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CHAPITRE V

Henry Arnauld et l'Oratoire.

Henry Arnauld fut, pendant toute sa longue carrière, en relations intimes avec nombre d'Oratoriens. Nous verrons quels excellents rapports il entretenait avec le Père de la Mirande. Mais il semble surtout avoir été lié avec le célèbre et aventureux Père Séguenot, dont les emprisonnements et les exils furent si fréquents. Nous avons, en effet, la preuve que, dès 1640, l'abbé de Saint-Nicolas le traitait avec amitié*.

L'arrivée de Henry Arnauld à Angers allait lui permettre de montrer, pendant plus d'un demi-siècle, sa sympathie pour les fils du cardinal de Bérulle.

Les Pères de l'Oratoire s'étaient, en effet, installés à Angers en 16 19, la reine les ayant recommandés au corps de ville^; bientôt, par contrat passé avec l'Université, ils acquirent la direction du collège d'Anjou 2. L'évêque

1. Voir les lettres à M°»e de Barillon du 26 février, du 12 et du 19 mai 1640, du ler juin 1642 (fol. 38 r», 40 r», 409 ro du ms. fr. 20682; fol. 5o6 vo du ms. fr. 20634). Dans la très intéressante notice que Batterel consacre au P. Claude Séguenot (AfemozVe^ domestiques^ t. III, p. 158-193), il semble dire que les rapports de Henry Arnauld avec le P. Séguenot ne datent que de i656, date à laquelle Séguenot devint supérieur à Tours et connut Rancé à Veretz. C'est donc une erreur.

2. Archives municipales d'Angers, BB 66, fol. 204. Cf. C. Port, Inventaire analytique..., p. 83.

3. Contrat du 18 mai 1624, publ. dans Revue de l'Anjou, i856,

2g2 HENRY ARNAULD

Charles Miron les protégea ouvertement, et Henry Arnauld, lorsqu'il résidait en son abbaye, l'encourageait dans ces tendances : « Vous luy augmenterez, écrit de Rome le Père Claude Bertin à l'abbé de Saint-Nicolas le 8 août 1629, les bonnes dispositions qu'il a pour notre congrégation, qui a besoin de sa protection en son diocèse ^ »

Devenu évêque, Arnauld trouva un appui précieux et solide dans le Père François Bonichon^. Cet oratorien nous a lui-même raconté comment il fit la connaissance de l'évêque en 1649, chez François Lanier, ancien ambassadeur en Portugal, alors qu'Arnauld n'était que désigné pour le siège d'Angers. Cette première entrevue suffit pour l'attacher invinciblement au prélat^ par des liens que la mort seule parvint à relâcher^. Longtemps supérieur, puis curé de Saint-Michel-du-Tertre, ce fut un ardent défenseur de « l'autorité épiscopale », menacée par les empiétements des réguliers^.

ire partie, p. 3i. Cf. Rangeavd, Notices historiques, publ. dans V Anjou historique, 1906, p. 16-18.

1. Lettre autographe du P. Cl. Bertin à M. de Trye : Archives départementales de Maine-et-Loire, fonds de Saint-Nicolas, H 398. Sur Bertin, cf. ms. fr. 20684, f<^^- ^^^ ^°*

2. Les Mémoires de Batterel contiennent une excellente notice sur Bonichon (t. II, p. 470-478) avec une bibliographie précise et abondante de ses œuvres. La note de L. Rondeau [Histoire de la paroisse Saint-Michel-du-Tertre d'Angers, p. 38o et suiv.) est très mauvaise.

3. Ces détails sont tirés d'un ouvrage de Bonichon intitulé : Urhcs ab episcopis conservatas, etc. (Angers, Hermault, 1649), P- 9> ^^ ^^ raconte lui-même cette entrevue. On peut voir cette brochure aux Afî. étr., France 1481, fol. 396 à 426. Sur Lanier, ambassadeur, puis intendant de Bretagne et d'Anjou, cf. C. Port, Dictionnaire, t. II, p. 453, et ci-dessus, p. loi.

4. Mémoires de Feydeau, ms. fr. 18622, p. 87. Feydeau le vit à Angers en i653.

5. Henry Arnauld montra quelle était sa reconnaissance à l'égard de l'humble prêtre en officiant pontificalement à ses obsçques (1662) [Registre paroissial, éd. par L. Rondeau, op. cit., p. 412). Voir, sur

II serait sans intérêt d'énumérer les Oratoriens angevins fréquentés par Henry Arnauld. Il en est un, bien plaisant personnage, que l'évéque connut longtemps à Angers, Pierre Faydit^. Lorsque Faydit devint régent à Gondom, le Père général lui fit de sévères réprimandes sur ce qu'on lui attribuait avec vraisemblance certains « portraits des dames de Gondom » qui couraient la ville. Heniy, ignorant cette histoire, mais sachant que Faydit voulait abandonner l'Oratoire, essaya, dans une lettre du 26 avril 1669, que cite Batterel, de l'empêchera de quitter une congrégation si florissante où, quelque rang qu'il tînt un jour, il ne pourroit être qu'avec honneur, puisque les membres, quels qu'ils soient par eux-mêmes, sont toujours relevés par la beauté et la vigueur du corps auquel ils se trouvent joints ». Négligeons la personnalité peu sympathique de celui auquel s'adressent ces belles phrases; nous voyons du moins quelle affectueuse admiration Henry Arnauld nourrissait pour l'Oratoire. La date de cette lettre prouve même que ces sentiments ne se trouvaient pas diminués depuis cette signature du Formulaire, qualifiée par Hermant de « honteuse », qui fut obtenue des Oratoriens en 16622. Henry Arnauld faisait d'ailleurs partager son amitié et sa confiance à l'Oratoire de Saumur^. Il engagea les fidèles de cette ville à envoyer

la mort de Bonichon et le chagrin qu'en ressentit le prélat, une lettre de J. Chapelain à Henry Arnauld {Correspondance de Chapelain, t. II, p. 283).

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