‹ Henriette-Marie de France, Reine d' AngleterreChapitre 77 sur 143 · LA POURSUITE A COUPS DE CANON · texte numérisé non relu

LA POURSUITE A COUPS DE CANON

ce capitaine, et, après avoir défendu expressément de répondre au feu des Anglais, afin de ne pas retarder la marche , elle lui ordonna , dans le cas où il ne serait plus possible d'éviter les ennemis, de faire sauter le navire, plutôt que de la laisser tomber vivante aux mains des rebelles, qui la traîneraient captive à Londres ^ A peine cet ordre donné, on n'entendit plus que cris et sanglots déchirants: c'étaient les femmes de la reine et ses domestiques, dont la consternation était à son comble. « Elle seule demeura dans un silence courageux, montrant braver la mort et ses ennemis, par le mépris qu'elle faisoit de Tune et des autres*. » Ou était déjà en vue fle Jersey et le canon anglais grondait toujours, lorsqu'un boulet atteignit le vaisseau de la reine dans sa mâture ; il chancela sous le coup, et la voile retomba inerte. Tout le monde se crut perdu, il y eut un moment de confusion et de stupeur indescriptibles; les Anglais se rapprochaient visiblement ; ils n'avaient plus qu'à saisir leur proie , atteinte dans son vol. Tout à coup, on vit apparaître , doublant la pointe de l'ile , une petite escadre

* Dans la suite, lorsqu'elle fut plus calme, la reine se reprocha sévèrement la cruauté de Tordre égoïste qu'elle avait donné ; elle en montra un repentir sincère : « Je ne sais comment je fis, disait-elle, j'étais de sang-froid, je me possédais parfaitement. Je dois remercier Dieu de m'avoir délivrée de mes ennemis et de moi-même, n

■ M*« de Motteville.— Cotoleodi prétend que, dans cette situation terrible, la reine s'était contentée de faire le sacrifice de sa propre personne : « Elle fit appeler, dit-il, le capitaine, k qui elle demanda la grAce de lui passer son épée an travers du corps, ou de lui donner un coup de pistolet dans la tête ou de la jeter à la mer. •» ffiitoire d'Benriette-Marie de France^ p. 103.

composée de navires de Dieppe et de Cherbourg^, qui faisaient force de voiles pour arriver à temps sur le lieu de l'action : c'était le salut. Les Français prirent aussitôt la reine sous leur protection ; Téquipage anglais, la rage dans le cœur, dut se résigner à virer de bord, et le vaisseau, qui s'était cru certain de la victoire, ne tarda pas à disparaître dans les bruines de Thorizon ^

Henriette était sauvée des mains de ses ennemis, mais elle n'était pas encore au terme de ses périls : un vent violent s'éleva avec la nuit, la mer devint furieuse et la tourmente dispersa les navires qui servaient d'escorte à la fugitive; celui qui la portait, hors d'étatde gouverner, futjeté au pointdu jour vers la côte de Bretagne. A peine la terre fut-elle en vue, que la reine fit mettre la chaloupe à la mer, et, en dépit des rafales, elle put aborder enfin dans la petite baie rocheuse et sauvage du Chastel, assez peu distante de Brest. Il lui fallut alors gravir à pied les falaises par des sentiers escarpés et glissants, où elle se traînait à grand' peine , souvent sur ses genoux. Enfin, à bout de forces, elle descendit dans un pauvre hameau de pêcheurs, et cette fille de France, couverte de haillons, brisée par la maladie et la fatigue, se trouva heureuse de rencontrer un abri sous le chaume, pour la première nuit qu'elle passa dans

* Las Têtes Rondes se vantèrent hautement d'avoir donné la chasse à la reine et de l'avoir presque capturée : « L'Angleterre , disaient-ils, ne lui fera pas d'autres présents que des boulets pour la renvoyer en France. » M" Bverett Green, Lettertof ffenrietta^Afaria, p. 251.

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