Vie de Nicole, p
l68 HENRY ARNAULD
Qu'elle fut inspirée par Port-Royal, « concertée », comme dit Rapin*, cela semble évident. Mais on peut douter très légitimement qu'elle ait été faite par Arnauld, Nicole ou d'autres. Et, en effet, si Arnauld ou Nicole étaient les auteurs de cette lettre, ils en auraient expédié une minute à Angers pour que l'évêque la recopiât et la signât; mais, dans ce cas, quelle nécessité pouvait-il y avoir pour Henry Arnauld de l'envoyer « à cachet volant^ »? En effet, le fait que cette lettre n'était pas d'abord cachetée prouve que Henry Arnauld voulait qu'on la lût à Paris avant de la remettre à Lionne, donc qu'elle n'y avait pas été composée. D'ailleurs, Henry Arnauld se défend lui-même en disant qu'il ne comprend pas comment le cachet volant a pu causer des soupçons au ministre, « puisque, la lettre estant toute écrite de ma main, quand elle auroit été veue, on n'y auroit pu rien changer ^ ».
Il est manifeste que c'est à Port-Royal que Henry Arnauld l'envoya ainsi ouverte. Il suffit, pour en être assuré, de lire la lettre que Claude Auvry, le fameux évêque de Goutances, écrivit plus tard à Henry Arnauld^, où il dit qu'un des frères de l'évêque d'Angers la lui communiqua avant de la faire parvenir à sa destination. Cette conclusion résulte aussi avec évidence d'une lettre de la mère Agnès, qui félicitait déjà son frère, le /o juillet, de sa lettre au roi, datée du 6 ; et ces quatre jours sont matériellement nécessaires pour qu'une lettre puisse franchir