Le 17 mai 1649 : Jousselin, p
3. J'ignore la date exacte du retour d'Arnauld à Paris. Il était encore à Angers le 5 juin 1G49 (l<^ttre au card. d'Esté, Modène, arch. Est., fol. 43), et il écrit de Paris le iG juillet [Ibid.^ fol. 44). Sa lettre
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avec la cour de Rome. Il prétendait obtenir une faveur très lucrative et rarement accordée : le gratis de ses bulles. Trois cardinaux se chargèrent de ses intérêts : Renaud d'Esté, François Barberini et Grimaldi. Après avoir écrit à plusieurs reprises au cardinal d'Esté pour solliciter son appui 1, il envoya à Rome son dossier complet accompagné d'une lettre à Alexandre VII datée de Paris, le i6 juillet 1649. La bénédiction pontificale l'aidera, écrit-il, à supporter le poids si lourd dont il vient d'être chargé. Le choix royal ne pouvait pas tomber sur un homme plus entièrement dévoué au pape, qui saura le reconnaître en lui donnant le gratis. D'ailleurs, le cardinal François Barberini était tout prêt à user de son influence en faveur de celui qui avait travaillé à relever sa maison^. Grimaldi, du
d'Angers, le 29 mai, dans laquelle il dit au cardinal d'Esté : « Je fais estât de retourner dans peu de jours à Paris pour donner ordre aux choses qui me sont nécessaires pour envoyer à Rome » [Ibid., fol. 42), semble autoriser mon hypothèse.
1. « Je pense, écrivait-ii le 29 mai, que V. É. aura déjà sceu d'ailleurs la grâce que Leurs Majestés m'ont faicte de me nommer à l'évesché d'Angers et, sçachant le crédit qu'elle a dans le Sacré Collège, je pense aussi ne pouvoir mieux que sur l'honneur de sa protection appuyer la demande que je voudrois bien faire du gratis de mes bulles, et pour cela j'ose la supplier très humblement de vouloir escrire à M. son agent à Rome, afin qu'il agisse en ma faveur » (arch. Est., fol. 42). Dans le même sens, la lettre du 5 juin (fol. 48). De Paris, le 16 juillet, il écrit au cardinal : « Parce que j'envoye aujourd'huy à Rome toutes les expéditions qui me sont nécessaires, je prends la liberté de supplier une troisième fois V. É. de recommander mon affaire » (fol. 44). Il écrivit encore de Paris, le 10 septembre : « Je proteste encore à V. É. que si j'ay quelque espérance d'obtenir cette grâce, je la fonde particulièrement sur l'honneur de sa protection » (fol. 47).
2. Henry Arnauld écrivit à Fr. Barberini, de Paris, le 16 juillet 1649 : « Il y a longtemps que je me serois donné l'honneur de mander à V. E. la grâce qu'il a pieu à Leurs Majestez de me nommer à l'évesché d'Angers, si les désordres de Paris et ensuitte les affaires de la province d'Anjou qui m'y ont arresté fort longtemps ne m'en avoient empesché. Mais je m'asseure, Monseigneur, que V. E. l'aura
fond de son abbaye de Saint-Florent de Saumur^ s'employait dans le même but; son secrétaire romain tâchait de circonvenir le cardinal Virginio Orsini. Par malheur, ce précieux agent tombe malade d'une fièvre double tierce-; les retards s'accumulent, et Grimaldi, habitué aux lenteurs de la curie, écrit à son ami : « Ces gratis de Rome vont si lentement qu'il vous faudra passer l'hiver à Paris si vous voulez attendre vos bulles^. »
Henr}' Arnauld en prit son parti : sauf deux séjours à Pomponne à l'automne de 1649^, il resta une année et
sceûe d'ailleurs et qu'elle aura la bonté de prévoir que j'aurai besoing en cette rencontre de l'honneur de sa protection, à laquelle elle s'offenceroit sans doute que je n'eusse pas recours, puisque cette grâce que j'ay receùe de Leurs Majestez est en partie une suite de celle dont elles m'honorèrent en m'employant pour le service de la maison de V. É. Cette considération, Monseigneur, joincte à sa générosité qui prend plaisir d'obliger ceux qui sont passionnez pour ses intérests, me faict espérer qu'elle appuyera volontiers la demande que je fais au Sacré Collège pour le gratis de mes bulles » (bibl. Vatic, Barberini, ms. lat. 7953, fol. 55. Il écrivit à nouveau, et dans des termes analogues, à Fr. Barberini, de Paris, le 17 septembre (Ibid., fol. 56), ainsi que le 17 novembre, de Pomponne, pour le remercier d'une lettre très obligeante.
