I. Ci-dessus, p
m'avez écrite du 24 du mois passé, j'ai remarqué que la difficulté que vous apportez à soutenir et faire souscrire les ecclésiastiques et les communautés des religieuses de votre diocèse au Formulaire de profession de foi, fait et dressé en l'assemblée générale du clergé de France le 17 mars 1657 contre la doctrine de Jansénius, est fondée sur ce que vous estimez que j'aie été surpris lorsqu'on m'a fait entendre que le bref de N. S. P. le Pape du 2 août 1662 servoit de réponse au contenu de la lettre par vous écrite à Sa Sainteté sur ce sujet. Comme j'avois bien prévu que vous vous serviriez de ce prétexte pour différer la signature dudit Formulaire, j'avois aussi pressé le sieur archevêque de Caesarée, nonce de Sa Sainteté près de moi, pour le porter à donner au plus tôt réponse à votredite lettre; à quoi ledit sieur nonce ayant satisfait, il m'a assuré que Sa Sainteté lui avoit positivement mandé que ledit bref du i^"" août 1Ô62 servoit de réponse à votre lettre et que Sa Sainteté s'étoit abstenue de vous écrire parce qu'elle ne l'auroit pu faire sans réprimande. Sa Sainteté même avoit bien expressément chargé ledit sieur nonce de vous le faire savoir, ainsi que j'estime qu'il aura fait. Et, comme à présent vous ne pouvez plus douter des intentions de Sa Sainteté, après les certitudes que je vous donne de ce que ledit sieur nonce m'a rapporté, je vous fais cette lettre pour vous dire que, sans plus de remise ni de difficulté ni sous quelque prétexte que ce puisse être, vous ayez à procéder et faire procéder incessamment dans l'étendue de votre diocèse à la signature dudit Formulaire, conformément à l'arrêt de mon Conseil d'État du i^r mai dernier et au bref ci-dessus énoncé; lesquels étant justes, je ne pourrai me dispenser d'appuyer de mon autorité pour les faire ponctuellement observer et exécuter. Ce qui m'oblige de vous exhorter d'accomplir ponctuellement mon intention, vous assurant que vous me ferez chose qui me sera d'autant plus agréable qu'elle regarde la gloire de Dieu, le bien, l'utilité et l'avantage de son Église. Cependant, je le prierai qu'il vous ait, M. l'évéque d'Angers, en sa sainte garde. Fait à Saint-Germain-en-Laye, le 28^ jour d'août 1662.
(Signé :) Louis.
(Et plus bas :) Phélypeaux.
(G. Hcrmant, Mémoires^ 1. XXIX, ch. ix.)
Lettre de Henry Arnauld à Choart de Bu:{enval^ évéque de Beauvais^.
(6 février i665.)
Monseigneur,
Je ne saurois assez vous témoigner avec quelle joie j'ai vu votre lettre du i3 janvier, qui ne m'a été rendue que depuis peu de jours, que vous n'avez pas été mal satisfait de la liberté avec laquelle je vous ai dit mes sentimens.
Mais comment pourrois-je vous exprimer jusqu'à quel point j'ai été touché de la copie de votre lettre au Roi que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer? Elle est si digne, Monseigneur, de la générosité des premiers siècles, que je ne saurois trop louer Dieu de la grâce qu'il vous fait de vous remplir de son esprit pour soutenir les intérêts de son Église et une dignité qu'il a laissée en partage à ses apôtres. Que si S. M. n'a pas reçu cette lettre comme vous auriez dû l'espérer, à cause qu'il n'y a pas d'artifices dont les Jésuites ne se servent pour lui déguiser la vérité, je ne laisse pas d'espérer que les lumières de son esprit dissiperont un jour ces ténèbres et qu'alors S. M. vous saura gré de ce que votre zèle pour l'Eglise et votre passion pour son service vous ont fait lui représenter sur des choses si importantes à l'un et à l'autre, dans un temps où les mauvais offices par lesquels on la préoccupe ne lui rendent pas cette liberté agréable. Le zèle. Monseigneur, et la fidélité que nous devons avoir pour ceux que Dieu même nous oblige d'honorer consiste à faire pour eux non ce qu'ils désirent de nous selon les préoccupations de leur cœur, mais ce qui leur est véritablement avantageux et glorieux selon Dieu et la vérité. Toute autre sorte d'obéissance n'est qu'une complaisance humaine et intéressée, et Dieu la regarde comme une véritable infidélité, puisque par là on précipite les princes dans ce qui fera le comble de leur malheur en l'autre vie et ce qui peut attirer sur eux-mêmes en ce monde les fléaux et les châtiments dont Dieu punit quelquefois de semblables entreprises.