‹ Henry ArnauldChapitre 209 sur 267 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

L' « Apologie pour les casuistes ».

Les Provinciales avaient donné l'éveil à tous les ennemis des mauvais casuistes et de leur morale relâchée; mais la lutte ouverte ne s'engagea que par le démêlé bruyant et très connu du curé de Saint-Maclou de Rouen avec le Père Brisacier, recteur du collège. Les curés de Rouen, se solidarisant avec leur confrère, rapportèrent aux curés de Paris l'objet de la querelle. Cette affaire, purement locale dans son origine, fut portée devant tous les curés de France par une lettre-circulaire que ceux de Paris leur adressèrent à la date du i3 septembre i656^ Le but de cet appel solennel, dans lequel les casuistes sont dénoncés comme « auteurs scandaleux... » qui corrompent la morale chrétienne, était de porter tous les ecclésiastiques à requérir de l'assemblée du clergé la condamnation de cette pernicieuse doctrine. Par une seconde lettre, écrite peu après, les curés de Paris recommandèrent à ceux des provinces d'avoir à proposer leur demande de censure à l'évêque diocésain 2.

1. Advis de Messieurs les cure^ de Paris à Messieurs les cure^ des autres diocèses de France... Paris, i656, in-80.

2. Cette lettre du 20 octobre i656 est contenue dans Sommaire de la harangue de Messieurs les curés de Paris prononcée... en l'Assemblée générale du clergé de France... le i3 octobre / ^5^ (Paris, i656, in-80).

En même temps parvenait à l'assemblée la requête du clergé parisien , où l'on peut trouver Texpi'ession de « cloaque infect de toute vilenie » appliquée à la morale des casuistes. Ces termes n'étaient pas faits pour calmer les passions. Les libelles lancés de part et d'autre achèvent d'envenimer la lutte. Godeau, l'évêque des ruelles, versifie une lettre à tous les évêques^ pour compléter l'eftet de celle des curés à tous les curés.

L'assemblée du clergé se sépara sans statuer. Les Jésuites auraient mieux fait assurément de profiter de ce silence qui leur était favorable. Déjà, dans sa lettre du 17 septembre i636"^ à son frère Henry, Antoine Arnauld n'osait espérer que quelqu'un se chargeât de préciser, et même de défendre, les principes des casuistes. La Compagnie de Jésus eut le tort de permettre à l'un des plus maladroits de ses membres, le Père Pirot, de jeter dans la lutte ce lourd pavé qu'est V Apologie pour les casuistes^. Assurément, un grand nombre des casuistes en cause étaient jésuites; mais au Père Pirot est due la faute d'avoir montré que Tordre même prenait pour lui les attaques dirigées contre quelques-uns de ses membres. De plus, le même Pirot, faisant dévier la question par un tour de main qui lui semblait habile, ouvre nettement le feu contre les jansénistes. Assurément, entre les problèmes de la grâce et ceux de la morale, il n'y a aucun rapport: mais le jésuite espère affaiblir tous ses adversaires en faisant fîotter autour des uns comme des autres le spectre du jansénisme. Maladresse insigne, certes, et confusion^

1. Contre la mauvaise morale du temps... ^ s. 1. n. d., in-80, 20 p.. par M. A. G. E. D. V.

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