1. Grimaldi s'installa à Saint-Florent de Saumur en juillet 1649. C'est Mazarin qui lui avait cédé cette abbaye.
2. Grimaldi à Henry Arnauld, Saint-Florent, 18 septembre 1649 : arch. Aff. étr., Suppl., Rome 7, fol. 124.
3. « Quelli gratis di Roma vanno cosi lentamente che le converrà far l'inverno a Parigi se vuol aspettar le sue bolle » (Grimaldi à Henry Arnauld, Saumur, 2 octobre 1649 • arch. Aff. étr., Ibid.,
fol. 125).
4. Henry Arnauld était à Pomponne le 12 septembre 1649 (Grimaldi à Henry Arnauld, 18 septembre : arch. Aff. étr., Ibid.. fol. 124); en novembre {Ibid., fol. i32, Saumur, novembre 1649) • * Vedo con molto mio gusto ch' ella trova buono di starsene alla campagna, come io mi sono eletto di fare più volentieri ch'esser in Parigi, spcttatore di continui disordini che vanno ogni giorno più debilitando l'autorità délia Regenza e la riputatione délie cose nostre fuori del Regno. » Les lettres de Grimaldi permettent de suivre les déplacements de Henry Arnauld de Paris à Pomponne. Voir aussi
LA VIE DE HENRY ARNAULD. Io5
demie à Paris, obscurément. Après avoir figuré sur de grandes scènes, il revient à nouveau se mêler à la foule des spectateurs. Son caractère pacifique et circonspect, auquel le sentiment du devoir avait fait et fera souvent violence, répugnait aux grandes entreprises. Ses goûts d'observateur allaient être comblés, mais ne le portèrent pas à jouer un rôle dans la Fronde parisienne. La porte de Port-Royal-des-Champs était alors protégée par un garde vêtu d'une casaque à deux envers : semblable à ce prudent serviteur qui usait de l'une ou de l'autre face suivant les troupes qui passaient^, Henry Arnauld ne se départit pas d'une extrême prudence. Cependant, dans les gazettes qu'il adressait à ses amis, il ne dissimule pas son attachement à Mazarin. Il est très regrettable que ses chroniques hebdomadaires au cardinal Grimaldi soient perdues^; elles auraient été comparables pour cette époque aux lettres à Barillon. Les fragments qui subsistent de sa correspondance avec le cardinal d'Esté ne remplissent qu'en partie une lacune fâcheuse. Ils permettent du moins de constater que l'état d'esprit de Henry Arnauld n'avait pas changé, bien qu'il eût dans son domestique un frondeur ardent. Nous savons, ainsi, qu'il joignit ses acclamations à celles
une lettre de Henry Arnauld au cardinal d'Esté datée de Pomponne le 28 octobre 1649 • " L'on me mande de Rome par le dernier ordinaire que l'on y attendoit bientost V. E. et tous mes amis s'en resjouissent avec moy comme d'une chose qui me debvoit donner toute sorte d'espérance du bon succez de mon affaire. Et en effet, Monseigneur, je Pay toujours fondée sur l'honneur de sa protection et sur l'asseurance que j'ay qu'elle me faict la faveur de me considérer comme la personne du monde sans exception qui luy a voué le plus de service... » (Florence, arch. Estense, fol. 48).
