Lettre à Lionne du 21 août 1661, p. 7 (voir plus loin
4. 3o août 1661. Hermant, 1. XXVI, ch. viii, voir Pièces justificatives, no 4.
la distance qui sépare Angers de Paris. Or, si c'était à Port- Royal qu'avait été composée la lettre de Henry Arnauld, quel besoin aurait-il eu de l'y faire relire? Notre raisonnement est encore corroboré par ceci : nous verrons les éloges extrêmes que Henry Arnauld reçut non seulement pour son acte, mais pour la forme, le style même de sa lettre. Les louanges à lui adressées dans des lettres, non pas officielles, mais très intimes, par la mère Angélique ou la mère Agnès seraient d'une incompréhensible ironie si Henry n'était pas l'auteur véritable de la lettre. On peut ajouter que ni Fabert, ni Gondrin, ni M^^^ de Vertus, ni Hermant, ni aucune correspondance contemporaine ne font allusion à une rédaction étrangère.
On peut conclure, semble-t-il, que, inspirée assurément par Port-Royal, la lettre fut bien composée par Henry Arnauld.
L'évêque d'Angers fut accablé de compliments et de félicitations. La mère Agnès lui écrivit une longue et belle lettre. « Depuis, dit-elle^, que vous avez offert votre sacrifice à Dieu, où vous avez enfermé ce que vous aimez le plus saintement, qui est votre église particulière, en faveur de l'Eglise universelle, nous ne cessons point de recommander à Dieu son œuvre, afin qu'il en soit le défenseur comme il en a été le principe; » et elle annonce à son frère, — ce qui dut le toucher bien vivement, — que les religieuses de Port-Royal vont exposer la sainte Épine à son intention et que la mère Angélique lui destine les mérites de son agonie. Henry avait, d'ailleurs, envoyé à sa sainte sœur Angélique une lettre 2 montrant un calme et une sérénité parfaite, d'autant plus intéressante qu'elle
1. Lettre du 10 juillet 1661 [Lettres de la mère Agnes ^ éd. Feugère, t. I, p. 502).
2. Lettre autographe, du 9 juillet 1661, portant au dos « pour la mère Marie-Angélique », ms. fr. 19734, fol. 32.
T-yo HENRY ARNAULD
ne fut écrite que trois jours après que l'évêque se fut décidé à expédier son épître au roi : « J'attends, dit-il, ce qu'il plaira à Dieu faire de moi : il y a apparemment beaucoup de sujet d'appréhender quelque tempeste, mais je me trouve dans une tranquillité d'esprit si grande que j'en suis moy-mesme étonné. J'attribue cela à vos prières ; je vous en demande, ma très chère sœur, la continuation. » Les quelques lignes que lui répondit^ Angélique le 14 juillet sur son lit de mort durent lui enlever tout doute sur la valeur de son action vraiment épiscopale, en même temps que compenser bien des souffrances et des humiliations. Singlin, dont l'approbation avait un si grand prix, loua aussi sa « générosité » et sa « sagesse- ». Il ne nous est rien parvenu d'Antoine, ni d'Andilly; cependant, les sentiments de vive admiration excités chez ce dernier par l'action de l'évêque sont assez éloquemment exprimés dans la lettre adressée par lui à Godeau. Le maréchal Fabert^, comme toujours, fit chorus avec d'Andilly, qui lui communiqua la lettre de son frère : Godeau^ et l'abbé de Rancé^ en exprimèrent leur joie. Parmi de multiples
1. Lettres de la mère Angélique (éd. d'Utrecht, 1744), t. III, p. 546.
2. Lettre de Singlin, du 10 juillet, à Henry Arnauld (Hermani, 1. XXV, ch. xxi). Sur l'influence sourde, mais considérable, de Singlin dans toutes ces affaires, voir Mémoires de Fontaine, t. III, p. 286.
3. Lettre à d'Andilly (Baricourt, 3i juillet 1661); il le remercie d'avoir « eu la bonté de m'envoyer la lettre que Monsieur l'évesque d'Angers a escripte au Roi. Je l'ay leue et trouvée d'une sorte que il faudroit qu'un esprit fust bien malheureux s'il avoit assez d'invention pour y trouver quelque chose qui luy pust servir de prétexte pour le blasmer » (autographe, Arsenal 6o36, pièce 35i).
4. Lettre du 10 août, de Godeau à Andilly : « La lettre de M. d'Angers est admirable et digne d'un évêque du ive siècle » (Hermant, 1. XXVL ch. vi).
5. Rancé en écrivit à Andilly : « Plus je l'ai lue, plus je l'ai trouvée belle et digne de celui qui l'a écrite. Et plût à Dieu qu'elle eût fait les mêmes impressions sur les personnes qui pourroient calmer
témoignages approbatifs, l'un d'eux, que recueille avec soin Hermant*, mérite de retenir l'attention. C'est une lettre de Claude Auvry à Henry Arnauld. Il n'y avait que quatre mois que Mazarin avait disparu, et son confident, son homme à tout faire, donnait des gages 2 au jansénisme. Les compliments y sont si exagérés qu'ils semblent presque ironiques.
Tous ne furent pas d'accord cependant sur la valeur et l'opportunité de la démarche de l'évêque d'Angers. Gondrin, en particulier, écrivit une lettre curieuse que nous rapporte Hermant, où il blâme en termes amers la lettre au roi. A vrai dire, l'appréciation d'un prélat, dont la conduite est si flottante et souvent si incompréhensible, n'aurait guère pu toucher l'évêque d'Angers. C'est à ]y[iie jg Vertus que l'archevêque de Sens écrivit le 20 juillet^; il rapporte surtout les impressions de M™^ de Brienne, qui le frappèrent vivement. Gondrin ne cache pas tout son mépris pour certains membres du conseil de conscience; mais il aurait fallu cependant, et il l'a bien dit à d'Andilly, « que la lettre eût été veue par des gens qui connoissent plus le monde que ceux de Port-Royal ». M^'® de Vertus le prit de haut avec l'archevêque, si l'on en juge par la réponse faite par Gondrin^ qui nous est seule parvenue;
les agitations présentes et rendre la paix à l'Église » (Hermant, 1. XXVI, ch. y).