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CHAPITRE VI

Henry Arnauld et Innocent XI.

Nous verrons l'àpreté avec laquelle, très peu d'années après la paix de l'Eglise, les disputes reprendront, dans le diocèse d'Angers, sur les matières contestées. Frappé dans ses idées et dans ses amis, Henry Arnauld trouva un appui en même temps qu'une consolation auprès du saintsiège, lorsque, le 21 septembre 1676, Benoît Odelscalchi fut élu pape sous le nom d'Innocent XI. Les jansénistes se louèrent de voir ceindre la tiare à un homme digne de la canonisation^ dont « l'éclatante beauté d'âme » recevait les hommages du sévère Giustiniani et de l'apocryphe Gorrer^. Les attaches du pape au parti qu'avait anathématisé Alexandre étaient trop certaines pour qu'il n'eût pas été porté à favoriser tout spécialement les quatre évêques. Aussi ceux-ci s'entendirent-ils pour lui écrire chacun une lettre de congratulation lors de son avènement. Henry Arnauld reçut une réponse personnelle particulièrement gracieuse^, qui ne fait aucune allusion quel-

1. Innocent XI est en voie d'être canonisé (cf. Ingold, Histoire de l'édition bénédictine de Saint-Augustin, p. 411).

2. Voir ces relations dans Moùy, l'Ambassade du duc de Créqui, t. \, p. 79.

3. Le bref adressé par Innocent XI à Henry Arnauld, le 7 avril 1677, est publié dans J. Grandet, t. II, p. 61-62, et aussi dans le t. II des Mémoires historiques sur le Formulaire, p. 261-263.

conque au jansénisme ou aux cinq propositions ; le pape rappelle à l'évêque d'Angers les bons rapports qu'il entretenait avec lui au temps de son séjour à Rome comme abbé de Saint-Nicolas i; il se met de plus à son entière disposition.

Pour bien marquer l'attitude hostile que comptait observer le parti opposé aux quatre évêques à l'égard du nouveau pape, Harlay prit soin de ne pas le féliciter de son avènement au trône pontifical 2, et Louis XIV exprima avec amertume ses sentiments sur les brefs du saint-père aux quatre évêques ^'^. Pomponne, alors secrétaire d'État, le cardinal d'Estrées résidant à Rome, aidés par Favoriti^, ami et confident du pape en même temps que d'Antoine Arnauld, entretenaient Innocent XI dans son affection pour les quatre évêques; aussi, afin d'éviter de faire connaître ses desseins à Pomponne et au cardinal d'Estrées, Louis XIV, ne se souciant pas de l'injure qu'il faisait à son secrétaire d'Etat, en était réduit à demander à Rose de rédiger des dépêches secrètes au duc d'Estrées destinées pour la plupart à empêcher soit la révision des bulles contre Jansénius, soit l'abolition du Formulaire. Le roi

1. « Virtiites quas in persona abbatis Sancti Nicolai complexi olim fuimus apprime reminiscimur easque ad populorum tibi demandatorum profectum et imitationem in excelso positas in praesens agnoscere magnopere gaudemus. » Des copies manuscrites de ce bref furent répandues par les jansénistes. On en trouve une à la bibl. de Troyes, ms. 2462. Gabnelle de Rochechouart-Mortemart, abbesse de Fontevrauld, en réclame une copie au Dr Vallant (lettre du 18 juillet 1677, dans P. Clément, Gabrielle de Rochechouart,p. i3j).

2. Lettre du duc d'Estrées au roi, 6 décembre 1678 : Rome 258, p. i56-i65; dans Michaud, Louis XIV et Innocent XI, t. II, p. 356-357.

3. Lettre du roi à Harlay, de Cambrai;, le 6 avril 1677 ; Lettres de Louis XIV recueillies par M. Rose (éd. Morelly, t. II, Paris-Francfort, 1755, p. 281).

4. Cf. Michaud, Louis XIV et Innocent XL 1. 1, p. 198, 421-428, etc.

savait le pape assez disposé à prendre des mesures de ce genre ^; il le pressentait surtout envoyant « les évéques et les docteurs qui ont soutenu la doctrine de Jansénius comblés des éloges et des grâces du Pape^ ».

Ceux-ci en profitèrent. Henry Arnauld jugea bon de pousser Vialart à faire la première démarche; les excellents rapports que l'évéque de Chàlons entretenait avec Favoriti étaient une garantie sérieuse 3. Vialart envoya donc à Rome, en 1677, sous prétexte de remercîments au cardinal Gibo, un récit de la paix de Clément IX; en même temps, il annonçait au pape une lettre qu'allait lui écrire Tévêque d'Angers; il faisait même quelques allusions à l'abolition possible du Formulaire^; il écrivit encore en 1679'^

En effet, Henry Arnauld prit de nouveau la plume et écrivit, en 1680*^, une longue lettre au pape. Elle roule aussi toute entière sur la paix de Clément IX; il se demande

1. Cf., par exemple, lettre au duc d'Estrées du 21 juillet 1679, dans Michaud, op. cit., t. IV, p. 416-417. Lionne pressait déjà Clément IX, en 1670, d'abolir le Formulaire (Gérin, Louis XIV et le saint-siège, t. II, p. 411).

2. Lettre de Louis XIV (Rose) du 28 septembre 1679 (Rome 262, p. 1 54-153), dans Michaud, op. cit.

3. Voir une lettre autographe de Favoriti à Vialart du 27 décembre 1679 (Bibl. nat., ms. Champagne 10, fol. 70).

4. Vie de Vialart, p. 293-294. La lettre est aux archives Vaticanes, Vescovi, vol. 63.

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