‹ Henry ArnauldChapitre 25 sur 267 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Seconde mission a Rome (1645- 1648).

[On remarquera que ce chapitre ne contient aucune note justifiant les assertions du récit. L'auteur se réservait de les mettre après sa rédaction achevée, au moyen des documents recueillis par lui à Rome et au dépôt des Affaires étrangères. — Il n'a pas semblé possible de suppléer avec assez de certitude à cette absence de références pour essayer de l'entreprendre.]

Lorsque Heniy Arnauld reçut l'ordre de prendre la route de Rome, il y avait vingt ans presque jour pour jour qu'il cheminait en sens inverse, quittant l'Italie pour rentrer en France. L'abbé de Saint-Nicolas, bientôt quinquagénaire, allait trouver l'écheveau des affaires italiennes aussi embrouillé qu'au temps où il apprenait le métier diplomatique à l'école du cardinal Bentivoglio. La France et l'Espagne n'avaient cessé de s'en disputer les meilleures pièces. Richelieu avait agrandi le prestige de l'influence française et nos forces s'appuyaient sur la nouvelle alliance savoyarde. Mais le roi catholique n'en gardait pas moins l'avantage par son royaume de Naples, par son Milanais, par ses présides de Toscane, qui le faisaient prince et roi italien.

La mort du pape Urbain VIII avait écarté l'un des principaux obstacles à la prépondérance française dans la

péninsule. L'élection d'Innocent X, son successeur, contre lequel Mazarin avait prononcé une exclusive formelle, amena de nouvelles dissensions. La politique romaine de Mazarin présente alors une série de revirements, de heurts étranges expliqués par une colère impuissante à se contenir. Rompant brutalement avec le pape dès la fin du conclave, il rappela l'ambassadeur Saint-Ghamont et disgracia le cardinal Antoine Barberini, protecteur des affaires de France, les accusant de connivence avec l'Espagne dans l'élection du pape. Le résultat de cette exécution sommaire éclata à tous les yeux : la France restait dans un périlleux isolement ; le cardinal Antoine Barberini, ses frères, dom Thaddée, préfet de Rome, et le cardinal François, neveux d'Urbain VIII, restés très puissants, tournaient leurs regards vers l'Espagne. Une première volte-face ne coûta rien à Mazarin. Il envoya en novembre 1644 Grémonville, ambassadeur à Venise, faire ses soumissions à Innocent Xet lui porter de pieuses impostures. Grémonville eut l'ordre de dire que la disgrâce du cardinal Antoine et de l'ambassadeur provenait de raisons étrangères à l'assomption au pontificat d'un personnage éminent désigné par la Providence divine. Pour rendre son repentir plus éloquent, Mazarin se dépouillait de l'opulente abbaye de Corbie, la seconde du royaume, en faveur du cardinal Pamphili, neveu du pape. Le cardinal accepta le présent; mais son oncle ne se laissa pas toucher par les arguments de l'ambassadeur.

Dépité de cet échec, Mazarin s'orienta à l'inverse. Bien qu'il eût cherché à discréditer les Barberini auprès du pape, il se tourna de leur côté. Leur conduite, qu'il avait naguère qualifiée d'irrémissible, lui parut vénielle. Il se découvrit même pour Antoine une tendresse insoupçonnée. Les biens immenses des trois frères dus au népotisme d'Urbain VIII excitaient des convoitises ardentes; aussi

furent-ils empressés à accepter une puissante protection offerte ouvertement. Ils jugèrent même prudent de fuir le voisinage du château Saint-Ange pour se mettre en la sauvegarde directe du roi de France. Sous le prétexte d'une promenade d'agrément dans la campagne, Antoine Barberini quitta Rome le 27 octobre 1640. François et Thaddée ne tardèrent pas à le suivre en France. Le pape les poursuivit aussitôt de ses censures et leur réclama des comptes au nom de l'Etat ecclésiastique; il prononça aussi la séquestration des émoluments de leur charge. Mazarin répondit à ce traitement en chargeant le chancelier Séguier de donner lecture publique au nonce d'un discours provocant. Spada dut écouter les dures paroles qui exposaient au grand jour « l'aversion extrême que le pape fait paroître pour la couronne » et affirmaient que le roi d'Espagne « possède Rome comme son propre trône ».

C'est auprès de ce « trône espagnol » que Mazarin se décida à envoyer Henry Arnauld. Un tel choix ne pouvait être agréable au pape. Innocent X ne tenait Antoine Arnauld qu'en estime médiocre. Le nonce Spada s'empressa de lui faire remarquer que l'envoyé de France était le frère de l'auteur peu recommandable de la Fréquente communion et du livre tout récent qui rabaissait la primauté de Pierre. Le nom de Henry Arnauld aurait pu être lavé de cette tache s'il avait été décoré du titre d'ambassadeur; mais Mazarin ne voulait pas faire cet honneur au pape. Il avait simplement besoin d'un représentant pour préparer une expédition militaire contre les possessions de l'Espagne en Italie.

Les instructions de l'abbé de Saint-Nicolas se résument aisément en quelques mots : amoindrir l'influence espagnole. Les moyens employés seront : la lutte pour les Barberini, devenus ennemis du pape et de l'Espagne ; la meurtrissure persévérante des deux plaies que l'Espagne

avait reçues par la révolution portugaise et la conquête de la Catalogne par les Français. Henry Arnauld devait donc s'efforcer d'obtenir le rétablissement des Barberini dans leurs charges et, sous le couvert des intérêts supérieurs de la chrétienté, faire pourvoir les bénéfices portugais à la nomination du roi Jean IV, ceux de Catalogne à la nomination du roi de France. En mettant fin à des vacances épiscopales préjudiciables à la foi, le pape aurait reconnu les droits des nouveaux souverains sur les pays conquis. — Enfin, dans le reste de l'Italie, Arnauld recevait la mission d'attirer les princes par des prières, des faveurs ou des menaces.

Rien de plus simple et de mieux ordonné que ce vaste plan auquel Mazarin, Brienne, Servien et surtout Lionne avaient collaboré. La belle ordonnance en est singulièrement déparée lorsqu'on découvre le fond des choses. Les instructions de Saint-Nicolas effleurent à peine les intérêts personnels de Mazarin. La suite de cette histoire prouvera que l'envoyé de France en Italie devait chercher avant tout à les servir. Le ministre voulait assouvir une vengeance et obtenir une grâce qui comblerait sa fortune. Arnauld avait l'ordre d'arracher à Innocent X l'extradition du comte de Beaupuy, réfugié dans les Etats de l'Eglise. Mazarin jugeait utile à sa sécurité et à sa gloire de traduire en justice l'un des principaux complices du duc de Beaufort, dont la conspiration avait mis sa vie en péril. — Il recherchait enfin, avec une égale ardeur, un privilège qui l'aurait exalté au niveau de Richelieu : le chapeau de son frère, le dominicain Michel Mazarin.