1. Du Fossé raconte sans rire l'histoire de ce garde {Mémoires, éd. Soc. Hist. de Normandie, t. I, p. 186).
2. Les quarante lettres du cardinal Grimaldi à Henry Arnauld qui nous sont parvenues (arch. Aff. étr., Suppl., Rome 5) permettent de constater que Henry Arnauld écrivait au cardinal au moins une fois par semaine.
du peuple, lorsque la cour rentra à Paris, le i8 août 1649. L'obscurité renaît aussitôt : nous ignorons le jugement qu'il porta sur les séditions de décembre, sur l'arrestation de Condé et tous les célèbres événements dont il fut le témoin attentif.
Les péripéties de la Fronde lui offrirent du moins un spectacle assez tragique pour dissiper l'ennui de l'attente. L'hiver de 1649 passa sans que Rome se départît de son silence. Henry Arnauld logeait avec son neveu l'abbé Antoine rue de la Verrerie^, dans sa maison natale, et continuait à amuser ses inquiétudes en écrivant de longues lettres familières d'une main déjà alourdie parles rhumatismes.
Enfin, Rome parla. Dès les premiers jours d'avril i65o, il apprit par le cardinal François Barberini que le sacré collège avait décidé de lui accorder le gratis^. Enfin, il fut promu à l'évéché d'Angers sur le rapport du cardinal d'Esté dans le consistoire secret tenu au Quirinal le 4 avril i65o3. Il prêta serment entre les mains du roi le
1. Sur ce séjour de l'abbé à Paris, cf. ses MémoireSy t. II, p. 160. L'acte d'emprunt Hennequin, cité plus loin, permet de constater que Henry Arnauld habitait alors rue de la Verrerie.
2. Henry Arnauld écrit à F. Barberini, de Paris, le 8 avril i65o : « Il falloit une rencontre comme celle de mes bulles pour faire conoistre jusques où va la bonté de V. E. pour ses serviteurs. La grâce dont m'a honoré le Sacré Collège en m'accordant mon gratis, la manière si obligeante dont il me l'a accordé et la lettre dont il a pieu à V. E. de m'honorer sur ce sujet sont de si puissantes marques de sa protection et de sa générosité que cela surpasse tout ce qui s'en peut dire » (bibl. Vatic, Barberini, ms. lat. 7953, fol. 59).
3. Procès-verbal du consistoire secret du 4 avril i65o : « Referente R. I). Raynaldo cardinale Estense, ad nominationem Régis Christianissimi, providit [pontifex] ecclesia: Andcgavensi vacanti per obiium bonic memoria' Claudii de Rueil, ultimi illius episcopi extra
12 mai*; son sacre solennel fut fixé au 29 juin. Il voulut recevoir l'onction épiscopale dans le monastère de Port- Royal de Paris.
Il était déjà venu auparavant, accompagné de Singlin, faire baiser aux religieuses son anneau-, le seul anneau épiscopal qui brilla jamais au doigt d'un Arnauld. La cérémonie du sacre fut la dernière fête avant la persécution : cependant, aucun récit exact ne nous en est parvenu. Le prélat consécrateur était Victor Bouthilier, archevêque de Tours et métropolitain d'Angers. Son nom revient sans cesse dans notre histoire et lui-même avait approuvé la Fréquente communion. Mais les évêques assistants sont difficiles à déterminer avec exactitude^. Il
curiam defuncti, de persona r. d. Henrici Arnauld presbyteri Parisiensis, in decretis licentiati et omniaalia requisita habentis,... cum retentione monasterii S. Nicolai prope et extra muros Andegavenses, ordinis S. Benedicti, per eum in commendam obtenti et aliorum compatibilium ex decreto, ut ipse in dicta ecclesia seminarium ad prescriptum Sacri ConciUi Tridentini erigat et in civitate Andegavensi montem pietatis institui curet... » (arch. Vatic, Miscellanea, Armar. XIII, t. 57, fol. i3i).
