Port-Royal, t. I, p. 385, note
2. M. F. Brunetière écrit, avec une exagération encore bien plus grande {Grande Encyclopédie, verbe Henry Arnauld), que jusque-là
au soin de ses ouailles. Pris à son arrivée en Anjou dans la tourmente de la guerre civile, il s'attacha dès lors invinciblement à ce diocèse dévasté. Au plus fort de la Fronde, les Oratoriens d'Angers lui disaient* :
Auspiciis, Arnalde, tuis sic laeta résurgent Saecula et optato ferrum mutabitur auro.
Un calme parfait aurait été en effet le vœu le plus cher de cette âme pacifique, destinée à vivre au milieu des luttes et des querelles, au lieu de pouvoir travailler obscurément et en paix au bien des âmes. Les archives angevines conservent cependant, toutes, des traces de son administration, vigilante malgré les épreuves : c'est ici, fondations d'hospices, — là, missions ou consécrations d'autels, — partout visites multiples qui montrent un pasteur attentif et infatigable, oublieux de sa santé toujours précaire^. Cet évêque, qui avait laissé loin derrière lui non seulement toute sa famille, mais encore de nombreux amis, ne quitta jamais son diocèse pendant les quarante-deux ans qu'il le dirigea, sauf pour assister à l'assemblée provinciale de Loches et pour convertir La Trémoïlle à Thouars.
Aucun voyage ne lui aurait en effet semblé superflu pour ramener dans le droit chemin les égarés de la R. P. R.
il avait vécu plutôt « en homme de cour qu'en ecclésiastique ». C'est une erreur; on voit en particulier dans les lettres à Barillon qu'il fuyait la cour (ms. fr. 2o632, fol. 78 v» ; 2o633, fol. i5i vo).
1. Illustrissimo reverendissimo que Domino Henrico Arnauld, Andegavensium episcopo... collegium Andinum P. P. Oratorii Domini Jesu Gratulaiur (Angers, R. Hernault, i65o, in-80), p. 7.
2. Les lettres écrites par Henry Arnauld à Barillon montrent qu'il était sans cesse souffrant. La Rivière plaignait, en 1645, cet homme, qui devait atteindre sa quatre-vingt-quinzième année, d'être parti à Rome « avec très peu de santé » (Dupuy 58o, fol. 169, lettre du 3o décembre 1643). Il semble avoir surtout été très faible de la poitrine; il souffrit beaucoup aussi de la goutte à la fin de sa vie (cf. Joseph Grandet, Mémoires sur l'histoire du grand séminaire d'Angers, publiés par l'abbé G. Letourneau, 1893, t. I, p. 258; t. II, p. 242; ms. fr. 19734, fol. 54 ro).
Charles de la Trémoïlle, prince de Tarente, qui lui en conserva d'ailleurs une grande reconnaissance, est sa plus notable conquête^; mais il ramena à l'église bien d'autres personnages de moindre importance 2.
L'une des principales préoccupations de Henry Arnauld fut de défendre ses droits contre les empiétements des réguliers, tant comme abbé de Saint-Nicolas^ que comme évêque : alors ils devinrent tout spécialement intolérables : assemblées du clergé et papes ne cessèrent d'ailleurs d'encourager les efforts de l'évêque d'Angers pour rétablir son autorité méconnue^.
1. Cf. Mémoires de Henry- Charles de La Trémoïlle... Liège, 1767, in-i2 (éditée par le P. Griffet), en particulier p. 3ii. Voir aussi l'oraison funèbre du prince par Dom Julien Raguedeau (impr. Glairambault 1137, fol. 228-239); un mémoire sur sa conversion (arch. Aff. étr., France 1483, fol. 215-239); la notice de Batterel [Mémoires domestiques) sur son frère, l'abbé de Gharroux, t. II, p. 343-346. On trouve enfin aux arch. Aff. étr., France 1483, une suite précieuse de lettres du prince de Tarente à Henry Arnauld.
