‹ Henry ArnauldChapitre 125 sur 267 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les partis en présence.

« Je loue Dieu, écrivait d* Angers La Rivière, le 6 janvier 1644, au sujet des contestations sur la grâce, je loue Dieu de quoy je suis en un lieu où ces matières sont peu agitées. Il y a peu de personnes icy qui ne soient de l'opinion de Jansénius, et ceux qui n'en sont pas, ou par foiblesse ou par prudence, ne deffendent pas la leur avecque trop de chaleur 1. » Toutes réserves qu'on doive faire sur l'opinion de l'ardent janséniste, qui croit le monde entier converti à ses idées, il ressort du moins avec certitude de cette lettre que le diocèse d'Angers se laissait peu troubler par les querelles sur la grâce avant l'arrivée de Henry Arnauld sur le siège épiscopal. Alors même, les disputes purement idéologiques furent encore écartées par les préoccupations matérielles plus graves de la Fronde, puis par les bruyants manifestes des réguliers. Toujours est-il que le méticuleux archidiacre d'Outre-Loire, Guy Arthaud, qui note avec une fidélité si scrupuleuse les moindres points intéressants de l'histoire ecclésiastique de l'Anjou au temps de Henry Arnauld, ne signale aucune lutte sur le jansénisme dans le diocèse pendant les dix premières années de cet épiscopat; le prélat pouvait écrire en toute

I. « Lettre autographe à Jacques Dupuy : ms. Dupuy 58o, fol. 10 vo.

sincérité au pape, dans sa lettre du 28 août 1661, qu'à ce moment encore l'église d'Angers n'était agitée d'aucune dissension doctrinale^

L'attitude même observée alors par Henry Arnauld est une des principales causes de cette quiétude. Tallemant a raison de dire, en iGSy, que Henry Arnauld allait « bride en main », qu'il ne parlait du jansénisme « ni en bien ni en mal » et qu'il « n'a pas donné prise sur luy^ ». Hermant a aussi très justement noté que, jusqu'en 166 1, « les dispositions de M. d'Angers n'étoient point tout à fait aussi vigoureuses qu'elles furent depuis^ ».

C'est, en effet, à peu près à cette date, lorsque l'évêque eut pris parti aux yeux de tous pour le jansénisme, que dans le diocèse entier, et spécialement à Angers, divers membres du clergé et quelques laïcs se mirent avec ardeur au service des opinions opposées; les uns vont blâmer l'évêque et traverser ses desseins, les autres le louer et l'appuyer jusque dans les pires défaites.

Les places fortes autour desquelles se groupent les antijansénistes angevins sont l'Université et le séminaire.

Parmi les universitaires, nous verrons à l'œuvre, par exemple, le docteur Voisin, qui fut l'un des Frondeurs les plus enragés de l'Anjou^; exilé à Perpignan, rappelé par les soins de Henry Arnauld^, il montra à l'évêque sa reconnaissance en l'accablant de traits haineux et perfides^.

I. « Quietam et nulle dissentione turbatam Andegavensium ecclesiam... » {Epistola... ad Alexandrum Septimum, p. 5).

•2. Tallemant, i//,s/or/e//e5, éd. P. Paris et Monmerqué,t. III, p. 112.

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