Cf. sa première lettre au roi. Voir plus loin
3. Cette lettre est publiée dans les Œuvres d'Antoine Arnauld, éd. Paris-Lausanne, in-40, t. I, p. 278.
ET LE JANSÉNISME. l6l
Nous n'avons pas la réponse que dut lui faire Antoine; mais, à l'aide de la lettre que ce docteur écrivit, le 27 mai 1661, à Godefroi Hermant^, au sujet des scrupules tout analogues qu'avait conçus l'évêque de Beauvais, on peut aisément reconstituer celle qui nous intéresse. Antoine Arnauld ne comprend pas qu'il soit possible de préférer quoi que ce soit à la vérité. Quel danger d'ailleurs y aurait-il à la soutenir? On ne pourra sévir contre les évêques signant avec distinction du fait et du droit, car aucune sanction n'a été préparée. A côté de ces préoccupations trop humaines auxquelles il ne veut pas s'arrêter, il en recherche de plus hautes qu'il résume en ces mots : « Heureuse persécution que celle qu'un évêque souffriroit pour s'opposer à cette iniquité. » L'on trouve d'ailleurs des conseils tout analogues dans la belle Lettre sur la constance et le courage qu'on doit avoir pour la vérité-^ imprimée alors même et où, malgré le voile de l'anonyme, se reconnaît la plume d'Arnauld; elle contient en particulier une phrase qui répond précisément aux scrupules de l'évêque d'Angers : « La persécution est un jugement terrible de Dieu et une singulière miséricorde à l'égard de ceux qui la souffrent. »
On conçoit clairement à deux siècles et demi de distance les sentiments contraires qui durent s'agiter dans l'âme désemparée de l'évêque. La balance mise entre une simple signature et la menace de troubles profonds dans un diocèse chéri devait singulièrement le préoccuper. De plus, il ne manquait pas d'encouragements dans le sens de la concession. La preuve en est une lettre retrouvée dans ses papiers^, datée du 9 janvier 1661; le docteur de Sainte-