‹ Henry ArnauldChapitre 110 sur 267 · Grandet, t. I, p · texte numérisé non relu

Grandet, t. I, p

Malheureusement, Grandet se contente d'indiquer en quelque mots^ la présence de quarante-cinq autres signatures et ne les recopie pas, de telle sorte qu'il nous est impossible de savoir si, sur la pièce vue par Grandet, elles étaient autographes. Seconde différence à noter : le document original des Affaires étrangères ne porte pas la signature du curé de Feneu, Le Royer, qui se trouve au contraire à la fin du document inséré dans les mémoires de Grandet'.

Nous voici donc en présence de deux textes du procèsverbal, qui ne diffèrent que par les signatures. Il faut admettre avant tout que Grandet a fait une copie fidèle du document qu'il avait sous les yeux; quelques réserves qu'il faille faire sur la probité de Grandet, il est difficile de l'accuser de faux ; de plus, on ne voit pas quel intérêt il aurait eu à supposer la signature d'Antoine Arnauld. Il est évidemment possible que le texte de Grandet soit l'un des originaux du synode, auquel après la clôture on aurait mis par procuration la signature d'Antoine Arnauld 3, ou bien ce même texte qui aurait été envoyé au docteur pour qu'il y appose sa signature.

Mais ce texte peut bien être, — et c'est l'hypothèse la plus séduisante, la plus probable même, — un document dressé postérieurement au synode, après qu'Antoine se sera décidé à signer le procès-verbal de son frère et où Henry aurait encadré la signature du docteur dans celles de quelques prêtres notables et dévoués, se contentant de mentionner la signature des quarante-cinq autres curés du

1. Sous cette forme : « Et 45 autres curez, docteurs et ecclésiastiques. »

2. Sous cette forme : « Et y étois présent et ay signé : Le Royer. »

3. En tous cas, il est parfaitement évident qu'Antoine n'alla pas à Saumur; il serait facile de trouver des alibis indéniables [ci.Hist, des cinq propos., t. Il, p. 223).

ET LE JANSENISME. 221

synode de Saumur; ainsi s'expliquerait aussi la signature du fidèle Le Royer qui, n'ayant pas pu aller à Saumur, en aurait profité pour signer en cette seconde occasion. Cette hypothèse peut trouver encore une confirmation dans le fait suivant. Du Mas rapporte, de façon d'ailleurs en partie très erronée, que l'on ne vit le procès-verbal dans le diocèse d'Angers que « plus de douze ans après la souscription faite à Saumur », et il ajoute qu'on ne connut ce texte que « par un pur hazard » et parce qu' « on le trouva écrit sur le dos d'un Augustin de Jansénius par un curé de ce même diocèse nommé Le Royer, autrefois aumônier du prélat..., qui avoit trouvé moyen, par adresse ou autrement, de le transcrire 1... ». Remarquons d'abord qu'il n'y avait pas besoin de tant d' « adresse » pour se procurer copie du procès -verbal, puisque Grandet, ennemi de Henry, put le faire; mais il est à noter que le texte copié par Le Royer et reproduit par Du Mas porte exactement les mêmes souscriptions et dans le même oindre que sur le document donné par Grandet; les quarante-cinq curés ne sont que signalés et la signature de Le Royer clôt la série. Chez deux personnages fort peu amis, comme le furent toujours Grandet et Le Royer, cette similitude absolue de termes tend évidemment à prouver que le texte commun auquel ils eurent recours était dans cette forme et donc qu'Antoine dut signer ou faire signer le procès-verbal écourté postérieurement au synode ; cela enlevait de plus toute raison aux curés de dénoncer l'intrusion, au milieu de leurs signatures, de celle d'un bénéficier imaginaire. Imaginaire semble en effet la chapellenie de la Garenne de Jumelles, dont Antoine Arnauld se trouve pourvu comme par enchantement'^.

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