1. Galette de France, 14 mai i65o. D'après un ms. de Gaignières (Bibl. nat., ms. lat. 17030, fol. 229), sept évêques auraient assisté à la prestation du serment faite après la messe du roi : les évêques de Meaux (Dominique de Ligny), du Puy (Henri de Maupas du Tour), d'Evreux (Gilles Boutant), d'Albi (Gaspard de Daillon), de Sarlat (Nicolas Sevin), de Saint-Malo (Ferdinand de Neufville), d'Aire (Charles d'Anglure).
2. Angélique Arnauld, Lettres, éd. Utrecht, 1742, t. I, p. 447.
3. Victor Bouthilier, évêque de Boulogne-sur-Mer, puis archevêque de Tours (1590-1670); il ne témoignait aux Jésuites qu'une médiocre sympathie (cf. Rapin, Mémoires, t. I, p. 32; Du Fossé, Mémoires, t. I, p. 107). On sait quels liens d'amitié unissaient sa famille avec les Arnauld. Il était oncle du surintendant Ghavigny, frère de Denys, de Claude et du défunt évêque d'Aire. Tous les auteurs qui notent le sacre de Henry Arnauld s'accordent pour indiquer Bouthilier comme consécrateur et Gaspard de Daillon du Lude, évêque d'Albi, comme l'un des deux assistants. La présence de l'évêque d'Albi s'explique aisément. La famille du Lude était
importe peu. Des pensées plus graves surpassent ces futiles problèmes de cérémonial. L*église du monastère était pour Henry Arnauld une sortie de chapelle familiale. Lorsque l'onction coula sur son front, il pouvait deviner, autour de lui, ses frères, ses neveux, solitaires de la nouvelle Thébaïde; il apercevait derrière les grilles du chœur et sœur Catherine de Saint-Jean, et sœur Anne- Eugénie, et la mère Agnès, et, à leur tête, la mère Angélique, toutes quatre ses sœurs, et sœur Angélique de Saint-Jean et sœur Marie-Charlotte de Sainte-Claire, ses nièces.
Cette pieuse parenté ne se laissait pas aller à une allégresse profane. Elle ne voyait ni l'éclat du sacre, ni ses avantages, mais elle redoutait le monde et son cortège de périlleux honneurs, cherchant à déguiser l'effrayante grandeur de l'épiscopat. « Vous en êtes bien aise, répondait la mère Angélique aux félicitations d'une religieuse,
angevine et sa mère, Françoise de Schomberg, était sœur du maréchal, dont on connaît l'affection pour Arnauld d'Andilly. Néanmoins, Gaspard n'avait aucune attache janséniste, puisqu'il eut le cordon bleu à la promotion du i^r janvier 1662. Quant au nom du second assistant, nos sources divergent. Il est probable que ce fut l'évêque de Saint-Malo, Ferdinand de Neufville de Villeroy ; des sources d'origine distincte et indépendante le donnent comme tel : du côté angevin, le journal de l'abbé Arthaud, Anjou historique, t. II, p. 887; du côté de Port-Royal, le supplément manuscrit au Nécrologe (ms. Gazier 83); l'abbé Racine, Abrégé de l'histoire ecclésiastique, t. XIII, p. 56; la continuation des Mémoires de littérature et d'histoire, t. III, p. 389, etc.. Mais une série de documents, qui ont comme prototype les Mémoires de l'abbé Arnauld (t. III, p. i), à savoir [Besoigne], Vies des quatre évesques, t. I, p. 242, et bibl. Arsenal, ms. 6042, fol. 5 18, citent l'évêque de Chartres. On se figure malaisément le fougueux Lescot, officiant à Port-Royal! Ce nom doit être écarté. Au moment où l'abbé Arnauld écrivait ses mémoires, l'évêque de Saint-Malo, Neufville, siégeait à Chartres, où il avait été transféré en lôSy. II est donc très possible que, par inadvertance, l'abbé, voulant nommer Neufville, l'ait appelé évéque de Chartres, le mot actuel étant sous-entendu.