Henry Arnauld partit avec ce bagage disparate, où les petites vues d'un ambitieux se confondaient avec les plus grands projets. Il en mesura tout le poids et ressentit d'abord une sorte d'accablement. Dans cet emploi, écrit-il à Servien, « il sera très difficile qu'il ne se rencontre beau-

coup d'épines; mais, après y avoir apporté toute la passion, tout le soin et toute la fidélité qui pourront dépendre de moi, il faut se résoudre à remettre tout le reste entre les mains de Dieu ». Il quitta Paris le 17 décembre 1645, ■ accompagné de l'aimable abbé Antoine Arnauld, son I neveu. Sa complexion « extraordinairement délicate » et " sa santé débile menacée par un rhume persistant firent craindre à ses amis les fatigues de la route. Par Lyon et Avignon, il gagna Marseille, d'où il partit le 14 janvier pour Toulon. Très féru des plaisirs de la société, l'abbé Antoine trouva son bonheur dans ce lent voyage. Il relate, non sans complaisance, leur visite à Aix, où l'archevêque, Michel Mazarin, les combla de civilités un peu importunes. Les vents contraires les forcèrent à faire plusieurs escales, ce qui leur donna le loisir d'apprécier les draps jasminés du prince de Monaco et de goûter la conversation de Hyacinthe Serroni. Les voyageurs quittent Gènes le 3o janvier et prennent par Fornoue le chemin de Parme.

Parme était la première étape diplomatique de Henry Arnauld, et non l'une des plus aisées. Ses instructions le chargeaient d'attirer le duc Odoard Farnèse dans l'alliance française. Mazarin attachait à la résolution d'Odoard une grande importance. De sa réponse dépendait le programme d'une campagne prochaine destinée à « porter le dernier coup aux Espagnols dans l'État de Milan », limitrophe du Parmesan. — Arnauld marchait à un insuccès assuré. Certes, Farnèse recevait une pension de la France, mais les arrérages en étaient mal payés; il avait été l'ami de Richelieu, mais il éprouvait pour Mazarin une profonde antipathie. Sa répugnance fut portée à l'excès lorsqu'il vit le ministre protéger la famille d'Urbain VIII, qui l'avait excommunié et s'était emparé d'une partie de ses États. Cette amertume aurait pu être adoucie par l'octroi d'une grâce presque promise ^ son frère le cardinal

François : la protection des affaires de France à Rome.

L'abbé de Saint-Nicolas, chargé de défendre les Barberini et d'apporter le brevet de la protection à un autre prince, avait tous les titres pour être mal reçu à Parme. Il alla trouver le duc à Plaisance, où il résidait alors, et en obtint deux inutiles audiences. Lorsqu'il proposa au duc de joindre ses troupes aux armées françaises en Lombardie, il n'eut comme toute réponse qu'un sourire ironique dont l'annonce combla Mazarin d'irritation.

Les Farnèse voulurent néanmoins offrir quelques réjouissances à l'envoyé de France. Les fêtes ne se ressentirent pas moins de leur mauvaise humeur que des neiges qui couvraient la campagne et la ville. Les dames, assises comme au sermon-, apportaient, dans ces fades divertissements, leurs chaufferettes. Odoard joua, lui-même, le rôle de capitan de comédie, en invitant Arnauld à une montre de ses armées. Pour finir, il lui dit, d'un ton de bravache, « qu'il falloit choisir des Barbérins ou de lui et que, si on préféroit, il chercheroit un protecteur ». Il avouait ainsi, à visage découvert, son penchant pour l'Espagne.

Ayant quitté Plaisance le 1 1 février, l'abbé de Saint- Nicolas n'arriva que le i5 à Modène, par suite des inondations du Taro. Le duc de Modène, François d'Esté, lui réservait un tout autre accueil qu'Odoard, son beau-frère : la maison d'Esté allait recevoir un présent riche et convoité, d'autant plus remarquable que les Farnèse n'avaient pas réussi à l'obtenir. Henry Arnauld était porteur du brevet de protecteur à Rome pour le cardinal Renaud d'Esté, frère du duc François. Ce don magnifique pouvait atteindre, avec les émoluments, les propines, les abbayes annexées, une somme annuelle de 60,000 livres. Le duc de

Modène parut rempli d'une reconnaissance extrême, accrue par la sourde rivalité qu'il nourrissait à l'encontre des Farnèse. Mazarin prétendait être largement payé de retour. L'abbé de Saint-Nicolas obtint sans peine le sacrifice d'une haine de famille contre les Barberini; mais les instructions ministérielles lui commandaient d'exiger non des phrases creuses, mais une déclaration formelle en faveur de la France. Arnauld ne devait user ni d'artifices ni de prières, mais dire « qu'il est envoyé par un grand Roi victorieux de ses ennemis, qui fait grâce et faveur à ceux à qui il offre son amitié et sa protection ». Il aurait eu grand tort de parler aussi haut; il usa de termes moins arrogants. Pénétré de sympathie pour la France, le duc lui exposa franchement le danger que ses faibles Etats ne manqueraient pas de courir s'il accédait aux désirs de Mazarin. Voisins du Milanais et des Légations, ils seraient menacés d'une invasion espagnole appuyée parles troupes pontificales. Il promit son concours le jour où les armées françaises pénétreraient en Italie, surtout si le duc d'Enghien venait y promener ses enseignes victorieuses.

Le cardinal d'Esté, du moins, se proposait de servir la France comme sa propre patrie; il résolut de partir incontinent pour Rome. Mais, auparavant, il pressa vivement Saint-Nicolas de faire supprimer l'office de comprotecteur. Ce démembrement de sa charge lui semblait aussi blessant que l'envoi dans son palais d'un secrétaire français. Arnauld le rassura de son mieux. Le cardinal lui donna une riche gantière d'or et ne cessa de lui prodiguer des assurances d'estime et d'amitié qui se traduiront dans l'avenir par des effets très sincères. Autant la maison de l'abbé avait été déserte à Plaisance, autant elle était fréquentée à Modène par les principaux de la ville. Son neveu eut la permission de danser au bal de cour, mains dégantées, malgré la jalousie des maris.

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Le 23 janvier, Henry Arnauld prit congé du duc, qu'il laissa très prévenu en faveur de la France. De là, il passa à Bologne, où les Bentivoglio le reçurent amicalement, à défaut du légat pontifical, qui feignit d'ignorer sa présence. Il se dirigea ensuite vers Florence. A quatre milles de la ville, il rencontra Mgr Bentivoglio, nonce du pape, et son frère le marquis, venus pour lui faire une escorte d'honneur; ils l'accompagnèrent le surlendemain à Livourne, où se trouvait le Grand-Duc. Arnauld accepta leur société avec d'autant plus d'empressement que Mazarin lui avait commandé de se confier entièrement au nonce et « de se gouverner selon que lui-même témoignera le désirer ». Ce n'est pas l'un des moindres paradoxes de cette mission à Florence que de voir le nonce servir de conseiller à l'envoyé d'un souverain qui avait rompu avec le pape lui-même. Les mœurs du temps admettaient que les agents pontificaux fussent assez oublieux de leurs devoirs pour devenir les serviteurs stipendiés d'une puissance. Saint-Nicolas n'eut pas lieu d'en être surpris; il connaissait de trop longue date le neveu du cardinal Gui Bentivoglio pour hésiter à lui accorder entière créance. Malgré l'étrange imprécision et les réticences de ses instructions, il manœuvra habilement. Le nonce lui vantait les bons sentiments du grand-duc Ferdinand et lui conseillait d'agir avec lui à cœur ouvert. Arnauld, profitant des leçons de Brienne qui lui enseignaient « la dissimulation au dernier point », comme une vertu essentielle, resta sur la réserve. Il eut raison, car Mazarin le laissait s'enferrer et, sans lui en rien dire, considérait presque Ferdinand II comme son ennemi déclaré.

