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CHAPITRE VI

Henry Arnauld et les Visitandines.

La fondation du monastère de la Visitation d'Angers remonte à i635^ A la prière de Guy Lanier^, abbé de Vaux, M""^ de Chantai envoya des religieuses à Angers. Elles s'installèrent le 29 décembre i635, avec l'autorisation de la ville^.

Henry Arnauld commença, pendant la Fronde, à s'acquérir des droits à leur reconnaissance. Le monastère étant menacé durant le siège, il s'entremit, auprès du roi, pour le faire préserver^.

1. Renseignement tiré, comme beaucoup de ceux que nous donnerons, du ms. de la Mazarine 2484, qui contient des notices rédigées dans chaque monastère de l'ordre sur sa propre histoire. Celle sur Angers, rédigée en 1698, se trouve aux p. ii6-i5o.

2. Sur Guy Lanier, abbé de Vaux en Saintonge, puis archidiacre, officiai et grand vicaire de Henrv Arnauld, cf. Grandet, t. I, p. 82 et suiv.; Dom Chamard, Vie des saints personnages de l'Anjou, t. III, p. 279. Il était l'oncle de La Brunetière, grand vicaire de Paris, puis évêque de Saintes (cf. Grandet, t. I, p. i35), correspondant de Vincent de Paul, ainsi que de Françoise de Chantai. Cf. article de Joseph Denais, Revue du monde catholiquej lermars 1891, p. 412-419.

3. Mazarine 2434, p. 177; Archives municipales dAngers, BB 74, fol. 202 (cf. C. Port, Inventaire^ p. 95).

4. « Mgr Henry Arnault, notre évêque, voulant nous marquer ses soins..., s'estoit rendu auprès du Roy et de la Reyne, de la bonté desquels il obtint deux gardes pour nous préserver des insultes ordinaires d'une milice elfrénée » (Mazarine 2484, p. i33).

HENRY ARNAULD. 3oi

Comment, en effet, Tévêque d'Angers ne se serait-il pas senti lié d'une affection toute spéciale avec les sœurs de la Visitation; son admiration pour M™^ de Chantai était immense. « C'était certainement, écrit-il après qu'elle fut morte à Moulins, la plus grande religieuse de ce siècle et qui avoit en éminence toutes sortes d'excellentes qualités ^ » Il eut aussi part à la tendresse de saint François de Sales, qui l'appela fils et même frère^. On connaît d'ailleurs, par un des plus séduisants chapitres du Port-Royal de Sainte-Beuve, les rapports qu'entretenait saint François avec la mère Angélique^. Arnauld d'Andilly avait aussi pour le saint, de son vivant même, une vénération singulière^. De telles amitiés rejaillissaient sur la famille. Est-ce grâce à sa sœur ou encore à cause des souvenirs personnels qu'il avait de l'évêque de Genève? Toujours est-il que Henry Arnauld lui conserva une dévotion parti-

1. Lettre de Henry Arnauld, du 21 décembre 1641, au président ou à la présidente Barillon (ms. fr. 20634, fol. 3o3 vo).

2. « Mon frère de Saint-Nicolas, qui a été si heureux et honoré que d'être appelé fils par votre bienheureux père... » (lettre de la mère Angélique à Mme de Chantai du 9 novembre 1637, éd. d'Utrecht, t. I (1742), p. 121). La mère Agnès dit avoir en mains une lettre de l'évêque de Genève à Mme Le Maître appelant Henry Arnauld son « bon frère » (lettre de la mère Agnès à Henry Arnauld du i5 décembre 1664, éd. Feugère, t. Il, p. 194).

3. Port-Royal, t. I, p. 206 et suiv. Il y aurait d'ailleurs bien des choses à ajouter; MM. Depoin et Dutilleux ont mis en lumière le séjour de saint François de Sales à Maubuisson avec la mère Angélique d'après le registre de professions conservé à Pontoise {l'Abbaye de Maubuisson, ire partie, p. 49). C'est grâce à la mère Angélique que Marie-Louise de Gonzague, reine de Pologne, fonda à Varsovie un couvent de Visitandines (Brienne, Mémoires, éd. Bonnefon, t. I, p. 344).

4. Mémoires d'Arnauld d'Andilly (coll. Michaud et Poujoulat), p. 441; de même Antoine Arnauld, voir [Larrière], Vie d' Arnauld, t. I, p. 8 de l'éd. in-S». Saint-Cyran était un grand admirateur de François de Sales et était lié avec Mme de Chantai ainsi qu'avec plusieurs Visitandines (cf. Recueil d'Utrecht, p. i5i et passim).

culière. Il prit même la peine de recopier de sa main une lettre que lui écrivit d'Annecy une fille de la Visitation d'Angers et où l'on voit tous les éloges que décernait le saint à la mère Angélique ^

Ajoutons que les hommages dont l'évêque d'Angers voulut entourer saint François de Sales lors de sa canonisation dépassèrent en splendeur tout ce qu'on aurait pu croire. Henry Arnauld se trouvait à La Flèche au moment où la supérieure de la Visitation de cette ville reçut le décret de la canonisation, le i5 octobre 1666; il vint aussitôt faire chanter le Te Deum dans l'église du couvent, et il présida en personne aux fêtes qui se déroulèrent dans ce monastère du 22 au 3o janvier 1667 2. Du Fossé nous a laissé un récit circonstancié des cérémonies qui eurent lieu à Angers, du 1^^ au 16 mai 1667, dans l'église de la Visitation, auxquelles Henry Arnauld figura régulièrement^ et où il se montra « l'un des plus zélés pour la gloire du grand prélat^ ». En cette occasion, l'illustre oratorien Mascaron prêcha le i®'" mai^.

A Saumur, de même, pendant huit jours à partir du 18 juin 1667, Henry Arnauld présida les fêtes données en l'honneur de saint François; il en profita même pour conférer les ordres mineurs et la confirmation dans l'église même de la Visitation^.

1. Lettre autographe de Henry Arnauld, non datée, ms. fr. 19784, fol. 61.

2. Extrait de la lettre-circulaire envoyée en janvier 1667 par la Visitation dr La Flèche aux autres monastères.

3. Mémoires de Du Fosse (éd. de la Soc. de l'hist. de Normandie), t. III, p. 33 et suiv.

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