I. Grandet, t. II, p
leurs informé de cet événement, et il s'en plaignit aigrement au duc d'Estrées^
Mais, à cette époque, fût-ce dans les affaires ecclésiastiques, il était beaucoup plus utile d'avoir pour soi le roi que d'être favorisé par le pape. Aussi l'Université continua-t-elle à agir suivant les ordres de Louis XIV et l'évêque ne songea plus à protester. D'ailleurs, elle put tirer sa vengeance du pape lors de l'affaire des quatre articles. Suivant, avec la plus entière servilité, les fluctuations de Louis XIV, lorsque celui-ci décidait la stricte exécution des constitutions du pape, elle abondait dans son sens; lorsque, au contraire, les tendances gallicanes prévalaient à la cour de France, elle abandonnait ses théories intransigeantes sur l'infaillibilité pontificale et en appelait sans hésiter au concile; le docteur Voisin pouvait prononcer un solennel discours où l'on trouve à l'adresse des papes quelques aménités de ce genre : « Au lieu d'arrouser la cité de Dieu par le cours paisible du fleuve saint, ils l'ont fait nager dans les larmes^. » Sans vouloir être juges des querelles de l'Université avec l'évêque d'Angers, on peut, en tous cas, féliciter ce dernier d'avoir montré plus d'unité et de sincérité dans sa conduite. L'Université lui garda une haine cordiale qui se prolongea outre la tombe; les docteurs, en effet, ne firent taire aucune de leurs rancunes devant son cadavre et commirent aux obsèques de l'évêque une inconvenance qui fut très remarquée 3.