Ses craintes étaient exagérées. Le bruit commençait à courir que la France entreprendrait une prochaine expédition contre les ports toscans appartenant à l'Espagne. Ferdinand II se trouvait dans une situation ambiguë qui

lui interdisait de prendre un parti catégorique. Une déclaration en faveur de l'un ou de l'autre des belligérants précipitait en Toscane l'invasion et le pillage. Assurément sa neutralité resterait sympathique à l'Espagne, dont son frère le cardinal Jean-Charles était pensionné. Aussi Henry Arnauld ne put-il emporter de ses audiences que des paroles gracieuses. Le Grand-Duc s'étendit sur ce que la France noircissait à plaisir tous ses actes et l'accusait, sans l'ombre de raison, d'inspirer la politique pontificale. Mais, lorsque son interlocuteur en vint à lui dire que des actes formels dissiperaient seuls les soupçons, il s'embarrassa dans des déclamations imprécises. Quant aux Barberini, Arnauld comprit que « la haine que l'on a ici contre toute cette maison n'est pas imaginable ».

L'abbé de Saint-Nicolas fit bonne figure. La politesse officielle ne l'empêcha pas d'entendre à son départ des quolibets blessants : « Prenez Milan, lui disait-on en souriant, et puis vous verrez ce que l'on fera. » Il partit le 9 mars dans la direction de Rome. Avant d'arriver à Sienne, son carrosse versa. Il fut blessé à la cuisse, ce qui le contraignit d'achever son voyage en litière. Arrivé à Rome le 17 mars, il s'en alla loger chez le cardinal d'Esté, sous les fleurs de lis.

Depuis son départ de Paris, trois mois auparavant, l'animosité de la France pour la cour romaine s'était chargée d'un venin plus amer. Les Barberini, qu'il rencontra à Cannes, lui dirent comment ils avaient dû quitter Rome la nuit, en secret. Après le cardinal Antoine, le cardinal François et dom Thaddée, le prince préfet, se réfugiaient en France. Le préfet emmena ses enfants à pied, sous un déguisement, laissant seule à Rome sa femme, la courageuse Anne Colonna. Apprenant ce départ mystérieux, le

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pape « trépigna de dépit et en oublia de dire sa messe ». On alla jusqu'à le comparer au cruel Hérode persécutant « les pauvres Innocents ». L'hyperbole est forte et l'accusation de Lionne prétendant que « le Pape alloit sapant peu à peu les fondements de la maison Barbérine pour enrichir ses parents de sa dépouille » peut-être excessive. Mais il faut avouer que le pape les traitait avec une rare âpreté. Donna Olimpia, sa puissante belle-sœur, commandait au cavalier Bernin des comédies où ils étaient couverts de boue. Ils avaient déféré aux ordres pontificaux leur imposant de rendre compte des deniers ecclésiastiques qu'ils avaient employés sous Urbain VIII. Innocent X trouva leurs justifications illusoires et leur imposa une amende quotidienne de cinq cents écus jusqu'à ce qu'ils en apportassent d'autres. Il fulmina une bulle interdisant aux cardinaux de quitter ses Etats sans autorisation formelle, ce qui lui permit de considérer ses ennemis comme contumaces et de saisir l'ensemble de leurs biens. Mazarin répondit à la bulle en défendant aux Barberini de quitter la France; le procureur général s'en porta appelant. Ainsi, les foudres pontificales dépassant leur but allaient frapper le trône lui-même.

Les hommes qui représentaient la France à Rome en l'absence d'ambassadeurs étaient incapables d'arrêter les hostilités. Valençay se trouvait être le seul cardinal français et Mazarin se méfiait trop de son esprit d'intrigue pour lui commettre aucune négociation importante. Autour de lui évoluait une nuée de nouvellistes, de comparses, d'espions payés par Mazarin, au nombre desquels l'homme d'affaires du ministre, Elpidio Benedetti. Une seule personne jouissait à Rome de la confiance absolue de Mazarin, le cardinal Jérôme Grimaldi, ancien nonce en France.

Pendant que l'abbé de Saint-Nicolas négociait à Parme,

à Modène et à Florence, Mazarin achevait son triple plan de campagne contre les Espagnols pour l'année 1646. Il comptait les attaquer à la fois en Flandre, en Catalogne et en Italie. Or, ce fut Grimaldi qui, devant l'échec certain du projet de ligue française entre les princes italiens, décida Mazarin à une guerre maritime. Il lui envoya des dépêches longues et précises pour démontrer les moyens d'arracher à l'Espagne les Présides de Toscane et l'île d'Elbe, qui serviraient ensuite de base d'opérations contre le royaume de Naples. Dans ce projet habilement machiné, Grimaldi visait aussi Innocent X, qu'il détestait. Une manifestation armée contre le pape l'aurait vengé des mauvais traitements qu'il recevait de lui. Il espérait même que le cardinal Antoine serait nommé commandant de l'expédition. Bien que Brienne parle, sans surprise, d'un sac de Rome, Mazarin ne semble pas s'être jamais arrêté à de pareils projets.

Cependant, le pape ne s'endormait pas. Il craignait de voir rentrer à Rome dom Thaddée comme ambassadeur de France, et le nonce à Paris le conjurait de bien munir ses frontières. Au surplus, Grimaldi s'attachait à exaspérer l'amour-propre de Mazarin. Tel jour, ses dépêches montrent le pape favorable aux intrigues de Condé ; tel autre, elles rapportent que le pape exprime un merveilleux étonnement à voir la France supporter si longtemps le gouvernement d'un étranger.

Aussitôt arrivé à Rome, Henr}^ Arnauld se trouva jeté dans cette guerre ouverte entre Grimaldi et le Quirinal. Il n'eut pas à agir seul dans une circonstance aussi embarrassante. Son hôte, le cardinal d'Esté, parvint à Rome quelques jours après lui, le 21 mars. Ainsi se forma un conseil de trois membres qui représentera pendant plusieurs mois la politique française à Rome. Simple abbé, Arnauld y acquit bientôt autant de poids que les deux cardinaux.

Innocent X attendait la venue d'Arnauld avec une extrême impatience, le croyant chargé de propositions nouvelles d'accommodement. Bien loin de là, Tabbé de Saint-Nicolas refusa de demander audience, quoiqu'un prélat fût venu le chercher jusqu'à six ou sept fois. Devant cet affront prémédité, le cardinal Sforza proposa de le faire emprisonner et mit à ses trousses des espions que le cardinal d'Esté menaça de faire bâtonner. Arnauld adopta le ton de Grimaldi; il écrivit que le pape « use d'une injustice et d'une ingratitude dont chacun peut rougir pour lui » et conseilla de hâter l'expédition, car « le pape appréhende extraordinairement la dépense ». D'ailleurs, le courrier de France ne lui apportait aucun conseil de douceur. Les vaisseaux de guerre, les tartanes et les galères françaises se préparaient dans le port de Toulon à mettre à la voile. Mazarin escomptait le succès de cette entreprise pour obtenir une adhésion avantageuse des Espagnols au traité de Munster et pour courber l'intransigeance du pape. L'abbé de Saint-Nicolas n'avait que faire de négocier. Il garda un silence hautain et opiniâtre. Un incident, qui faillit tourner en drame, l'empêcha de rester inoccupé. Il fut alors témoin et acteur, dans Rome même, du prologue de l'action sanglante qui allait s'engager en Italie entre la France et l'Espagne.