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et moi j'en suis bien fâchée, de crainte qu'il ne succombe sous une si terrible charge... Je vous supplie de prier Dieu qu'il ait pitié de lui^. » La justice divine ne menaçait-elle pas le prêtre qui cumulait deux bénéfices, l'évêché et l'abbaye de Saint-Nicolas? Et M'"' Le Maistre, — sœur Catherine de Saint-Jean, — disait quelques mois après, sur son lit de mort, ces redoutables et énigmatiques paroles : « Je ne parle point de Monsieur d'Angers, parce que cela m'attendriroit. Quand je serai dans le ciel, je prierai pour lui; mais ce ne sera pas à la manière qu'il pense '^. »
Henry Arnauld n'avait-il pas le cœur trop attaché aux besognes temporelles? Ses saintes sœurs priaient non pour le succès périssable de ses entreprises terrestres, mais pour le salut éternel de son âme. Les soucis politiques l'absorbaient, certes, et l'empêchaient de comprendre, à la façon de Saint-Gyran, la grandeur du renoncement. Pourquoi réprouver le ferment d'ambition qui le travaille? Il y trouverait le levain propre à rendre en Anjou son action énergique et féconde.
Ni les désordres de Paris, ni les intrigues romaines, ni le sacre n'avaient amoindri son inquiète sollicitude des affaires angevines. Par un de ces contrastes pittoresques qui rendent sa figure si vivante et si humaine, au moment même où les religieuses de Port-Royal croyaient conquérir leur frère, il exaltait les Jésuites auprès du cardinal François Barberinil Pour réclamer leur maintien comme confesseurs des Franciscaines de La Flèche, il célèbre « les succez de ces bons Pères^. » Sans s'embarrasser
1. La mère Angélique Arnauld, Lettres, t. I, p. 53i (lettre non datée « à une religieuse d'une autre maison »).
2. C'est Antoine Arnauld qui note ces paroles de Mme Le Maistre dans sa lettre du i3 janvier i65i à la mère Agnès [Œuvres, 1. 1, p. 5i).
3. Henry Arnauld s'adressa à Fr. Barberini, protecteur de l'ordre de Saint-François, par lettre datée de Paris, le i8 février i65o (bibl.
d'idées préconçues, il s'occupait diligemment des intérêts de son diocèse. Le cardinal Grimaldi, qui trouvait le temps très long à Saint-Florent et la conversation des gens du pays bien « pénurieuse »% se plaisait à envoyer à son ami de longues chroniques. Les deux prélats se rendaient de menus services. L'évêque recommandait une amie, M"® du Plessis de Gesté^, et un prêtre de son diocèse; en revanche, il facilitait l'accession de Gallo, secrétaire du cardinal, au prieuré de Gonnord^. Aces échanges de courtoisies ne se bornaient pas leurs relations. Grimaldi tenait Arnauld au courant des événements politiques de l'Anjou.
Depuis le départ de Henry Arnauld, un calme relatif y régnait. Le pays souffrait surtout des bandes armées plus
Vatic, Barberini, ms. lat. 7953, foi. 58) : « Il y a plusieurs années que, par la direction des Pères de la Compagnie de Jésus du collège royal de La Flèche, où elles [les Franciscaines] ont leur monastère, elles n'ont pas seulement esté réformées, mais ont tousjours vescu depuis leur réformacion irréprochablement comme le confessent leurs supérieurs. Néantmoins, leur provincial, dans sa dernière visite, les a privées des consolations et des assistances qu'elles ont continuellement receùes et avec tant de succez de ces bons Pères, leur ayant deffendu d'appeler aucun confesseur ny directeur que de leur ordre. Cette ordonnance est contraire, en quelque façon, à la liberté de la confession ordonnée par le Concile de Trente. » Les Franciscaines de La Flèche se vantèrent plus tard de n'avoir jamais été contaminées par le jansénisme.
1. « Qui non si è veduto sin hora alcuna mostra di neve e mi par d'esser nel clima di Roma, fuorche nella conversatione di che stà penurioso questo vicinato » (Grimaldi à Henry Arnauld, arch. Aff. étr., SuppL, Rome 5, fol. iSy).