2. Gf. [Besoigne], Vie des quatre évêques, t. I, p. 262. Il eut une grande part à la démolition du temple de Saumur et à la destruction de l'Académie (Grandet, t. II, p. 278).
3. Voir quantité de détails dans la correspondance de la Rivière (Dupuy 58o, passim); les Archives départementales de Maine-et- Loire, fonds de Saint-Nicolas. Voir en particulier, H 398, une lettre autographe de Henry Arnauld à l'abbé de Saint-Maur-sur-Loire. Sur le concordat homologué par le Parlement, conclu entre Henry Arnauld, le 8 novembre 1628, et les religieux sur l'observation de la règle, cf. Bibliothèque de la Ghambre des députés, coll. Lenain, table, t. XLIII, p. 206.
4. G. Hermant nous a laissé un excellent récit des luttes de l'évêque contre les réguliers et des délibérations des assemblées du clergé à ce sujet {Mémoires, t. II, p. 554-557; t. III, p. 29-35). Voir les Mémoires de l'abbé Arnauld, p. 548; mais surtout Fr. Bonichon, l'Authorité épiscopale deffendiie contre les nouvelles entreprises de quelques réguliers mendians du diocèse d'Angers (Angers, P. Avril, i658, in-40), ouvrage surtout important à cause de sa quatrième partie, qui contient, à partir de la page 684, des lettres et actes variés. Ges disputes firent naître quantité de factums; en voir une liste assez riche dans le Catalogue des factums de la Bibl. nat.,
146 HENRY ARNAULb.
Ouvrier laborieux de la réforme du clergé séculier, il travailla malgré toutes les haines que lui suscita sa noble initiative, toutes les disputes qu'elle engendrai Ses statuts synodaux'^ donnent en même temps qu'une idée lamentable de l'état moral du clergé angevin, surtout dans les campagnes, une haute opinion de la valeur et du zèle de l'évéque.
Nous croyons qu'il est possible de trouver dans cette remarquable « ataraxie », dont Henry était doué, la raison pour laquelle il put concilier le soin courageux de son clergé avec les luttes du jansénisme, dont il devint un des plus ardents champions : elle lui permit aussi de mourir plein de jours, malgré les soucis de toutes sortes et une santé chancelante. « Laissons faire Dieu », disait-il en toute occasion^. C'est là, selon nous, le trait le plus profond de son caractère : ses contemporains d'ailleurs ne s'y trompaient pas^.
verbo Angers (tiré en grande partie du recueil Thoisy), qu'on pourra compléter à l'aide de ceux des Aff. étr., France 1481-1483.
I, Henry Arnauld eut à soutenir un procès au sujet de la résidence des curés : il le gagna, dans l'espèce, contre le curé de Villévêque (voir Arrest célèbre de la cour de Parlement, du g juin 1654, portant règlement général pour la résidence des curés... Paris, Le Petit, 1654; aux arch. Aff. étr., France 1482, fol. 217-250). Voir les lettres de remercîments d'Andilly à ce sujet au premier président, à Bignon, à la duchesse de Chevreuse (Arsenal 6o34, fol. 387, 388, 394), de Henry Arnauld au premier président et à Bignon (ms. fr. 17362, fol. 3i et 33).
2. Henry Arnauld publia, en 1680, ses statuts et ceux de ses prédécesseurs sous le titre : Statuts du diocèse d'Angers (Angers, Olivier Avril, 1680, in-40). Les siens vont de la page 419 à la page 778.
3. Ainsi : « Laissons faire Dieu, ma très chère sœur » (lettre de Henry Arnauld du 27 août 1669, ms. fr. 19734, fol. 38). — « Nos alFaires empilent tous les. jours; mais laissons faire Dieu » (Ibid.y fol. 46). — « Mais laissons faire le Roy des Roys » {Ibid., fol. 5i). — « La persécution augmente tous les jours, et je dis sans cesse : laissons faire Dieu » {Ibid., fol. 60).
4. Voir, par exemple, lettre de la mère Agnès à M. de Sévigné du 2 novembre 1668, éd. Faugère, t. H, p. 271.