Jean-Alfonse Henriquez de Cabrera, amirante de Castille, avait été désigné comme ambassadeur extraordinaire du roi catholique pour rendre l'obédience au pape. Il arriva incognito à Rome le 24 mars 1646. Donna Olimpia alla au-devant de lui à trois milles des portes et conduisit aussitôt sa femme aux pieds du saint-père. On songea à organiser les cérémonies de son entrée officielle

à Rome. Tous les cardinaux furent conviés à envoyer leur carrosse et des gentilshommes pour servir d'escorte à l'amirante. Soit par oubli, soit par suite d'un dessein prémédité, le cardinal d'Esté n'en fut pas avisé. Il le prit de très haut et n'eut aucune peine à faire partager son irritation aux cardinaux Grimaldi et de Valençay, qui refusèrent leurs carrosses.

Soudain, l'alarme naquit. Les passions surexcitées conseillaient les pires violences. Le cardinal Golonna, parent proche de l'amirante, appelait à Rome des bandes armées, levées à la hâte dans ses terres de la Campagne et en remplissait le couvent des Saints-Apôtres. Les cardinaux du parti français, qui, avec Grimaldi, d'Esté et Valençay, ne comprenait guère que Theodoli, ne restaient pas inactifs. Valençay enrôle des troupes à Pérouse; d'Esté à Modène. Vers le 20 avril, l'abbé de Saint-Nicolas s'installe avec Grimaldi au palais Barberini avec trois cents hommes munis d'armes à feu. Ils se souvenaient que, quatre ans auparavant, l'ambassadeur d'Espagne avait attaqué l'évêque de Lamego, envoyé de Portugal, et tenté de massacrer l'escorte française qui le protégeait. Ils croyaient tenir la revanche. D'Esté se réjouissait d'infliger une rude punition à certains cardinaux ennemis, en même temps qu'une leçon à Donna Olimpia, qui protégeait ouvertement l'ambassadeur.

Le pape s'efforça d'éviter l'effusion du sang en offrant sa médiation. Este la refusa avec dédain et le pria de ne pas intervenir dans ses affaires. Innocent X dut se contenter de reculer la date des fêtes données en l'honneur de l'amirante. Un vent de bataille et de trahison courait dans la ville. Il arriva que les troupes espagnoles, croyant voir des Français sur la place du Gesù, tirèrent au hasard sur la foule inoffensive. Il y eut des morts. Le cardinal d'Esté sortait toujours accompagné dans les rues de deux cent

cinquante hommes vêtus de noir et portant mousquets et poignards sous leurs larges manteaux.

Refusant de temporiser davantage, l'amirante fixa sa cavalcade au 25 avril. Le dénouement tragique semblait approcher. Grimaldi se prit à réfléchir. Il avait appris qu'un millier d'hommes étaient cachés dans les jardins de Rome; que mille autres attendaient dans les Abruzzes le premier signal. Les troupes françaises étaient moins nombreuses et mal payées. Valençay devait recourir aux usuriers et d'Esté à ses deniers personnels pour assurer leur solde. En cas de défaite, Grimaldi se proposait d'aller avec ses soldats, en compagnie de l'abbé de Saint-Nicolas, occuper la cité pontificale d'Orvieto. Il valait mieux encore ne pas risquer la lutte. Le cortège de l'amirante se déroula en paix dans les rues de Rome, et aucun incident ne vint troubler la théorie des mules couvertes de sonnailles et ferrées d'argent.

Grimaldi ne prit pas aisément son parti de cette prudence nécessaire. Il méditait une vengeance exemplaire et ne cessait d'échafauder des projets audacieux. Le départ toujours retardé de la flotte française l'avait empêché d'agir le 25. Il espérait la voir arriver d'un jour à l'autre dans les eaux italiennes. Il écrivit au prince Thomas de Savoie, qui accompagnait l'expédition, d'amener tous les vaisseaux à l'embouchure du Tibre. Les troupes subsisteraient sur les terres des Colonna et des Borghèse, ennemis de la France, et viendraient, avec des bouches à feu, jusque dans Rome canonner le palais de l'amirante. En attendant, il annonça que le 28 avril il attendrait au détour d'une rue l'amirante venant du consistoire et le forcerait bien à s'arrêter. Les Romains tremblent; les boutiques se ferment; les rues sont désertes dans l'attente du massacre. La journée du 28 passe sans que les Français aient fait aucune démonstration. Grimaldi et Arnauld

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s'étaient résolus à l'inaction, n'ayant aucune nouvelle de la flotte, qui n'arriva que le 6 mai en vue des côtes italiennes.

Un heureux incident vint sortir les cardinaux français de leur situation ridicule. Car Pasquin ou Marforio auraient pu les appeler « timides matamores »! Un jour, — vers le 3o, — Grimaldi et Saint-Nicolas se promenaient avec le cardinal d'Esté dans son carrosse entourés de ses bandes noires. Ils eurent la chance de rencontrer l'amirante mal accompagné, qui, à leur vue, sembla prendre un chemin de traverse avec une allure plus rapide que digne. Sous la statue du Pasquin, on pouvait lire le lendemain une poésie mordante sur « l'amiral fugitif ». Les deux partis, ayant tous deux subi des défaites d'amourpropre, en vinrent à la conciliation. Le prince de Gallicano, de la maison Golonna, servit d'intermédiaire avec Pierre Mazarin, père de S. E. Ces deux personnages, — qu'un esprit de lucre rendait diplomates d'occasion, — trouvèrent un précieux appui auprès de Henry Arnauld, alors enclin à la douceur.

Dès le 3 mai, l'accommodement fut conclu; Tamirante de Castille et le cardinal d'Esté se rencontrèrent chez le pape et sortirent dans un même carrosse aux cris de : Viva Francia! et Viva Spagna! Le bon peuple, facilement enthousiaste, croyait déjà la paix conclue entre la France et l'Espagne sans le secours des négociations de Munster. Cette courtoisie réciproque de deux princes ennemis ne fut d'aucune conséquence pour les affaires

générales.