2. Sans doute pour un démêlé d'intérêts qu'elle avait avec Saint- Florent (Grimaldi à Henry Arnauld, Saumur, 21 août et novembre 1649 : arch. Aff. étr., Ibid., fol. 122 et i34). Elisabeth Lanier, sœur de l'abbé de Vaux, tante de Lanier du Portugal, avait épousé Antoine de la Brunetière, sieur du Plessis de Geste.
3. Lettres de Grimaldi des 5 et 6 juillet i65o (arch. Aff. étr., Ibid. y fol. 174, 175). Gonnord, arr. d'Angers, cant. de Thouarcé; cf. Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire^ t. H, p. 277.
OU moins régulières, toujours mal payées*. Après s'être démis, moyennant finances, de son gouvernement général de l'Anjou en faveur de Henri Chabot, duc de Rohan, le maréchal de Brézé, à la suite de l'arrestation de Gondé, son gendre, avait pris parti contre Mazarin^. Sa mort^ empêcha une nouvelle guerre intérieure d'éclater. Mais les effets de cette volte-face se perpétuèrent outre-tombe. Brézé avait légué son attachement à la cause des princes à un fidèle serviteur, Dumont, qui refusa de rendre le château de Saumur à Comminges, émissaire de Mazarin. Grimaldi resta pendant toute la durée du siège à Saint- Florent, prêt à fuir par la Loire en cas de danger. Ni Jarzé, ni La Rochefoucauld ne purent secourir Dumont. — « Dieu qui protège l'innocence du Roi, écrit Grimaldi à Arnauld, a voulu écarter cette pierre de scandale^. » — La place fut rendue le i8 avril 1659 à Gomminges, qui dut promettre une grosse indemnité.
Gette capitulation ne produisit aucun contre-coup à Angers. Rohan, bien accueilli par le peuple, louvoyait
1. Grimaldi insiste à plusieurs reprises sur les violences de « soldati non paguati » dans la province (arch. Aff. étr., loc. cit., fol. 164, 159).
2. Debidour, p. iio et suiv. Rohan fut nommé le 10 septembre 1649. S^'' 1^ célèbre carrière de Rohan, cf. Debidour, p. 38o et suiv.
3. Brézé mourut le i3 février i65o (Debidour, p. 118). Grimaldi envoya à Henry Arnauld un récit ému de la mort de leur commun ami, « il nostro maresciallo » (arch. Aff. étr., loc. cit., fol. 146).
4. « Dio che protège l'innocenza del Re ha voluto toglier questa pietra di scandalo » (Grimaldi à Henry Arnauld, Saint-Florent, 23 avril : arch. Aff. étr., SuppL, Rome 5, fol. 162). D'ailleurs, le récit du siège de Saumur, esquissé par Debidour, p. 134, est à faire sur de nouveaux documents, en particulier les lettres des 16, 23, 3o mars, i3, 23 et 3o avril i65o de Grimaldi à Henry Arnauld (arch. Aff. étr., loc. cit., fol. i53, i54, iS'j, 160, 162 et 164); les documents contenus dans le t. 1482 du fonds France [Ibid.) et en particulfer la lettre du 20 avril i65o de Comminges à Mazarin (fol. 17); cf. aussi Retz, Mémoires, t. HI, p. 39.
habilement entre la cour et les princes. Fouquet de la Varenne, marquis de Sainte-Suzanne, son lieutenant général^, apaisa aisément une querelle entre le peuple et l'aristocratie municipale. Ce calme apparent ne pouvait tromper personne. C'était la bonace qui précède la tempête.
