‹ Henry ArnauldChapitre 43 sur 267 · Sur tous ces événements, cf. Debidour, p. 2i3 et suiv · texte numérisé non relu

Sur tous ces événements, cf. Debidour, p. 2i3 et suiv

Cependant, Henry Arnauld continuait à entretenir dans la ville quelques correspondances, grâce à son neveu Tabbé, grâce aussi à un homme tout dévoué à la cause royale, le brave Lignerolles^ Simple exempt des gardes, il avait reçu le périlleux honneur d'épier le gouverneur. Ne pouvant atteindre l'évêque, Rohan s'acharna contre les domestiques et les familiers du prélat^. Sans un avis donné secrètement par Lignerolles, l'abbé Arnauld aurait appris à connaître les salles basses du château 3. Onze

1. Lignerolles écrivit d'Angers, le 2 février i(352, à Henry Arnauld, une curieuse lettre dont l'original est conservé aux arch. des Aff. étr., France 1482, fol. 63. En voici quelques extraits « : J'ay été ravi quand M. l'abé [Arnauld] m'a fait l'honneur de me dire ce soir qu'estiez à Saumeur et que les maréchaux des logis du Roy y étoient. J'espère que nous l'auront bientost icy et que nous y reposéderons vostre chère présence plus glorieusement que jamais. Je suis ravi que vous en ayés usé comme avés fait et je croy que plutost le Roy pourra envoyer ici des maréchaux des logis ou autres pour l'exécution de ses ordres que ce sera le mieux... M. de Rohan a mandé M. Olivier, commis à la recepte des tailles, et luy a défendu de bailler d'argent à personne que à luy, qu'il en veut avoir absolument. Il a mandé les mère et eschevins et corps des marchans de cette ville aujourd'hui pour leur dire qu'il avoit receu des lettres de M. le duc d'Orléans qui leur a leues, par lesquelles il dit qui luy mande qu'il aprouve tout ce qu'il a fait, qu'il ne manquera de secours, n'y d'hommes, ny d'argent et qu'ils ne s'étonnent pas sy Dimenche et Lundy ils voient icy ariver force noblesse et gens de guerre, que ce sont de ses amis, lesquels vienent pour le secourir et les servir, mais qu'ils n'en auront nulle incommodité, qu'ils logeront dans des cabarés et pairont, et à moy il m'a encore dit aujourdui que je l'ay amusé une semaine sous prétexte d'acommodement et qu'il voit bien qu'on le veut pousser à bout. Sy cela est du costé de la cour, je vous prie. Monseigneur, de les avertir qu'il n'y doivent point perdre de temps, car de son costé il n'en perd point. »

2. En particulier, Blouin, sieur des Piquetières qui fut par la suite au service d'Isaac de Feuquières (Jousselin, p. 461 ; G. Port, Dictionnaire y t. I, p. 372).

3. Rohan s'apprêtait à faire incarcérer l'abbé, après avoir inter-

ecclésiastiques crurent bienséant d'aller saluer le roi à Saumur. Ils partirent à cheval le 8 février; mais Rohan fit fermer à leur barbe les portes de la ville, disant que le roi les garderait comme otages et les pendrait devant Angers ^

L'évêque avait lancé, le 7, un mandement énergique destiné à réchauffer le zèle des sujets restés fidèles et à flétrir les séditieux : « Comme la justice de Sa Majesté punira sévèrement les peuples qui lui seront rebelles, ils doivent croire aussi que s'ils n'écoutent la voix de l'Eglise ils nous forceront d'en tirer le glaive-. » Le 9, Tonnelier^, confesseur des Visitandines, parvint à pénétrer dans Angers; il délivra l'acte à Eveillon, grand vicaire, qui s'empressa de le brûler^. D'autres exemplaires furent distribués sous le manteau et un pamphlétaire ne tarda pas à y répondre de bonne encre^.

Ces foudres spirituelles précédèrent de quelques heures seulement les grenades et les bombes que Mazarin allait jeter sur Angers. Le 11 février, le maréchal d'Hocquincourt arriva sous les murs et commença le siège appuyé

cepté une lettre chiffrée que Henry Arnauld lui avait écrite {Mémoires de l'abbé Arnauld, t. III, p. 25). Cependant, à ce moment même, un des espions habituels de Mazarin lui écrivait : « Il est honteux que l'évêque d'Angers laisse à Paris le curé de La Flèche, qui excite la canaille et fait afficher les placards de Beaufort » (Menjot d'Elbenne, op. cit., p. 20). Mazarin pouvait-il en faire grief à Henry Arnauld, persécuté pour son service?

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