Grimaldi, qui haïssait le pape, se félicite de ce que l'accommodement s'était conclu en dehors de la médiation pontificale. Arnauld n'est pas aussi cruel; il avait travaillé à la paix, — ce dont il sera félicité par lettres royales, — et il continue à préconiser une politique mode-

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rée. L'abstention hautaine et insolente à rencontre d'Innocent X avait pu être utile au début, mais pourquoi, après deux mois entiers, se refuser encore à demander audience? Les circonstances étaient exceptionnellement favorables. L'affaire de l'amirante avait impressionné le pape. Les ambassadeurs vénitiens, — plus officieux que sincères, — colportaient un mot qu'Innocent X aurait dit à Foscarini en parlant des Barberini : « Faremo gratia. » Grimaldi ne manqua pas de trouver dans ces paroles une dangereuse équivoque; mais il dut avouer que le moment était heureusement choisi pour entrer en négociations avec le Quirinal : les premiers succès de la flotte française sur les côtes toscanes^ avaient un grand retentissement. De très bonne grâce, Arnauld prit le parti de présenter, au premier jour, ses lettres de créance. Il exagéra même ses dispositions pacifiques en disant à un personnage de la cour romaine que, si le pape faisait une avance d'un demipas seulement, la France en ferait bien dix à sa rencontre. L'audience demandée fut fixée au 7 juin. Les intentions débonnaires de Henry Arnauld s'étaient évanouies. Sans doute, l'influence belliqueuse de Grimaldi, qui armait des soldats dans Rome même pour les envoyer en Toscane, avait dû se faire sentir. Ce fut avec un visage dur et un cœur cuirassé que l'abbé de Saint-Nicolas alla, pour la première fois, s'agenouiller devant Innocent X. « Il me reçut, écrit-il, en la manière que je m'étois proposé qu'il feroit, c'est-à-dire avec un visage riant, des paroles étudiées, mais douces, obligeantes et accompagnées de toutes les démonstrations imaginables...; mais j'étois tellement prévenu sur tout cela qu'il fit certainement un effet tout contraire à celui qu'il avoit dessein de faire. » Après avoir

I. Prise de Telamone et de Santo-Stefano, petits ports non loin du Monte-Argentaro, le 9 mai (cf. Chéruel, Minorité de Louis XIV, t. II, p. 197).

reçu les lettres de créance, a il fut un peu de temps sans parler, en attendant la sortie de quelques larmes, qui ne me surprirent non plus que tout le reste, car je m'y étois attendu aussi bien qu'à un grand tremblement de mains, ayant su que cela lui étoit ordinaire quand il parle d'affaires importantes... Au reste, sa manière de traiter est tellement pleine d'artifice qu'il faut être bien précautionné pour ne pas s'y laisser prendre ». A la manière de Grimaldi, Arnauld juge hors de saison le respect et la dévotion. Il joue franc jeu, brutalement.

Le pape commença par reprendre les faits de très haut. Il ne cache pas son étonnement devant les variations de la France, qui caresse les Barberini après les avoir rudoyés. Mais son cœur paternel le pousse à se relâcher d'une juste sévérité envers eux, bien qu'ils aient dilapidé le trésor de l'Église. En considération du roi de France, il renonce à leur enjoindre de se rendre prisonniers au château Saint- Ange. Le jour où ils viendront humbles et repentants dans une ville des Marches ou de l'État d'Urbin, il fera taire ses griefs personnels. Cependant, il déclare que sa conscience lui interdit d'oublier le tort grave que les cardinaux rebelles ont fait au patrimoine de Saint-Pierre. Jusqu'à leur repentir, il continuera à prélever sur leurs biens saisis une amende quotidienne. — Henry Arnauld ne laissa pas finir ce long plaidoyer; il l'interrompit alors et engagea un dialogue d'une rare virulence. Il demanda si l'argent confisqué de cette manière retournerait jamais à ses propriétaires. — Ces sommes, répliqua Innocent X, ont été employées par moi contre les Turcs et au profit des catholiques d'Irlande. — Et Arnauld ne craignit pas de répondre que « c'étoient là véritablement de bonnes œuvres, mais que je ne comprenois pas comment on pouvoit les faire du bien d'autrui ».

Au cours d'une nouvelle audience, le 1 1 juin, le pape

reprit le même thème. Il se plaignit à Arnauld de ce que les Barberini se moquaient en rendant compte de l'emploi de dix mille écus; il leur demandait raison de neuf ou dix millions et non pas du salaire de leur barbier! Arnauld ayant objecté avec insolence « que Sa Sainteté pouvoit véritablement bien sçavoir en quoi consistoit leur revenu puisqu'elle en jouissoit », Innocent X n'en continua pas moins son réquisitoire. Donn' Anna mange avec ostentation, dit-il, dans un plat de terre quand tout le monde connaît les « puits d'or » des siens, la splendeur de leur argenterie, l'étendue royale de leurs fiefs. Le cardinal Antoine semble-t-il affecté des accusations qui pèsent sur lui? Fort peu. Le pape l'accuse de parcourir la France en triomphe et de croire, comme Satan sur la montagne, que le Christ s'humilierait devant son ennemi.

L'Évangile n'a vraiment que faire devant cette âpre et peu édifiante discussion entre le pape et un prêtre. Cette lutte à visage découvert dévoile, du moins, les lourdes tares de la politique française et aussi celles de la politique romaine. Le roi défend une famille dont il n'a cure, pour ébranler la puissance pontificale. Le pape, entouré d'une clientèle avide, n'offre pas au monde catholique le modèle du désintéressement.

L'abbé de Saint-Nicolas avait claire conscience de ses devoirs. L'affaire des Barberini ayant été choisie par la France comme terrain de lutte avec l'Espagne, il s'y cantonna pendant ses deux audiences. Il insista peu sur l'affaire Beaupuy. Mazarin lui fit sentir combien sa faute était lourde et s'étonna de le voir mettre les intérêts de l'État plus haut que les vengeances ministérielles. Arnauld fut averti qu'aux yeux de Mazarin l'extradition de Beau-

puy avait plus d'importance que l'accommodement des Barberini et la guerre espagnole.

Ces semonces imméritées aggravèrent pour Tabbé de Saint-Nicolas l'amertume des audiences de juin. Un succès militaire en Toscane aurait porté le pape à de nouvelles concessions. Mais on savait bien qu'un échec le rendrait intraitable; aussi les représentants de la France à Rome étaient-ils pénétrés d'une « peine étrange ». La flotte française prit Orbetello le 14 juin, mais cette victoire fut renversée par la mort désastreuse du jeune amiral de Brézé au cours de la bataille. Cette fin lamentable frappa Arnauld au cœur.

La douleur qui atteignait Henry Arnauld dans sa vieille amitié pour le maréchal de Brézé ne fut pas la seule que l'été de 1646 lui réservât. Une « malheureuse constellation », écrit-il, semble luire sur la fortune française en Italie et il craignait d'en supporter, aux yeux de ses chefs, sa lourde part de responsabilité. — Les Espagnols eurent facilement raison de l'armée navale, privée de son chef. Non seulement ils dégagèrent Orbetello, mais ils chassèrent l'escadre, qui dut rentrer vaincue et décimée dans les ports de Provence. La honte de cette défaite rejaillit sur les rares partisans de la France à Rome. « Quand je songe au malheureux succès d'Orbetello, écrit Henry Arnauld, cela me désespère; je voudrois le pouvoir effacer de ma mémoire. » Perdant toute mesure, il alla jusqu'à accuser de trahison le prince Thomas de Savoie. La joie insolente et les fanfaronnades des Espagnols qui peuplaient les abords de la cour pontificale le comblaient d'indignation. Car nos ennemis n'ignoraient pas que l'échec déroutait un plan d'attaque préparé contre le royaume de Naples. Assurément, ils étaient alors mis en échec au nord par la prise de Bergues-Saint- Winoc et de Mardyck, à l'est par la jonction de Turenne

avec Tarmée suédoise; le pape était plus directement impressionné par la misérable aventure d'Orbetello par laquelle on avait espéré Tintimider.

