Ibid., p
8. Ainsi le P. de Seillons, que nous n'avons pas encore cité, qui
fonder son séminaire, il avait confié ceux de ses diocésains voués au sacerdoce ^ Mais, spectateur intéressé plutôt qu'acteur, il n'intervint guère dans les démêlés de l'Oratoire avec l'Université. Un seul épisode, qui touche d'ailleurs plus à l'Oratoire de Saumur qu'à celui d'Angers, nous retiendra.
Le Père André Martin était, dit Batterel^, « un des plus beaux esprits que nous ayons jamais eus », mais peut-être aussi l'un des plus aventureux. Professeur de philosophie au collège d'Angers depuis 1662, il écrivit plusieurs traités sous divers pseudonymes. Sa Philosophia moralis (i653), signée Johannes Camerarius^ fut mise à l'index. Divers ouvrages écrits ensuite par lui sous le nouveau nom d'Ambrosius Victor eurent le même sort. On comprend « le vacarme », comme dit Batterel, qu'excitèrent à Angers les leçons de cet admirateur passionné de saint Augustin en même temps que de Descartes.
En 1670, il était professeur à Saumur, et son enseignement excita tant de critiques que le « Conseil » de l'Ora-
fut recteur de l'Université, et auquel Henry Arnauld envoya avec dédicace ses Statuts (cf. l'inventaire après décès (17 10) du Père, Archives départementales de Maine-et-Loire^ fonds non classé de l'Oratoire d'Angers). Le P. Piquery, qui fut supérieur, était en relations avec Antoine Arnauld (cf. lettre du prince de Tarente à Henry Arnauld du i5 mai 1671 : Aff. étr., France 1488, fol. 847).
1. Cf. Statuts et ordonnances, p. 481 (statut synodal de i65i), et Grandet, t. I, p. 40 et suiv. D'ailleurs, Henry Arnauld tenta de leur donner la direction de son séminaire lorsque les disputes du jansénisme se furent échauffées. Le Père de Sainte-Marthe, général, s'y refusa (cf. Grandet, t. I, p. 245 et suiv.).
2. Mémoires domestiques, t. HI, p. 518-529, bonne notice sur ce Père, à laquelle nous aurons souvent recours; la bibliographie des œuvres de Martin est particulièrement abondante. Le P. Griselle {Silhouettes jansénistes, dans la Revue d'histoire littéraire, 1910) cite ce mot : « Le P. Baron (de l'Oratoire) dit que le P. Martin a bonne volonté, mais qu'il a l'esprit tortu. » Sur Martin, on peut voir aussi, du même auteur, Pascal et les Pascalins, p. 48.
toire dut lui adresser des réprimandes; il continua cependant à soutenir des thèses ou à publier des traités qu'il dédia à Buzenval, à Coislin, évêque d'Orléans, ou à Nicolas Colbert, évêque de Luçon : les noms seuls de ces prélats montrent suffisamment quelle était sa doctrine.
La thèse dédiée à saint Augustin^, que le Père Martin fit soutenir à Saumur le 8 août 1674, eut un retentissement encore plus grand. Villemandy^, professeur de philosophie à l'Académie protestante, présent à la discussion, aurait, en public, félicité le Père Martin d'avoir un enseignement qui se rapprochait fort du sien. Les prêtres du séminaire d'Angers ne manquèrent pas d'envoyer des rapports à Paris : si l'on en croit Joseph Grandet, la thèse fut comblée d'anathèmes; un docteur de Sorbonne aurait dit que, si quelqu'un en demandait l'examen à la Faculté, la « censure s'en feroit à voilée de bonnet^ ». Un exemplaire fut remis au nonce; un autre à l'archevêque Harlay. L'effet fut rapide.
Le 24 octobre 1674, Tévêque d'Angers reçut une lettre du roi : elle était accompagnée de quelques lignes de Chàteauneuf^. Le roi accuse le Père Martin de soutenir les cinq propositions : « Je vous fais cette lettre, dit-il à l'évêque, pour vous dire qu'incontinent après l'avoir reçue vous ayez à donner les ordres que vous estimerez nécessaires pour faire cesser les disputes sur ces propositions. »