès le lendemain matin, les gentilshommes des environs, avertis de la présence de la reine, vinrent lui offrir leurs hommages et mettre à sa disposition les vivres et tous les moyens de transport, qui étaient en lem' pouvoir. La population entière du pays accourait pour rendre hommage à la fille de Henri lY ; ce fut une véritable ovation : « et pourtant , disait cette princesse en racontant ses aventures à M"* de Motte ville, j'avais plutôt Tair d'une héroïne de roman que d'une reine véritable. » La maladie Tavait fort changée, et son esprit, jusque-là si vif et si gai, avait été tellement déprimé par Tinfortune qu'elle pleurait presque toujours * !
Quand elle eut pris deux jours d'un repos indispensable , la reine expédia un courrier à la cour de France, pour annoncer son débarquement et réclamer l'envoi de deux habiles médecins, qui l'atten-
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• M-« de M otteville.
t{H HENRIETTE-MARIE DE FRANGE.
draient à Angers, où elle devait se rendre. On s'empressa de faire ce qu'elle désirait; les deux médecins quittèrent Paris le 5 août, et Anne d'Autriche dépêcha vers sa belle-sœur le comte d'Harcourt, ancien ambassadeur à Londres , pour lui procurer tout ce dont elle pourrait avoir besoin. La reine exilée avait aussi envoyé à Paris Henri Jermyn, qui vint la rejoindre, quelque temps après, avec un présent de 10,000 pistoles de la part d'Anne d'Autriche, et les titres d'une pension de 30,000 livres par mois, qui lui était assignée comme à une fille de France *.
Le voyage de la reine jusqu'à Angers ne fut qu'un long triomphe. Cet amour si expansif du peuple la touchait jusqu'au cœur ; mais l'abîme de la douleur était tellement profond qu'aucune consolation ne pouvait le combler : « Je veux seulement vous dire, écrivait-elle d'Ancenis à son époux, que j'ai été reçue partout avec de telles marques d'affection de tout ce monde , depuis le plus petit jusqu'au plus grand, qu'elles dépassent l'imagination. » Elle se plaignait en même temps de sa santé, plus mauvaise que jamais ; ses souffrances de poitrine et la fièvre la forçaient souvent de s'arrêter en route.
A Angers , les médecins lui ordonnèrent les eaux de Bourbon , les seules, disaient-ils , qui eussent la vertu de rétablir une constitution si fortement ébranlée; mais que faire contre les angoisses de l'âme? La malheureuse princesse sentait chaque
* M" Everott Green. Letters of Henrietta-Maria.
LA BKINE AUX EAUX DE BOURBON. 2]f>
jour plus amèrement que tout ce qu'elle aimait était resté en Angleterre. Son voyage continua par Tours, où elle logea à l'archevêché, puis par Amboise, Orléans, Nevers,- et elle arriva enfin à Bourbon, le io août, dans un tel état d'anéantissement qu'elle ne pouvait plus se traîner qu'appuyée sur les bras de deux de ses serviteurs \ A peine établie, Henriette reçut la visite de son frère Gaston d'Orléans, et bientôt après celle de sa nièce, la Graride Mademoiselle, qui venait dans un carrpsse du roi l'inviter, selon Tusage, à se rendre à la cour, aussitôt que sa santé le lui penmettrait. A la suite de cette double visite, ses ennemis d'Angleterre prétendirent, qu'elle cherchait à arranger uh mariage entre sa nièce et le prince de Galles : « Notre bonne reine , disaient-ils, a déjà vendu sa fille au prince d'Orange pour de l'argent, et maintenant elle voudrait troquer son fils contre une armée française pour nous combattre; mais cela ne sera point. Les médecins assurent qu'elle n'a pas longtemps à vivre *. »
La tranquillité relative et l'effet des eaux améliorèrent sensiblement la santé de la reine; mais sa pensée restait toujours douloureusement tendue vers ceux qu'elle avait laissés au-delà du détroit ;
* Voici un échantillon du langage des puritains ^ lorsqu'ils s'occupaient d'elle : «« La reine, nous assure-t-on, est à Bourbon, dont elle va boire les eaux, mais ces eaux, de Bourbon auront-elles le pouvoir de la guérir? Il y a pour elle d'autres eaux dont la source est dans l'église protestante, les eaux du repentir, les eaux de l'Évangile qui la laveraient du papisme. Puissetrclle s'y baigner et en sortir complètement purifiée I »♦ Perfcct occurrences^ 9 août.
« BaUlie's journal, sept. lÔ»»» lftl4.
ââO HENRIETTE-MARIE DE FRANCE.
aussi correspondait-elle activement avec son mari, soit de sa propre main, soit par celle de lord Jermyn. Tout en se plaignant que sa tète affaiblie ne loi permit plus de s'occuper d'affaires, elle trouvait encore moyen de donner des conseils au roi, de le féliciter de ses succès dans le Comouailles, de lui parler de son désir infini de le rejoindre en Angleterre, parce que, sans lui, elle ne pouvait être ni heureuse ni bien portante ^ Henriette avait réduit sa maison au plus strict nécessaire, afin de pouvoir disposer en faveur du roi d'une part plus considérable de la pension que lui allouait Anne d'Autriche.