Mazarin, néanmoins, n'entendait pas faiblir. Les armes temporelles lui faisant défaut, il ne craignit pas d'user de menaces adressées au chef spirituel de l'Eglise. Il se verra forcé de « lâcher la bride aux langues et aux plumes en France » et, bien qu'il en soit « chagriné jusqu'au fond de l'âme », il craint que l'autorité et la gloire du Saint- Siège n'en restent gravement atteintes. Brienne est plus explicite encore. Il parle de dévoiler à la face de l'univers catholique les intrigues du dernier conclave. « Il importe bien plus au pape, écrit-il à l'abbé de Saint-Nicolas, d'éviter la rupture qu'au roi, lequel, demeurant dans l'union de la communion de l'Eglise, peut bien se séparer de la personne du pape^ dont l'élection n'a pas paru si canonique... »

La violence et l'excès de telles menaces ont une autre origine que la politique espagnole du pape. Elles proviennent de l'irritation farouche que Mazarin éprouvait à écouter certains échos de la cour pontificale. Le pape aurait dit un jour à deux jeunes Français venus baiser ses pieds que c'était « chose honteuse qu'une nation toute noble se laissât commander et gouverner par un étranger. » Au cours de l'audience du i^'^ août, il posa à Henry Arnauld une question fort insidieuse : « Pendant les minorités, le Parlement de Paris n'est-il pas le tuteur des rois? » L'abbé de Saint-Nicolas se lança dans une longue dissertation. Quelle « ingénuité », lui écrira le ministre; il aurait fallu « payer de risée ce beau discours ». Personnellement, Mazarin le prenait plus au sérieux, craignant devoir s'étendre jusqu'à Rome la trame du vaste complot ourdi contre son autorité. Le refus de livrer Beaupuy en serait la preuve surabondante. Habilement, il efface ses

ressentiments intimes devant ceux de la reine, qui est atteinte par toutes les accusations portées contre le ministre de son choix. Aussi refuse-t-elle la rose d'or que le pape lui adresse et, bien qu'elle se dise dévote fille, elle est offensée de ce qu'Innocent X l'appelle familièrement devant Henry Arnauld « mia regina ».

Devant ce vaste conflit d'intérêts, les petites négociations des Barberini semblent s'effacer. Ils jouent le rôle comique du rebelle involontaire. S'il n'avait tenu qu'à eux, ils se seraient rendus à Bologne selon les propositions faites en juin à Arnauld; ils avaient hâte de rentrer en possession de leurs biens qui dépérissaient sous les exactions d'un séquestre rapace. La politique royale voulait qu'ils restassent exilés, persécutés et mécontents malgré eux. Au cours de ses audiences, Arnauld dut affirmer que les Barberini n'iraient pas au delà d'Avignon. Le pape se récria, disant que c'était une satisfaction illusoire et que le roi avait autant d'autorité à Avignon qu'à Paris. Il refusa péremptoirement d'admettre cette pénitence insuffisante ; il refusa en même temps de recevoir un Français que les exilés avaient envoyé à Rome pour leur servir de procureur. Chose plus grave, les troupes espagnoles passaient librement à travers les États de l'Eglise pour gagner soit les Présides, soit le Milanais.

Rempli d'amertume après cette lamentable audience, l'abbé de Saint-Nicolas écrivit à Mazarin : « Il ne faut plus rien espérer du pape, si on ne lui fait peur tout de bon. Il se moque de nous, et c'est une chose insupportable de voir comme il nous traite. Cela va jusqu'à un point que tous les sages admirent la modération de Leurs Majestés, et j'avoue à V. E. que désormais je ne pourrai plus prendre audience de lui qu'avec une extrême répugnance. »

Les tristesses de l'été de 1646 furent à peine égayées par une piquante aventure : le cardinal Sforza, furieux

ennemi de la France et d'Arnauld, qu'il avait failli emprisonner, se querelle avec son frère Don Paolo et lui assène un coup de pincettes. Rome s'en amusa. Mais, au même moment, l'abbé de Saint-Nicolas recevait une nouvelle humiliation. Le prince cardinal Casimir Wasa, futur roi de Pologne, était dès lors décidé de quitter la pourpre et la Compagnie de Jésus pour se marier. Auparavant, il voulait faire argent de sa situation; car il était réduit à une sorte de noble mendicité. Après avoir offert au roi de France de renvoyer la Toison contre le Saint- Esprit, il s'irrita de la pension trop mesquine, à son avis, que lui servait le trésor royal. Il se plaignit qu'on le traitât « comme un homme ordinaire » et qu'on lui donnât du « cousin )> et non du « frère ». Ce fut Henry Arnauld qui supporta tout le poids de cette brouillerie. Casimir lui écrivit le 2 août une lettre insolente et dénonça sa conduite à Ma^arin. Les conséquences ne pouvaient en être graves, car tous connaissaient l'esprit fantasque et déséquilibré du prince. Mais cette humiliation, ajoutée à d'autres, produisait chez Arnauld un énervement explicable.

[Ici s'arrête la rédaction définitive de ce chapitre. Ce qui va suivre n'est que la mise au net d'un brouillon sommaire retrouvé dans les papiers de l'auteur.]

D'accord avec Grimaldi, il réclamait l'envoi d'un ambassadeur à Rome. Brienne était aussi d'avis de cet expédient, qui aurait l'avantage d'introduire auprès du pape une voix plus autorisée, et qui permettrait en même temps de gagner du temps en le priant de surseoir à toutes les affaires jusqu'à l'arrivée de cet ambassadeur. Tout ce que Saint-Nicolas put obtenir fut que le pape consentît à proroger de trois mois le terme de la confiscation définitive des biens et des charges des Barberini.

En même temps, la France cherche à intimider Innocent X par un nouvel armement. L'entreprise sera de nouveau dirigée vers les ports de Toscane et les mesures seront prises pour qu'un plein succès efface l'échec de la précédente expédition et fasse taire « les bravades et les rodomontades impertinentes que les Espagnols ont faites d'une chose de rien », écrit Mazarin le 29 août. Mais il faut pour cela que le Grand-Duc observe une stricte neutralité, et Saint-Nicolas a ordre de se rendre à Florence pour parvenir à cet objet.

Innocent X a grand besoin alors d'être intimidé. L'abbé de Saint-Nicolas constate « la rage de tout le palais contre le cardinal Grimaldi, particulièrement de Donna Olimpia, qui est la patrone ». Le pape est « le plus vindicatif des hommes », et tous les amis de France ont à se plaindre de lui : certains sont maltraités et emprisonnés; on songe à expulser de l'Etat pontifical le cardinal de Pologne, auquel le roi est attaché, et, en attendant, on lui refuse le titre d'Altesse, qu'il désire; on reste de plus en plus inébranlable à l'égard des Barberins. Ceux-ci, par peur d'être assassinés, se refusent à se rendre dans toute autre ville de l'Etat pontifical qu'à Avignon, et Mazarin conseille à Saint-Nicolas de « jeter en passant » au pape, à ce sujet, l'exemple du cardinal Petrucci, « qui fut étranglé à Rome ».

