Lettres thcologiques, p. 368 et suiv
4. Mandement de S. E. Monseigneur le cardinal de Bissy, evesque
ment avec distinction. S'il voulait en venir aux mesures violentes, il aurait été assurément préférable que l'évêque d'Angers interdît à l'Université tout serment quelconque sur les cinq propositions. C'aurait été assurément un parti extrême, mais autorisé du moins par un usage séculaire et non plus seulement par une fantaisie arbitraire. Il serait d'ailleurs injuste de dissimuler les torts de La Barre, qui, dans cette affaire, sont considérables. Il essaya par tous moyens d'envenimer la lutte. L'équité et même une stricte obéissance aux ordres de la cour auraient consisté à attendre le jugement définitif de Louis XIV; pourquoi le roi aurait-il ordonné l'envoi de mémoires à Ghâteauneuf s'il pensait que l'on préjugerait de sa décision?
Donc le lendemain même (5 mai) de l'ordonnance de Henry Arnauld eut lieu la doctorandede Michel Buhigné, dont Grandet nous a laissé un récit non dénué de verve. La Barre était décidé à exiger du futur docteur le serment sur Jansénius. Ironie du sort! La doctorande se célébrait toujours dans la grande salle de l'évêché, et c'est aux yeux mêmes de Henry Arnauld que l'Université va encourir de gaieté de cœur et en public, avec ostentation, la suspense ipso facto décrétée contre ceux qui prêteraient ou feraient prêter le serment sur le fait. L'évêque gardait cependant quelques illusions, puisqu'il prit ostensiblement place à la fenêtre d'une tribune donnant de ses appartements dans la grande salle.
A l'heure dite, La Barre entra et enjoignit à Jacques Ferrand, président de thèse, d'exiger de Buhigné le serment ^ Ferrand refusa net, disant qu'il avait reçu la veille personnelle notification par exploit de Gravé, appariteur,
de Meaux, par lequel il condamne le livre intitulé : « Lettres théologiques... » (Paris, Sevestre, 1716, in-40), p. 38i et suiv.
I. Cf. l'acte notarié que La Barre fit dresser aussitôt après : Récit. ..y p. 5 et 6.
de la suspense ipso facto qu'il encourrait. Devant cette opposition, La Barre consulta les docteurs présents qui, à l'exception de Chardon, de Mares, chanoine régulier de Toussaints, et de Bourdin^ (lesquels donnèrent des avis moins formels), se rangèrent en forte majorité à l'opinion du chancelier. Ferrand, restant sourd à une nouvelle sommation de La Barre, le maître-école, par une manifeste dérogation aux usages de la Faculté, prend la place de président, et c'est entre ses mains que Buhigné prête le serment. D'ailleurs, celui-ci ne songea jamais à s'y opposer; le nouveau docteur avait quelque chose d'un ironiste; il s'empressa de prêter serment en ajoutant (sans doute avec un sourire) qu'il ne voyait pas « qu'il y aye rien en cela qui puisse déplaire au seigneur évesque'^ ». Buhigné fut, aussitôt, nommément interdit^.
Avant d'aller plus avant et d'arriver à l'arrêt du camp de Ninove, par lequel le roi en son Conseil cassa l'ordonnance du 4 mai avec des considérants qui eurent, à l'époque, le plus grand retentissement, il nous faut éclaircir le rôle joué par certaines personnalités dans les démêlés qui nous occupent, en particulier celui de l'archevêque de Paris, Harlay.
Il existe une courte note, très curieuse, dans les archives ministérielles de Châteauneuf qui nous y aidera^. Elle fournit des renseignements circonstanciés sur les conséquences de l'ordonnance et les préliminaires de l'arrêt de Ninove; en voici le résumé : peu de jours après qu'Antoine Arnauld eut reçu à Paris l'ordonnance d'Angers, il