Aussi tout le diocèse appelait-il Henry Arnauld de ses vœux les plus ardents. Grimaldi espérait le voir peu après la Pentecôte « consoler » ses ouailles par sa présence tant désirée^. L'évêque ne se hâta guère; il envoya prendre possession de son évêché par procureur^. Pourquoi, ayant été sacré le 29 juin i65o, n'arriva-t-il à Angers que le 16 novembre? Plusieurs motifs expliquent ce délai qui pourrait paraître coupable. Ses habituels embarras financiers le forcèrent à négocier un emprunt de 3, 000 livres avec Dreux Hennequin, son riche voisin de la rue de la Verrerie (^24 septembre)^. En outre, il dut débattre ses intérêts avec la Chambre des comptes, à propos de ses bulles^. Enfin, pour répondre aux instances pressantes du cardinal Grimaldi, il invoqua une raison de santé^. L'abbé
1. Sur René Fouquet, marquis de la Varenne et de Sainte- Suzanne, fils de Guillaume, le favori de Henri IV, et frère de l'évêque d'Angers, cf. Annales fléchoises, t. V (iqod), p. 4; R. Triger, Sainte-Su:{anne (Mamers, 1907); La Bouillerie, Guillaume Fouquet de la Varenne, ch. ix; Gh. de Montzey, Histoire de La Flèche, t. II, p. 53.
2. « La consolatione che aspettano questi populi dalla sua presenza » (Grimaldi à Henry Arnauld, 7 mai i65o : arch. Aff. étr., Suppl., Rome 5, fol. i65).
3. Il s'en excuse par une lettre adressée aux doyen et chapitre, datée de Paris le 5 juin i65o (bibl. d'Angers, ms. 1026, fol. 921.
4. L'acte original notarié de cet emprunt est conservé aux archives de l'Assistance publique, legs abbé Arnauld, cote 4.
5. Cf. lettre de Grimaldi, arch. AfT. étr., Suppl., Rome 5, fol. 176.
6. Henry Arnauld était atteint d'une fluxion : « Per l'ultima di V. S. 111. del primo del corrente vedo che Fincommodità délia tiussione si aumentava in vece di terminar e mi fa creder che l'aria di
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de Saint-Florent rétorqua vivement : « Sans aucun doute, vous trouverez ici meilleure santé et repos d'esprit plus grand que parmi le tumulte de Paris ^ »
Henry Arnauld mit donc ordre à ses affaires avant de quitter Paris, — que son strict amour de la résidence l'empêchera de revoir jamais, au cours de ses quarantedeux années d'épiscopat.
Le i6 novembre i65o, Henry Arnauld fit son entrée solennelle à Angers. Jousselin, le curé de Sainte-Croix, nous en a laissé dans ses soigneuses annales un récit complaisant agrémenté des harangues latines qu'il débita au cours des cérémonies^. Les acclamations de la foule promettaient à l'évêque « le repos d'esprit » auguré par le cardinal Grimaldi, et Gostar écrivait : « Le Roy vous a fait évesque de la province de France où vous estiez le plus aimé, parce que vous y estiez le mieux connu 3. » Il se mit à l'œuvre avec une tranquille assu-
Parigi non sia quanto favorevole a simil indispositione (Grimaldi à Henry Arnauld, Saint-Florent, ii juillet i65o : arch. Afif. étr., Ibid.). L'évêque souffrait aussi de douleurs dans la main (Grimaldi à Henry Arnauld, 4 juin i65o : Ibid., fol. 169).
1. « ... Senza dubio vi troverà miglior salute e quiète d'animo che fra i strepiti di Parigi » (Grimaldi à Henry Arnauld, Saint-Florent, 28 mai i65o : Ibid., fol. i56). « lo vorrei sentir per mia consolatione che V. S. 111. godesse perfetta salute e spero che, per conseguirla, sarà di gran giovamento l'aria di Anjou, ritirandosi dal continuo remuement di Parigi per goder l'amenità di questa sua diocesi » (le même au même, Saint-Florent, 12 juillet i65o : Ibid., fol. 177). Grimaldi qualifie ailleurs rAnjou^|èe « bellissimo e fertile de' frutti più pregiati » [Ibid., fol. i23), et même « de' più belli del mondo » {Ibid., fol. 126). Il avait été admirer la grande procession d'Angers en février i65o [Ibid., fol. 148).