Suivant les ordres de Mazarin, Saint-Nicolas partit pour la Toscane le i5 septembre 1646, sous le prétexte d'aller soigner à San-Cassiano les suites de la blessure à la cuisse qu'il s'était faite en tombant de carrosse à son arrivée à Rome, en réalité pour se tenir à portée de la flotte et de l'armée françaises. Il était à peine arrivé le 17 à Radicofani qu'une lettre de Bidault, l'agent des Barberini à Rome, l'avisait d'une volte-face inattendue d'Innocent X : il permettait aux Barberini de se rendre à Avi-

gnon et les rétablissait dans leurs charges et dignités. Ce changement de front étonna singulièrement Brienne, qui croyait l'accommodement plus loin que jamais; il était le fruit soit des succès de Turenne en Allemagne, accompagnés de la prise de Mardyck et des sièges de Dunkerque et de Lérida, soit de l'approche de l'expédition française. Celle-ci se préparait à assiéger Portolongone et Piombino. Saint-Nicolas, avisé par Bentivoglio, gagna Florence le 3 octobre, où le Grand-Duc l'assura de ses sentiments favorables. Piombino se rendit le lo; mais Portolongone se défendit plus longtemps. Saint-Nicolas resta à Florence, où il servait d'intermédiaire entre l'armée française et le Grand-Duc pour les mille questions qui pouvaient se poser, les déprédations des troupes en territoire toscan, les fournitures de vivres, de fourrages, de chevaux; il entretenait une correspondance active avec les maréchaux de la Meilleraye et du Plessis-Praslin. Son but principal était d'amener le Grand-Duc à une alliance déclarée avec la France; mais le Médicis hésitait. La chute de Portolongone (3i décembre 1646) n'emporta pas ses hésitations. Saint-Nicolas fut plus heureux avec les frères du Grand-Duc : le prince Mathias accepta avec enthousiasme de se mettre au service du roi, ainsi que le prince Léopold, personnage de moindre importance; quant au cardinal Gio. Carlo, il fit entendre que, s'il abandonnait les fortes pensions que lui faisait l'Espagne, il voudrait une compensation considérable. Ce n'était qu'un demi-succès; Grémonville, résident de France à Venise, regardait même comme tout à fait inutiles ces acquisitions de cadets, et Mazarin en blâma Saint-Nicolas, en lui faisant remarquer que c'était « le vrai moyen d'obliger le Grand- Duc à continuer dans le parti d'Espagne, parce qu'il se tiendroit assuré de la France à cause de ses frères ». Le départ de la petite armée française (i5 novembre),

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très éprouvée par les deux sièges, l'engagea à quitter Florence le 24; il arriva à Rome quatre jours après et envoya aussitôt demander audience au pape. Innocent X, on l'a vu, avait brusquement changé à l'égard des Barberini. A Paris, on fut ravi de ce succès, qu'on attribua à l'habileté de Henry Arnauld. « Je suis fâché, lui écrivait Brienne le 6 octobre, que M'"^ de Brienne ne soit pas en ce lieu, afin qu'elle prît part au contentement que tous vos serviteurs ont eu de ce que cette fâcheuse affaire s'est si bien terminée par vos soins, et qu'elle entendît comme la reine vous loue de votre prudence et d'une activité invincible. » Du même coup, en effet, la France profitait indirectement des bonnes dispositions du pape : la prise de Dunkerque et l'accommodement des Barberini influaient heureusement sur les préliminaires au profit de la France.

Mais, comme d'habitude, une fois une grâce obtenue, le roi demandait plus. Il voulait que l'abbé de Saint-Nicolas fît de nouvelles instances pour la livraison de Beaupuy, pour l'affaire des bénéfices de Catalogne, pour les évêchés de Portugal. Il fallait demander une audience au pape, de concert avec les cardinaux d'Esté et Grimaldi. « La gentillesse de Messieurs nos cardinaux et votre éloquence vous fourniront des termes délicats pour remercier et pour prier, » lui écrivait Brienne. Les Barberini aussi n'étaient pas satisfaits; il se plaignaient de ce que, en leur restituant leurs biens, on ne leur rendît pas les revenus échus pendant le séquestre; ils allaient se trouver criblés de dettes. Lionne insistait pour que leur rétablissement « ne fût pas imparfait, mais tout entier ».

Henr}' Arnauld eut sa première audience du pape le 4 décembre. Le saint-père lui donna beaucoup de bonnes paroles et lui assura que, dès que le cardinal Antoine aurait manifesté sa soumission en se rendant à Avignon, on lèverait le séquestre. En cette circonstance, ajouta-t-il.

« c'est le père qui a cédé à l'enfant ». Puis, pour bien montrer que la France était disposée à reprendre des relations courtoises avec la cour de Rome, Saint-Nicolas alla visiter la famille pontificale et le sacré collège ; il fut bien reçu partout, même chez Donna Olimpia.

En même temps, Brienne fit savoir au pape que le roi avait désigné le marquis de Fontenay-Mareuil pour aller remplir à Rome la place d'ambassadeur. Ce choix fut fort goûté dans la cour pontificale. A Paris, on augurait bien de l'expérience et de la capacité de ce diplomate, qui pourrait à l'occasion prendre le commandement des troupes françaises restées à Piombino et à Portolongone. Il était en effet de conséquence de garder ces places pour maintenir les princes italiens et le pape lui-même; Piombino appartenait à son neveu Ludovisi.

Saint-Nicolas eut une nouvelle audience du pape le 8 janvier 1647. ^^ Y aborda la question de Beaupuy et celle des revenus des Barberini; mais ce fut sans aucun succès. Le pape avait alors un grave sujet de mécontentement : son neveu le cardinal Pamphili voulait rendre son chapeau pour épouser la princesse de Rossano. Depuis César Borgia, c'était le premier exemple d'un cardinal-neveu qui renonçât à la pourpre, et d'autre part ce mariage portait fort ombrage à Donna Olimpia. Innocent X reçut très mal les insinuations de l'envoyé de France; il s'emporta contre les Barberins, qui demandaient toujours de nouvelles grâces, déclara qu'il en avait déjà trop accordé et que jamais il ne céderait sur ce point. L'abbé de Saint-Nicolas se retira assez désappointé ; mais il essaya néanmoins, dans ses dépêches à Mazarin, d'atténuer l'impression défavorable qu'on pourrait ressentir à Paris de l'intransigeance du pape; il estimait qu'il fallait surtout éviter une rupture. Ce sentiment et la conduite qu'il inspirait furent l'objet de critiques assez vives ; Bidault, sur le point de quitter

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Rome, ne se cachait pas pour blâmer cette diplomatie, qu'il qualifiait de faible et malhabile, à telles enseignes que, dès le 1 1 janvier, Saint-Nicolas dut adresser à Lionne une longue lettre apologétique de sa conduite. Néanmoins, sa situation devenait de plus en plus difficile, et il faisait des vœux ardents pour l'arrivée prochaine de l'ambassadeur, qui lui permettrait de se retirer.

A la cour romaine, la confusion augmentait. Donna Olimpia, peu soucieuse d'introduire dans l'entourage du pape une nouvelle influence féminine, mettait tout en œuvre pour retarder le mariage. « Elle fait l'enragée plus que jamais », écrivait Saint-Nicolas; de sorte que le cardinal Pamphili, devenu Don Camillo Pamphili, se trouvait sans chapeau et sans femme. Les noces furent enfin célébrées le lo février, malgré la mauvaise humeur du pape et de la belle-mère. Mazarin, prévoyant la rivalité des deux femmes, recommandait vivement à son envoyé de prendre parti pour l'une ou pour l'autre, suivant ce qui semblerait opportun, et de ne pas craindre d'attiser la discorde dans la famille pontificale.

En même temps, à Paris, on cherche à ne pas être désagréable au pape. On ne repousse pas à priori la demande de l'ex-cardinal de conserver une pension sur l'abbaye de Corbie, dont il avait dû se démettre en même temps que de son chapeau ; on affecte de prendre grand soin des terres des Ludovisi à Piombino. Mais tout cela ne change pas les esprits de la cour romaine, où l'on souhaite qu'un coup de force du vice-roi de Naples expulse bientôt les Français de leurs conquêtes. Cette disposition n'était pas ignorée de Saint-Nicolas, qui finit par avouer qu'au lieu de favoriser Pamphili, la France ferait bien plus d'effet sur le pape en envoyant une bonne armée en Italie. Mais il pensait, et c'était aussi l'avis de Mazarin, que, jusqu'à l'ariivcc du nouvel ambassadeur, il fallait éviter toute

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occasion de rupture, ce qui aurait pour effet de jeter le pape dans les bras des Espagnols. Il avait d'ailleurs peu d'estime pour le caractère d'Innocent X; il écrivait à Mazarin : « S'il (le Pape) n'étoit qu'artificieux, peu sincère et dans son intérieur très mal disposé pour la France, ce ne seroit rien; car, à force de le presser, on en pourroit tirer sinon un si, au moins un non, qui est ce que Votre Éminence m'ordonne de faire; mais, outre ces belles qualités, il a une lenteur naturelle et une irrésolution si extraordinaire que cela surpasse tout ce qui s'en peut imaginer. »

Cependant, Henry Arnauld se décida à demander au pape une nouvelle audience; il l'obtint le 29 mars. L'échec fut complet. Il devait solliciter pour les Barberini la permission de sortir d'Avignon, dont le climat était nuisible à leur santé ; le cardinal Antoine voulait retourner à la cour ; le cardinal François demandait à venir à Rome pour mettre ordre à leurs affaires. Refus. Antoine réclamait la jouissance des émoluments de ses deux charges de préfet de la signature de grâce et de préfet des brefs. Innocent X n'y voulut pas consentir. Sur la question de Beaupuy, sur celle des évêchés de Portugal, sur le titre du cardinal de Pologne, Saint-Nicolas trouva le pape aussi intraitable. Il alla jusqu'à lui dire avec emportement, et une « mine étrange », « qu'il avoit négocié avec plusieurs ministres, que lui-même l'avoit été, mais qu'il avoit toujours vu qu'après avoir parlé deux ou trois fois d'une affaire on n'en parloit plus, et que cependant je recommençois toujours à lui parler de celles-là ».

L'audience avait duré une heure et demie et Innocent X s'était montré inflexible sur tous les points. Mais ce caractère indécis ne persistait pas dans les résolutions qui semblaient les mieux assises : deux jours après, il envoya chercher l'abbé de Saint-Nicolas et lui accorda spontanément plusieurs des demandes qu'il lui avait refusées,

notamment la permission à Antoine Barberini d'aller à Paris et à François de venir à Rome. Cette dernière mesure arrivait juste à temps; avant même que le courrier de Henry Arnauld l'eût fait connaître à la cour de France, celle-ci décidait de sa propre autorité de faire partir pour Rome P'rançois Barberini.

Le nouvel ambassadeur, Fontenay-Mareuil, se dirigeait vers l'Italie. Avant son arrivée, Saint-Nicolas demanda encore une dernière audience d'Innocent X. Sauf une apparence de meilleure volonté au sujet des évêchés de Portugal, cette entrevue se traîna dans la monotonie des mêmes objets toujours demandés, toujours refusés. L'envoyé de France ajouta même un nouveau refus à la liste de tous ceux qu'il avait déjà remportés. Brienne l'avait chargé de proposer au pape d'être le promoteur d'une ligue de tous les princes d'Italie pour se garantir mutuellement leur territoire contre toute intervention étrangère. En apparence, c'était une mesure destinée à garantir la paix de la péninsule ; en réalité, elle avait pour but de gêner les Espagnols, qui, par leurs possessions italiennes, avaient sur tout le pays une influence considérable. Innocent X sentit le piège et refusa catégoriquement.

Ce fut la fin de la carrière diplomatique de Henry Arnauld. Le marquis de Fontenay-Mareuil, au-devant duquel il alla à deux journées de Rome, lit son entrée dans la ville éternelle le 21 mai 1647, après avoir été l'hôte du cardinal d'Esté dans un casino du voisinage. Accompagné d'une suite brillante de quatre-vingts carrosses, il alla loger au palais Barberini, où l'abbé de Saint-Nicolas lui céda son appartement. Quinze jours après, le 2 juin, il prenait sa première audience du pape et n'obtenait de lui aucune concession, résultat dont on peut penser que Henry Arnauld ne fut pas trop affligé.

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[La rédaction première de cette fin de chapitre, dont on a parlé ci-dessus, ne va pas plus loin. — On peut ajouter que Henry Arnauld resta encore huit mois à Rome, où il ne joua qu'un rôle très effacé. Cependant, en novembre 1647, Fontenay-Mareuil ayant dû se rendre à Naples par ordre du roi, on envoya à l'abbé de Saint-Nicolas des pouvoirs pour gérer l'ambassade pendant son absence. L'ambassadeur de retour, Henry insista de nouveau pour qu'on lui permît de revenir. Mazarin enfin y consentit, et il lui fit écrire au nom du roi le 3i janvier 1648 (ms. Arsenal 6034, p. 35i) qu'il le laissait libre, soit de rester erKCore à Rome auprès de M. de Fontenay, soit de rentrer en France, s'il le préférait. Ce fut pour ce dernier parti que Henry se décida avec joie; mais il dut revenir assez lentement; on sait seulement qu'en juin 1648 il était de retour à Paris [Mém. de l'abbé Arnauld^ p. 528). Six mois plus tard, l'évêque d'Angers, Claude de Bueil, étant mort le 29 janvier 1649, ^^ reine régente et le cardinal premier ministre voulurent récompenser les services de l'abbé de Saint-Nicolas en le nommant à cet évêché. Le brevet royal fut expédié dès le 3o janvier; mais les bulles se firent attendre. — Nous allons voir le nouvel évêque, dès le début de son épiscopat, aux prises avec une situation politique extraordinairement difficile.]

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